La genèse du Mossad & et de ses actions en France

Le Monde, dans son édition du 26 juillet, révèle que le Mossad aurait coordonné l’assassinat de Mahmoud Al-Mabhouh dans la chambre 203 qu’il occupait à l’hôtel Al-Bustan Rotana (Dubaï), le 19 janvier 2010, à partir d’une chambre d’hôtel du pont de Bercy (Paris) ! « En découvrant le dispositif mis en place à leur insu par le Mossad, les autorités françaises mesurent les risques encourus : aux yeux du Hamas et d’autres groupes radicaux, elles peuvent apparaître comme complices de l’État hébreu. Pour ne rien arranger, il apparaît que le Mossad a subtilisé des identités de citoyens français afin de fabriquer quatre passeports pour ses agents. (…) En judiciarisant l’affaire, nous disions qu’il s’agissait d’une atteinte inacceptable à notre souveraineté ». Les Israéliens ont promis juré de ne plus recommencer… Délégueront-ils leurs coups tordus à des officines de sécurité privées – utiliseront-ils des agences immobilières pour les appartements conspiratifs – des sociétés de domiciliation pour leurs communications – des banques pour les transferts financiers – des sociétés de location d’automobiles pour leur déplacements – des cabinets d’avocats d’affaires pour certains montages – leurs réseaux d’honorables correspondants franco-israélien en soutien, etc. ?

Le renseignement extérieur juif fut créé au XIX° siècle pour permettre aux israélites de la diaspora d’immigrer en Palestine (Eretz Israël). L’immigration fut de tout temps indispensable à l’existence, au développement, à l’extension et au rayonnement du peuple d’Abraham. En 1878, la population juive en Palestine compte seulement quelques milliers d’individus. Quelques années plus tard, les Juifs fuyant les pogroms de Russie immigrent en Palestine (Alyia), bientôt rejoints par d’autres membres de la diaspora. L’année 1904 voit l’arrivée d’une deuxième vague décidée à se protéger de l’insécurité endémique que les tribus nomades font régner dans la région. Le Hachomer (Gardien), un groupe d’autodéfense est créé en 1916, l’année suivante, les Nations-Unis accordent à la Grande-Bretagne un mandat sur la Palestine et l’Agence juive va servir de gouvernement embryonnaire. Le Hachmomer disparait en 1920 remplacé par la Haganah et le Palmar (d’inspiration marxiste-léniniste) qui forment une force militaire d’environ 600 volontaires. En 1934, la Haganah qui protège les intérêts de la communauté juive installée en Palestine, créé une unité de renseignement, le Shai Sherut Yediot qui sera intégré à Tsahal, Tsva Haganah lei Israël (Armée de défense d’Israël) le 15 mai 1948.

Le 15 avril 1936, les Arabes se révoltent contre l’Angleterre accusée d’être favorable aux juifs. Le Ha mossad le-Alyia (organisation de l’immigration) est chargé de la venue des Ashkénazes (Juifs européens) en contournant les contrôles britanniques. L’organisation achète des navires et la Haganah met sur pied des filières d’immigration clandestine. Le Alyia beth (B) va disposer de navires (qui donneront naissance à la compagnie maritime Zim), d’avions, et de véhicules dont les mouvements sont coordonnés par un réseau d’émetteurs radio ! Le Mossad Lealivah Aliyah Beth est renforcé de deux unités, renseignement et sabotage.

Des désaccords au sein de la Haganah vont donner naissance à une première scission, l’Irgoun (1937), puis à une seconde, le Groupe Stern. L’Irgoun Zvai Leumi (Organisation Militaire Nationale) est décidée à répondre à chaque attentat arabe contre la communauté juive. L’Irgoun est organisée en escouades et détachements, articulation déjà inculquée aux membres du Bétar, un mouvement de jeunesse fondé par Jabotinsky. En 1939, l’Irgoun lance ses actions de représailles au grand dam de la Haganah qui diffuse un tract, « Tu ne tueras point », auquel l’Irgoun répond par : « Tu rendras vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, brûlure pour brûlure… » Le 17 mai 1939, jour de la publication du Livre Blanc, des manifestations éclatent et les stations de la radio juive en Palestine sont bombardées. La riposte des Anglais est prompte, en quelques heures, ils « coffrent » presque tout l’état-major de l’Irgoun.

