JOURNEE MONDIALE DE LA FAMILLE Les familles sénégalaises, entre nucléarisation et vie fraternelle

Image du jour Famille NucleaireLe monde fête aujourd’hui, jeudi 15 mai, la Journée internationale des familles dont c’est le vingtième anniversaire. Une occasion de faire le point sur les tendances lourdes  de la cellule famille au Sénégal  marquées notamment par un processus de nucléarisation de plus en plus accentué. La solidarité tend à se déliter au profit d’un repli sur le petit cercle familial , notamment dans les grandes villes où “l’argent semble prendre le dessus sur tout“, pervertissant les sentiments inter personnels.

Selon le dernier Recensement général de la Population et de l’Habitat, de l’Agriculture et de l’Elevage, on dénombre au Sénégal 1,52 million de ménages dont 10 595 ménages collectifs avec de très fortes disparités économiques entre le monde rural et urbain. L’Enquête sénégalaise auprès des ménages établit que 14% des Sénégalais ont un revenu annuel compris entre 100000 et 3000.000 Fcfa, et 3,1% ont moins de 100.000FCfa . La pauvreté qui frappe un ménage sur deux a des incidences sur les mariages qui ont de plus à plus de mal à s’inscrire dans la durée
Dans le but de raffermir les liens de parenté et instaurer le culte de l’entraide et de la solidarité fraternelle, certaines familles «élargies» optent pour vivre dans le même foyer. Un reportage aux Parcelles Assainies, a permis de constater que si une telle initiative est parfois salutaire dans certaines familles, dans d’autres par contre, disputes et bagarres rythment leur quotidien, entrainant des déchirements.
La famille étendue est un groupe domestique de gens liés ou non par le sang, qui vivent ensemble dans le même foyer, selon la définition du Petit Larousse. Un phénomène qui tend de plus en plus à disparaitre au Sénégal, plus précisément à Dakar, cédant la place à la nucléarisation de ces dernières. Cependant, certaines famillent résistent à ce phénomène de balkanisation, dans le but de respecter la coutume et de raffermir les liens de parenté.
Aux Parcelles Assainies, Unité 12,  vit la famille Mendy. Le calme et l’atmosphère paisible des lieux, vers 16h, renseignent à tout visiteur l’ambiance agréable qui règne au sein de la famille. Dans la même maison se retrouvent, le papa, la maman, les enfants, les belles filles, de même que les neveux, les nièces et certains cousins. Le maître des lieux, M. Mendy, nous accueille chaleureusement avant de nous présenter à son fils, Edouard Mendy, présent sur les lieux, ainsi que sa jeune femme.
Le jeune sérigraphe, décorateur et spécialiste en battik, Edouard Mendy, qui a voulu gracieusement se prêter à nos questions, explique que «la vie de la famille élargie au sein d’un même foyer est une coutume chez les Manjacks, même si on a d’autres maisons, mises actuellement en location». A l’en croire, «ce mode de vie en famille favorise l’entente, la solidarité et l’entraide». Il explique ainsi, que cela permet à tout un chacun, d’être au fait de tout ce que vit ou ressent au quotidien son frère ou sa sœur. Une manière de régler à l’interne et le plus rapidement toutes les difficultés liées à la cherté de la vie.
Pour y arriver, Edouard indique qu’il existe un respect mutuel et que tout membre de la famille connait sa place dans le foyer. Même s’il admet qu’il arrive que des malentendus surviennent dans le foyer, il informe cependant que par la force des rapports familiaux, tout se règle à l’interne, dans la plus grande discrétion.
A un jet de pierre de la maison familiale des Mendy, le constat est tout autre, les réalités, différentes, dans la famille Kâ. Une indiscrétion nous a permis d’avoir vent des relations tendues qui existent dans la famille. L’accueil informe que rien n’augure de bon dans la maison. Le jeune garçon, chargé d’informer le maitre des lieux de notre présence a frôlé l’insolence dans sa manière d’interpeler son grand-père. Après exposition des motifs de notre présence, M. Kâ, polygame avec deux femmes, nous informe que nous avons tapé à la bonne porte, c’est-à-dire une famille balkanisée par les nombreuses querelles. Il affirme mordicus qu’actuellement «le sens de la famille a été désacralisé par les nouvelles générations».
A l’en croire «les disputes, qui virent parfois à des bagarres entre épouses et belles sœurs, sont le quotidien dans ma maison». Une situation, rajoute-t-il, «qui a poussé deux de mes fils à aller louer des appartements pour être seuls avec leurs femmes, l’un à Guédiawaye, l’autre aux Parcelles, Unité 16».
Sur les raisons de ces querelles à n’en plus finir, M. Kâ affirme ne pas être en mesure de d’en cerner les véritable contours. Toutefois, il indique que la jalousie, l’organisation des tâches ménagères dans le foyer, les histoires entre enfants, les accusations de maraboutage ou de sorcellerie, les rivalités entre femmes, sont autant de questions qui reviennent de temps à temps. Il explique en outre que la pomme de discorde peut être le fait que «dès que le jeune garçon prend femme et qu’il s’occupe de cette dernière en laissant en rade sa maman ou ses sœurs, ou le contraire, il y a jalousie de part et d’autre».
«Ces rapports heurtés poussent le plus souvent les fils à quitter la maison pour sauver leur mariage et éviter ainsi les querelles, comme s’est le cas avec mes deux fils», ajoute-t-il. Une situation qu’il déplore, tout en exprimant son souhait de voir sa famille se rassembler et se réconcilier.

Jean Michel DIATTA

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