La superstition dans la Tanière de 2002

Le Sénégal est qualifié pour la seconde fois de son histoire à la Coupe du monde. Avant Russie-2018, c’était Corée et Japon-2002. Une première participation qui a mené l’équipe jusqu’en quarts de finale. Les Lions ont carburé avec leur talent, leur motivation, mais aussi une bonne dose de superstition.

Caleçon, tresses, coiffure, croix, tee-shirt, numéro de maillot, valises, peluches, rien n’était de trop pour «se rassurer» sur le terrain. «Si quelqu’un oubliait quelque chose, il fallait voir dans quel état il était. Un petit truc qui manque peut les déstabiliser», confie un membre de Tanière de 2002 à Seneweb. Même le staff n’y échappait pas.

Panique à bord, Fadiga a oublié son…

Logés dans le groupe A du pays tenant du titre, la France, championne du monde en 1998, les Lions avaient croisé et battu (1-0) les Bleus en match d’ouverture au stade de Daegu. Avant d’affronter le Danemark (1-1) dans le même stade pour leur deuxième sortie. Mais pour sa troisième et dernière sortie dans la phase de groupes contre l’Uruguay (3-3), le Sénégal avait effectué le déplacement au stade de Suwon.

Un voyage qui n’a pas été de tout repos du fait de l’oubli de Fadiga.

Dans le bus, Fadiga se rend compte qu’il a oublié des affaires à l’hôtel que l’équipe venait de quitter.  Dans ses affaires, il y avait son caleçon fétiche. Il a ainsi obligé l’encadrement à aller chercher son sous-vêtement.

Dépêché, l’adjoint de l’intendance est parti en avion pour le récupérer. Heureusement que les garçons des chambres avaient récupéré les affaires du meneur des Lions à l’époque et les avaient mis dans un sachet à la consigne en attendant qu’on les récupère. Cela a rassuré Fadiga. Qui aimait également jouer avec une marque de chaussures, Adidas Copa Mondial. Il jouait avec cette marque et aucune autre.

Diouf, la coiffure et le tee-shirt

Autre joueur, autre objet porte-bonheur. El Hadji Diouf jouait avec des chaussures Puma. Mais sa première préoccupation, c’était sa coiffure. Qui faisait son originalité avec ses cheveux peroxydés (les cheveux, décolorés à l’eau oxygénée, sont d’un blond très artificiel). Et, pas par n’importe quel coiffeur. Tita s’était déplacé spécialement du Sénégal pour cela. A la veille de chaque match, il s’occupait de la coiffure de la star de l’équipe.

El Hadji Diouf portait aussi un tee-shirt à l’effigie du fondateur du mouridisme, Khadim Rassoul, pour se sentir «protégé» par son guide.

La croix de Henri

Henry Camara puisait aussi «sa force» dans la religion. L’auteur du doublé qui a qualifié le Sénégal en quart de finale face à la Suède en huitièmes, 2-1, avait toujours sous son maillot un tee-shirt et une croix.

Oumar Daff et les prières

Pas d’objets particuliers pour l’arrière latéral droit des Lions de 2002 qui préfère les sourates.

«Comme tout croyant, demander à Dieu qu’il nous protège, confie-t-il. Donc faire les prières que nous connaissons : Ikhlass, Falakhi ak Nassi. Je place ma confiance en Dieu et la prière de mes parents, cela me suffit. Pas d’objets particuliers.»

Salif Diao et sa coiffeuse

Si pour Salif Diao, les tresses comptaient aussi. Il n’allait pas chercher bien loin la personne qui devait s’en charger. Sa maman faisait l’affaire. D’autant que cela lui portait chance quand c’est sa mère qui les lui faisait. Buteur à la Coupe du monde 2002, Salif Diao avait égalisé pour le Sénégal face au Danemark, (1-1), dans la phase de groupes.