Quand la seconde Guerre mondiale éclate, 400 volontaires juifs rejoignent les Forces Françaises en Afrique, et la Grande-Bretagne crée la Brigade juive ; 43.000 combattants juifs épauleront les alliés au Moyen-Orient. Le 26 décembre 1941, le Struma, un cargo transportant huit cents Juifs roumains, atteint le port d’Istanbul. Le gouverneur britannique se montre inflexible, les Turcs renvoient le Struma en haute mer où il va se disloquer le 24 février 1942 faisant 746 victimes. Les murs des grandes villes palestiniennes sont couverts d’affiches, sous la photographie de Sir Michaël est inscrit : Recherché pour meurtre. La guerre terminée, la Haganah dispose d’hommes formés aux actions de commandos. De son côté, la Haganah entraine ses volontaires au sein d’un camp de scoutisme, la Gadnah, au programme : close combat, maniement des armes, premiers secours, surveillance et filature, entrainement à l’action de guérilla, etc. Le 6 novembre 1944, un ministre britannique est assassiné par le Loahamé Herout Israel (combattants pour la liberté d’Israël), plus connu sous l’appellation groupe Stern. Celui-ci est articulé en cellules à trois membres soigneusement cloisonnées. Un de ses militants va rédiger des brochures sur les règles de la clandestinité tirées à partir d’ouvrages sur : la Narodnaïa Volia – l’organisation de la Main Noire – l’IRA – ou de magazines américains rapportant les actions des G. Men (FBI), sans oublier les films en rapport avec leur sujet.

Dans la nuit du 10 au 11 juillet 1947, l’Exodus accosté dans le port de Sète, embarque 4 554 Juifs désireux de rejoindre la Palestine. Cette opération a mobilisé 174 camions ! Le 18, l’Exodus est arraisonné au large des côtes palestiniennes par six bâtiments britanniques puis escorté dans le port de Haïfa. Ses passagers sont alors transférés à bord d’un autre navire à destination de Port-de-Bouc, où tous refusent de débarquer. Le navire est dirigé sur Hambourg et ses occupants placés en camps de rétention. L’aventure de l’Exodus va avoir un retentissement mondial et influencer le vote de l’ONU. Le 15 mai 1948, le Conseil national juif proclame l’indépendance d’Israël. Les 650 000 Juifs présents reçoivent la moitié du territoire palestinien en partage… La spirale de la violence est amorcée et la haine pas prête de s’éteindre.

Le 2 mars 1951, Ben Gourion confie au ha Mossad le Modin Tafkidim Meyuhadim (Institut pour le renseignement et missions spéciales) l’exclusivité du renseignement extérieur, de la défense des intérêts d’Israël et du peuple juif où qu’il se trouve ! L’unité Toledano chargée de former et organiser les juifs de la diaspora pour défendre leur communauté en cas d’attaque, vit le jour en 1956. Années cinquante-soixante, l’Agence juive finance des voyages d’études et des colonies de vacances pour les jeunes européens : « Le contact direct avec Israël peut arracher la jeunesse juive de France à toutes les sortes d’assimilation qui la guette » (J.C Mitterrand sera volontaire pour un séjour en kibboutz en 1970). Des Musulmans et des Juifs présents en France n’auront de cesse de vouloir imposer leur spécificité à la République. Très peu de ces ultras n’a vraiment l’intention d’aller vivifier son pays de cœur, quitter la France serait perçu comme une forme de renoncement à la vie publique.

En 1956, Israël est aux côtés de l’expédition franco-britannique en réponse à la nationalisation du canal de Suez. L’année 1957 voit la mise sur pieds du Lisha le Kisherei Mada (bureau de liaison scientifique) chargé du renseignement scientifique et de la haute technologie (le Centre de recherche sur les armes biologiques et chimiques de Nes Ziona en 1952). Les relations franco-israéliennes sont au beau fixe. Paris qui a acquit auprès d’Israël des brevets de fabrication de l’eau lourde indispensable au refroidissement du réacteur de Marcoul, va lui livrer la technologie nucléaire pour la construction d’un réacteur nucléaire de 24 Mégawatts. Guy Mollet, président socialiste du Conseil de la IV° République déclare : « C’est le devoir de la France d’assurer la sécurité du petit État hébreu ». Les ingénieurs et techniciens français installés à Dimona dans le désert Néguev, communiquent avec leur famille via une boîte postale située en Amérique du sud. Leur présence doit demeurer secrète. En 1958, les vols des avions espions U-2 au-dessus du Néguev révèlent la construction d’un édifice semblable à celui de Marcoule !

Le général de Gaulle découvre la situation à son arrivée au pouvoir (28 mai 1958)… Le 13 février 1960, la France procède à son premier tir nucléaire dans le désert du Sahara. En 1965, Dimona peut livrer 5 kilos de plutonium par an. En 67, Israël teste les missiles fournis par Dassault. Les « Jéricho » peuvent transporter l’arme nucléaire. Le 2 juin 1967, de Gaulle décrète un embargo total sur les livraisons d’armes à Israël et annonce un rapprochement avec les pays arabes qui représentent un marché pour l’armement français et l’approvisionnement en pétrole (La France livrait à Israël depuis 1954, des chars, des chasseurs, etc., en échange de l’interception des communications entre l’état-major égyptien et l’antenne du FLN installée à Rome). Les relations franco-israéliennes vont se dégrader.

