La promenade mémorielle du Président Macron tourne à l’apocalypse

POLITIQUE – Cela devait être le parcours de la reconquête. Emmanuel Macronentendait profiter de son itinérance mémorielle sur les traces de la Grande Guerre pour renouer le contact avec les Français et gommer quelque peu son image de président des riches et des villes qui lui colle à la peau. Pour l’instant, le rendez-vous est manqué. Depuis son départ de Paris, le chef de l’État est en effet contraint de faire le grand écart entre dossiers d’actualité et mémoire de la Grande Guerre, forcé de déminer les polémiques sur la baisse du pouvoir d’achat des Français et sur le Maréchal Pétain, entre deux hommages aux poilus et trois marseillaises.

Propice aux bains de foule et aux rencontres informelles avec la population, son parcours dans les territoires meurtris par les combats et la crise économique se heurte à plusieurs controverses autour de sujets explosifs. Le demi-hommage au maréchal Pétain, “grand soldat” de la Première Guerre mondiale en dépit de sa trahison lors de la seconde aura achevé la transformation de l’itinérance mémorielle du président de la République en véritable chemin de croix.

On est désormais bien loin de la portée symbolique, politique et diplomatique qu’il voulait donner à sa semaine de commémorations.

Renouer avec la recette de son succès

Ce parcours inédit dans les territoires ravagés par les guerres et la crise économique tombait pourtant à pic pour le chef de l’État. Au plus bas dans les sondages après une rentrée calamiteuse, marquée notamment par le départ de deux poids lourds du gouvernement et un remaniement sans souffle, Emmanuel Macron voulait profiter de ce “retour au terrain” pour se rapprocher des Français et des territoires.

Pour ce faire, le président de la République avait jalonné son parcours mémoriel de plusieurs visites de maison de retraite ou d’entreprises. Le but: “Aborder les préoccupations actuelles des territoires visités”, détaillait alors l’Élysée et poursuivre son offensive de reconquête auprès des élus locaux amorcée lors de son allocution présidentielle post-remaniement.

Preuve de l’importance accordée à cette itinérance, Emmanuel Macron avait pris quelques jours de congés juste avant sa première étape à la Cathédrale de Strasbourg dimanche 4 novembre. L’occasion de recharger les batteries avant une semaine particulièrement riche, au cours de laquelle le président de la République entendait également renouer avec une des recettes de son ascension et de sa victoire à la présidentielle.

Au programme: des échanges francs et directs avec les Français, quels que soient leur griefs et leurs opinions. Son courage et sa capacité de dialogue avaient notamment été salués par les ouvriers de l’usine Whirlpool dans l’entre-deux tour de l’élection présidentielle 2017. Arrivé sous les huées et les insultes, Emmanuel Macron était reparti avec quelques applaudissements après une série d’échanges particulièrement houleux où le candidat En Marche avait encaissé les coups sans renier sa vision de l’économie et sa défense de la mondialisation.

Macron tombe de sa hauteur

Seulement ce qui a fait recette autrefois ne semble plus marcher aujourd’hui. Jadis pardonnées ou brandies comme la marque d’un franc-parler revigorant, les remontrances et petites phrases polémiques dont Emmanuel Macron est coutumier lors de ses bains de foule parasitent désormais l’essentiel de son message. Ce qui s’avère problématique au moment où le président veut appeler les Français à la patience face à des résultats économiques décevants et au spectre de la fonte du pouvoir d’achat.

Ainsi, chaque jour de son itinérance, Emmanuel Macron s’est vu confronté à des mouvements de colère contre la cherté des carburants ou le faible montant des retraites. Mercredi, comme depuis le début de la semaine, face à plusieurs habitants désemparés ou agressifs, il a pris soin de répondre calmement, tantôt en arguant que les augmentations des carburants n’étaient pas de son fait, tantôt en promettant des aides pour les plus pénalisés.

“Non, je n’oublie pas d’où je viens” a-t-il également répondu à un badaud qui l’interpellait et lui reprochait sa politique en défaveur des plus démunis. Le président de la République venait juste de suggérer aux personnes qui l’interpellaient sur la précarité de leur situation économique qu’il est, comme eux, issu d’un milieu modeste. Ce qui n’est pas le cas comme vous pouvez le voir ci-dessous.

Même scènes ce jeudi 8 novembre à l’usine Renault de Maubeuge. Emmanuel Macron a été interpellé par un syndicaliste de Sud, qui lui a crié qu’il n’était “pas le bienvenu.” S’en est alors suivi un échange vif, où le président l’a accusé de “caricaturer” sa politique, d’être “ridicule” et de vouloir “faire son show”, comme vous pouvez le voir ci-dessous.

Et ces échanges se multiplient. Sur les réseaux sociaux, les vidéos de ces discussions houleuses entre le président de la République et les habitants remontés sont légion.

Mais malgré une volonté d’apaiser ses relations avec les Français et d’expliquer son action, Emmanuel Macron n’a pas su s’empêcher de s’embourber dans une autre nouvelle polémique sur la figure du maréchal Pétain. En jugeant “légitime” de l’inclure dans un hommage samedi 10 novembre aux Invalides aux chefs militaires de la Grande guerre, Emmanuel Macron a suscité un flot de réactions indignées de la gauche à la droite de l’échiquier politique.

 Une controverse difficilement évitable mais que l’Élysée s’était pourtant employée à déminer au maximum. Un problème pour le président de la République qui peine à imprimer son message. Depuis mercredi 7, la polémique sur le Maréchal Pétain a fait passer au deuxième voire au troisième plan la visite d’Emmanuel Macron dans un Ehpad à Rozoy-sur-Serre ou son déjeuner dans un collège de la ville.

C’est d’autant plus dommageable pour le président de la République que son parcours mémoriel était propice au consensus politique, entre hommages aux combattants français, éloges du multilatéralisme et discours sur la nécessité d’une “paix durable.”

Mais alors que la polémique autour de l’hommage devrait perdre un peu de souffle, d’autres pourraient émerger, à l’image de la discussion ci-dessous entre Emmanuel Macron et un ancien combattant qui lui demande ce qu’il entend faire contre les migrants sans-papiers. Enregistré par l’émission Quotidien, on y entend le président de la République expliquer que “ceux qui n’ont pas de papiers ou de droit d’asile, croyez moi on va les…”, sans terminer sa phrase, conscient, sans doute, de l’omniprésence des micros et des caméras.

Un échange qui illustre bien la difficulté pour un chef de l’État de discuter directement avec les citoyens (souvent véhéments) et d’adapter sa réponse à chacun d’eux sous l’œil des journalistes qui captent le moindre dérapage présidentiel. Emmanuel Macron, qui raffole de ces bains de foule et veut privilégier le contact direct avec la population, devrait finir par l’apprendre à ses dépens.

Il est rare, depuis le début de son quinquennat, qu’un déplacement sur le terrain ne soit pas accompagné de sa petite phrase polémique. À tel point qu’une majorité de Français juge le chef de l’État “arrogant” et que certaines oppositions en profitent pour le qualifier de “méprisant de la République.” Et même lorsqu’il il tente de lisser sa communication, comme lors de son voyage aux Antilles, Emmanuel Macron se prend les pieds dans le tapis avec une photo largement critiquée.

Des difficultés dont le président de la République a bien conscience. Et s’il dénonce la “boîte à folie” médiatique des “polémiques inutiles”, c’est bien lui qui paie les pots cassés de ses échanges houleux et de ses sorties controversées.À voir également sur Le HuffPost:

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