Karim bashing: la presse française va-t-elle mordre à l’hameçon?

AVOCAT ETATDeux appartements  dans le 16e arrondissement de Paris. Deux sociétés, au Sénégal,  estimées à 18 milliards de FCFA, des appartements luxueux saisis à Dakar.  Un peu  plus de 11 millions d’euros bloqués dans 24 comptes bancaires à Monaco… L’agent judiciaire de l’Etat, Antoine Dione; Me Simon Ndiaye, Me Moussa Felix Sow et William Bourdon, tous avocats de l’Etat, ont animé une conférence de presse (aux allures d’opération de communication en direction de la presse française)  matin 8 mars, à Paris, pour, disent-ils,  faire le point sur l’exécution de la décision rendue par le CREI le 23 mars dernier dans l’affaire Karim Wade.

 « Nous allons parler de façon précise de l’enrichissement illicite de Karim Wade. » Me Simon Ndiaye, un des avocats de l’Etat, ne pouvait trouver meilleure phrase choc pour capter l’attention des journalistes,  mardi 8 mars, lors d’une conférence de presse dont l’objet  était de faire le point sur l’état d’exécution de la décision rendue par la CREI le 23 mars dernier dans le procès du fils de l’ancien président de la République. Et qui mieux que l’agent judiciaire de l’Etat pouvait s’en charger? Commencent alors les «révélations». Il y a d’abord deux appartements  dans le 16e arrondissement de Paris, s’est réjoui Antoine Diome. L’un serait  à la rue Emile Ménier et l’autre  à la rue de la Faisanderie. Mais leurs prix n’ont pas été communiqués.

Au Sénégal aussi, l’exécution de la décision rendue par la CREI le 23 mars  dernier dans le procès de Karim Wade est en marche, selon l’agent judiciaire de l’Etat. »Nous avons deux sociétés dont les actions sont définitivement acquises à l’Etat. Il s’agit de AHS qui s’occupe du Handling et de ABS SA qui s’occupe du transport par bus des passagers en provenance de toutes les régions du monde lorsqu’ils doivent regagner les aéronefs ou lorsqu’ils doivent se rendre au niveau des aérogares, a dit Antoine Diome. Ces deux sociétés, a-t-il poursuivi,  ont été évaluées à dire d’experts (…) à 18 milliards de FCFA. Parallèlement à ces 18 milliards qui, aujourd’hui, sont acquis à l’Etat et définitivement installés dans son patrimoine,  nous avons les appartements d’Eden Roc (…) Six  ont déjà été mutés au nom de l’Etat. Et le minimum en valeur de chaque appartement se situe entre un million à un million deux cents mille euros. Nous avons à ce niveau-là aussi à peu près 8 millions d’euros. »

Visiblement  à l’aise dans son rôle, Antoine Diome, ajoutera qu’un peu  plus de 11 millions d’euros sont bloqués dans 24 comptes bancaires à Monaco et quelque  huit cents mille dollars au Luxembourg. « Vingt-quatre comptes ont été bloqués dont un au nom de Karim Meïssa Wade avec un solde créditeur de 2 030 000 euros. Le montant qu’on trouve dans ces comptes bloqués s’élève à un peu plus de 11 millions d’euros. (…) Au Luxembourg nous avons un montant de 842 mille dollars se rapportant à un contrat d’assurance vie, qui a été en nom propre également », a-t-il ajouté.
Face aux journalistes, les avocats entrent en scène pour descendre en flammes l’ancien « ministre de la terre et du ciel », mais aussi pour se féliciter du lancement au Sénégal de la traque des biens dits mal acquis. Ainsi pour Me Moussa Félix Sow, on note de nouveaux comportements dans l’administration depuis la condamnation de Karim Wade, un ancien ministre « qui a abusé de sa position pour s’enrichir illicitement en devenant le chef d’orchestre d’une bande de personnes qui ont joué leur partition suivant leur degré de proximité vis-à-vis du chef ». La traque des biens mal acquis servira d’exemple à tous ceux qui sont tentés ou qui seront tentés de s’enrichir illicitement au Sénégal,  a enchaîné Me Simon Ndiaye.

Quant à William Bourdon, il s’est lancé dans une opération de dédiabolisation  de la CREI en soutenant que le renversement de la charge de la preuve n’était pas une spécificité de cette juridiction d’exception. « On a entendu  que le Sénégal avait inventé le renversement de la charge de la preuve, s’agissant des infractions financières. Et on a vu des articles s’indignant du fait que le Sénégal avait entériné le renversement de la charge de la preuve. Le délit de blanchissement l’a fait à l’échelon européen depuis vingt ans. Cela n’a malheureusement pas été suffisamment rappelé. Donc, je le redis aujourd’hui. Le délit d’enrichissement illicite en Suisse a [aussi] entériné le principe du renversement de la charge de la preuve (…) », a rappelé William Bourdon, soulignant au passage qu’il « y a une propagande très forte de Karim Wade et de ses mandataires depuis plusieurs mois maintenant ».
La conférence de presse s’est déroulé dans une ambiance conviviale jusqu’au moment où les journalistes ont abordé des questions qui fâchent : la plupart des informations que vous donnez sont déjà connues au Sénégal. Votre objectif n’est-il pas de vilipender Karim Wade à l’international?  N’êtes-vous pas en opération de communication  déguisée au profit du pouvoir dans un contexte électoral à l’issue incertaine ? Pourquoi cette conférence de presse est-elle organisée par une agence de communication qui gère l’image du président Macky Sall en France ? Les conférenciers, un brin agacés par ces questions, se sont contentés de nous servir que des réponses évasives.

Question: la presse française va a-t-elle mordre à l’hameçon en s’invitant au Karim bashing?

Cheikh Sidou SYLLA

www.diasporas.fr

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