En 1968, Alfred Frauenknecht qui a pour mission de détruire les plans et dessins concernant le réacteur et les machines-outils capables de fabriquer les pièces du Mirage construit par la Confédération helvétique sous licence, va les microfilmer et les vendre à Israël. « Il avait rencontré des techniciens et des militaires israéliens lors de stages de formation dans l’entreprise française produisant les réacteurs. Dès 1970, Israël produira son propre chasseur, le IAI Kfir, copie du Mirage, propulsé par un turboréacteur de fabrication américaine ».

Un réacteur a besoin d’uranium d’enrichi pour fonctionner, alors que l’embargo pose un problème d’approvisionnement. En 1968, Israël enregistre une compagnie maritime au Liberia, acquiert un navire, le Scheersberg, et se procure 212 tonnes d’uranium en Belgique. Le 15 novembre, le Scheersberg charge 560 fûts dans le port d’Anvers avant d’appareiller pour Gênes (Italie). Le 27, le navire est au large de la Sicile, il a rendez-vous avec un cargo pour le transbordement de sa cargaison, il s’agit de tromper les agents de la Lloyd’s installés dans chaque port ; deux pages du journal de bord seront arrachées et l’uranium finira à Dimona. La Commission européenne informa ses membres de la disparition de l’uranium et l’affaire fut classée ! Dans la nuit du 25 décembre 1969, les 5 vedettes lance-missiles vendues à Israël placé sous embargo, quittent le port de Cherbourg pour Haïfa. Le président Pompidou déclarera : « Nous nous sommes ridiculisés à cause de la légèreté incroyable et de la complicité intellectuelle de nos fonctionnaires ». Il était encore possible de procéder à leur interception en Méditerranée, mais aucun ordre ne fut donné…

La fin des années soixante inaugurent le contre-terrorisme israélien. Après avoir pourchassé les criminels de guerre, les terroristes responsables de massacres (Algérie, Athènes, Zurich, etc.) vont être impitoyablement châtiés. En décembre 1972 à Paris, Mahmoud Hamchari, le représentant de l’Organisation de libération de la Palestine en France, meurt dans l’explosion de son téléphone. L’agent du Mossad après avoir reconnu la voix de l’interlocuteur, activa une charge qui avait été placée dans le téléphone de l’appartement !

Le 6 avril 1979, les Constructions industrielles de la Méditerranée proches de La Seyne-sur-Mer (Var) s’apprêtent à expédier deux cuves de réacteurs nucléaires commandées par l’Irak. A 3h du matin, cinq hommes s’introduisent dans le hangar du port de commerce sans effraction…, après une diversion destinée à mobiliser les agents de sécurité, et mettant en scène une jolie femme (le Mossad a souvent recours à des femmes pour des missions). Quelques minutes plus tard une explosion détruit les pièces ciblées. L’attentat sera revendiqué par un groupe d’écologistes français ! Le 13 juin 1980, un physicien égyptien collaborant au programme nucléaire irakien, est retrouvé mort, le crâne défoncé, dans sa chambre de l’hôtel Méridien (Paris). L’occupante d’une chambre située au même étage qui avait été entendue par les policiers, décède dans un accident de la circulation boulevard Saint-Germain… Une douzaine d’années plus tard, le 28 juin 1992, un haut responsable du Fatah chargé des relations avec les services de renseignement étrangers est abattu par deux hommes devant son hôtel du quartier Montparnasse.

Ces affaires ne connaissent que rarement des suites publiques. Cela arrange toutes les parties, aucune divulgation des sources, des failles, des complicités, des méthodes, etc. Le linge sale ne se lave-t-il pas en famille, sauf qu’il s’agit d’une « famille » élargie. Les amis de mes amis sont mes amis, et les ennemis, vous connaissez la suite. La France a conclu 156 accords secrets avec des pays étrangers et leurs SR. Mêmes si deux pays sont en froid, leurs SR procèdent à des échanges d’informations. « Si quelqu’un envoie un terroriste dans un pays, personne ne peut plus rester derrière ses frontières administratives  ».

« La raison pour laquelle le Mossad, comme d’autres organisations d’espionnage, y compris la CIA, a fait de Paris la capitale du renseignement, est l’abondance des conférences internationales, les visites fréquentes des chefs d’État africains et la grande communauté internationale de la ville. Une autre raison : La France consacre la majeure partie de ses activités d’espionnage à la guerre contre le terrorisme et dispose donc d’une main-d’œuvre insuffisante pour contrer l’espionnage » (Israël magazine). Le Mossad entretient des liens avec tous les mouvements d’opposition du proche et moyen-orient installés en France, et il a infiltré la droite identitaire…

agoravox.fr

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