Coly, Cissé et les dreadlocks

Ferdinand Coly n’était pas surnommé l’homme à la crinière pour rien. Son surnom renvoyait à ses rastas qui s’envolaient sur le terrain. Et ses rastas, il y tenait beaucoup. Il les entretenait à la perfection. Pour chaque match, il fallait qu’ils soient bien propres et attachés.

Moins visibles et beaucoup plus courts (en 2002) que les dreadlocks de Ferdinand Coly, Aliou Cissé tenait également à ses rastas. Tout comme son co-équipier, il en prenait grand soin.

Metsu et le costume gris

Metsu avait son costume. Jamais il n’osait venir coacher sans ce costume. Ce costume, il ne le mettait que le jour des matchs, en sortant des vestiaires pour aller sur le terrain.

En amical (Sénégal-Burkina Faso), Metsu avait mis un tee-shirt et les Lions avaient perdu. Les joueurs lui ont demandé eux-mêmes de « toujours » mettre ce costume.

Abdoulaye Sarr et son chapelet

L’adjoint de Bruno Metsu, Abdoulaye Sarr avait son chapelet. Il n’aimait pas l’oublier et il l’avait dans sa poche. Et, la nuit, il avait des chaussettes blanches qu’il mettait tout le temps.

Bocandé, l’ouvreur

Si sur le plan collectif, les Lions de 2002 ne voulaient pas que le bus arrive à un lieu et fasse marche arrière, manœuvre qu’ils assimilaient à un recul, il y avait un autre rituel inscrit en convention.

Jules François Bocandé tenait toujours à sortir du bus le premier et les joueurs le suivaient. Cela faisait partie du rituel d’avant match. C’étaient des habitudes qui s’étaient installées. Une sorte de convention que tout le monde acceptait et cela a réussi à l’équipe en 2002.

Jamais sans mon numéro fétiche

Pour les numéros de maillots, chaque joueur avait choisi le sien. Son numéro fétiche qu’aucun autre n’osait prendre. Cela ne se discutait même. Impensable donc de faire jouer Pape Bouba Diop sous un autre numéro que le 19. Idem pour Diouf (11), Fadiga (10), Henry Camara (7), Moussa Ndiaye (14), Aliou Cissé (6), etc. Avec ces numéros, ils étaient « mentalement et psychologiquement bien».

Pourquoi le blanc sur le maillot ?

A propos du maillot de la Coupe du monde 2002 conçu par le Coq sportif, les Lions ont donné leur point de vue sur le design. Ils ont retenu le blanc, la couleur de la pureté, associé aux couleurs du drapeau national. Ledit maillot s’est vendu comme de petits pains à l’époque.

Une chose est sûre, tous les joueurs avaient une « préoccupation » pour leurs chaussures de compétition. Qu’eux-mêmes avaient acheté ou eu via leur sponsor respectif. En plus d’une valise spéciale pour certains, ils ne la changeaient que contre leur grès.

D’autres avaient des peluches, ils dormaient avec ou les portaient sur leur porte-clés.

A fond la musique

La musique comme source de concentration pour Tony Silva, le portier des Lions : « J’écoutais ma musique (cap-verdienne, sénégalaise, bissau-guinéenne). Une musique douce qui me faisait tout oublier. A chaque fois que j’étais dans le bus, j’écoutais de la musique en pensant au pays et à tous les gens qui nous suivaient et qui pensaient fort à nous. »

Il régnait une bonne ambiance lors des séances d’entraînements. Avec notamment le décrassage qui se faisait sur fond de musique avec le fameux « Jalgati » réalisé par Henry Camara et que Lamine Diatta aimait bien.

Le départ au stade se faisait également en musique. Les joueurs aimaient écouter Youssou Ndour ou Oumar Pène surtout les titres que ces ténors avaient dédiés aux Lions du Sénégal : «Gaïndé» et «Equipe nationale».

Auteur: Die BÂ – Seneweb.com

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