La lettre qui prouve que les salafistes algériens obéissent aux Al-Saoud

FILE - In this Sept. 9, 2010 file photo, Grand Mufti of Saudi Arabia, and head of the Council of Senior Religious Scholars, Sheik Abdul-Aziz Al-Sheik, prays at the Imam Turki bin Abdullah mosque during Eid al-Fitr morning prayers in Riyadh, Saudi Arabia. The council issued a religious ruling Wednesday, Sept. 17, 2014, calling terrorism a “heinous crime” and saying its supporters and perpetrators deserve punishment according to Islamic law. Earlier this year Al-Sheik, said that terrorist groups were Islam’s number one enemy. (AP Photo/Hassan Ammar, File)

Le madkhalisme, un courant qui se dit apolitique, mais qui ressemble beaucoup au salafisme, s’invite en Algérie. D. R.

Dans une correspondance adressée aux prédicateurs et adeptes algériens du salafisme, datée du 21 Rabia Al-Thani 1439 H (correspondant au 8 janvier 2018), Cheikh Hadi Ben Ali Al-Madkhali, dépositaire de la secte madkhaliste, fondée par son père Rabia Al-Madkhali, annonce la désignation de trois prédicateurs comme représentants de la da’wa salafiste en Algérie.

salalfisme

        La lettre qui prouve que les salafistes algériens obéissent aux Al-Saoud

Il s’agit des «cheikhs docteurs» Mohamed Ali Ferkous, Abdelmadjid Djemaa et Lazher Snigra. Le premier est connu pour avoir toujours été le guide spirituel des salafistes dits «madkhalistes» en Algérie. En septembre dernier, il s’est rebellé contre Dar Al-Fadhila (Maison de la vertu), institution religieuse liée à l’autorité religieuse saoudienne, pour protester contre les discours excommuniant la secte des Frères musulmans, lesquels discours se sont aiguisés depuis la rupture des relations diplomatiques avec le Qatar.

Cette nomination a donc l’équivalent de réhabilitation officielle d’un prédicateur très actif et très utile pour la propagation des idées de ce sous-produit de la doctrine wahhabite fondé sur le salafisme dit quiet (salafia i’lmiyya).

Par ailleurs, ces nouvelles affectations viennent traduire un redéploiement de la diplomatie religieuse saoudienne à l’aune des changements dictés depuis quelques mois par le prince héritier Mohammed Ben Salman, y compris dans la sphère pourtant très protégée de la théologie. Sur son élan, le prince a effectué une purge inédite dans les milieux religieux, tout en s’engageant à combattre les idées extrémistes et même à expurger tous les faux hadiths (citations du Prophète).

Or, contrairement à une certaine idée reçue, ces réformes ont profité en premier lieu aux adeptes du puritanisme wahhabite qui voient, ainsi, leurs pouvoirs renforcés, après la mise à l’écart des théologiens influencés par les idées des Frères musulmans, accusés de propager un salafisme belliqueux (salafia djihadiyya), matrice du terrorisme.

Cela dit, si le courant madkhaliste se dit foncièrement «apolitique» et hostile à toute idée de sédition contre le pouvoir (sultân), et aussi contre tout appel au djihad contre des musulmans, leurs disciples, au nom d’une idée puritaine et rigoriste de l’islam, se confondent souvent avec les salafistes les plus radicaux. C’est ce qui s’est passé, par exemple, en Libye, il y a quelques semaines, où des adeptes de la secte madkhaliste ont profané le tombeau du père de l’ancien roi de la Libye, Mohamed Idriss Essenouci, fondateur de la Tariqa sennoucia et, comme on le sait, originaire de la ville de Mostaganem, dans l’Ouest algérien. Un acte que les Algériens ont vécu comme une offense à leur héritage. Ce qui n’empêchera pas les gourous de cette secte saoudienne de continuer à recruter ces éléments en Algérie même !

R. M. 

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