L’abécédaire d’un Magal riche en enseignements

La 119ème édition du Grand Magal de Touba a vécu. Cette manifestation phare de la communauté mouride a été très riche en enseignements et en couleurs. L’événement qui marque le départ en exil de Cheikh Ahmadou Bamba est résumé ici de A à Z.touba

Accueil : C’est devenu l’une des forces de la cité religieuse de Touba. Les milliers de pèlerins qui convergent à Touba sont accueillis avec beaucoup d’hospitalité. Ils sont hébergés dans les immenses maisons de la ville qui, le temps du Magal, sont pleines à craquer. Dans une localité sans espaces hôteliers ni campements, les habitants se plaisent à les ouvrir grandement pour accueillir les fidèles. Cette année encore, la tradition a été bien respectée. Les plus de quatre millions de pèlerins –chiffre donné par le comité d’organisation- ont encore pu profiter de leur confort.

Béthio : Cheikh Béthio Thioune a bien marqué son retour au Magal après une année d’absence à cause d’ennuis judiciaires. Les Thiantacounes, ses disciples, ont réussi une démonstration de force, dans l’optique sans doute de montrer que leur mouvement n’a pas faibli. A la veille du Magal, les alentours de la maison du cheikh avaient pris les allures d’un foirail avec d’impressionnants troupeaux comprenant des centaines de bœufs, des buffles, des moutons et des dromadaires. Il y avait même des autruches.

Bis ou B2 : 2013 aura été une année particulière dans l’histoire de la communauté mouride avec la tenue de deux Magal en une année. La précédente édition a été célébrée le 1er janvier 2013, mais un hasard de calendrier a fait que le 18 Safar est revenu deux fois dans l’année. Du coup, dans les documents officiels et autres badges, il était bien mentionné “Magal 2013 Bis”.

Chantiers : Les nombreux chantiers ouverts aux alentours de la mosquée constituent l’un des faits marquants de la 119ème édition de la célébration du Magal de Touba. La Grande Mosquée de Touba offre un décor peu habituel : les cinq minarets habituels sont dévêtus de leur marbre et de leur peinture lumineuse. La terrasse de l’édifice est surchargée d’engins, de tubes de fer, de débris de ciment et autres matériaux de construction.

Dévoués : Les fidèles mourides ont célébré le Magal avec dévouement. La hausse des tarifs de transport, l’atmosphère poussiéreuse et les autres contraintes n’ont en rien pu entamer la détermination dont ont fait montre les disciples de Bamba qui ne se plaignent même pas d’avoir attendu des heures dans de longues files d’attente, avant d’effectuer leur visite devant les mausolées.

Eau : La doléance liée à la distribution de l’eau commence à devenir récurrente, même si de nettes améliorations ont été constatées cette année. Mais selon les responsables du Comité d’organisation, les camions-citernes et les bâches à eau qui sont fournis par l’Etat ne peuvent pas satisfaire les besoins des nombreux pèlerins qui affluent dans la ville sainte durant le Magal. Raison pour laquelle ils ont invité l’Etat à prendre des “mesures hardies”, en procédant notamment à l’installation de forages dans la ville pour trouver une solution définitive.

Férié : Le Magal de Touba célébré ce dimanche est le premier depuis que le gouvernement sénégalais a pris, le jeudi 7 décembre 2012, la décision de déclarer férié, chômé et payé cet événement religieux de dimension internationale.

Gambie : La communauté mouride gambienne était bien visible à Touba. Une équipe de la télévision nationale et une autre du quotidien officiel gambien étaient accréditées pour couvrir le Magal, et cela pour la première fois, selon le comité d’organisation. D’aucuns y voient le signe d’une diplomatie spirituelle qui peut aider à davantage raffermir les liens entre les deux peuples frères.

Hizbou : A travers leur gigantesque exposition sur l’histoire du mouridisme, le mouvement Hizbou Tarkhiyya a encore une fois marqué de son empreinte la commémoration du départ en exil de Khadim Rassoul. Organisés et très au fait de la chose mouride, ces disciples au déguisement particulier impressionnent par leur grande capacité d’innovation à chaque édition.

Imam : L’imam américain Mohamed Magid était l’un des invités de marque de ce Magal. Actuel imam de la mosquée d’Adams Center, à Washington, DC, et actuel président de la Société islamique de l’Amérique du Nord (ISNA), Magid est réputé très proche du président Barack Obama.

Journalistes : Au total 692 journalistes sénégalais et étrangers étaient accrédités pour la couverture de la 119ème édition du Grand Magal de Touba. Un record qui pousse le comité d’organisation à envisager la construction d’une maison de presse permanente dans la ville religieuse.

Kara : Serigne Modou Kara Mbacké a rompu avec la tradition. Il a décidé de délocaliser sa rencontre habituelle avec les talibés et la presse à Darou Moukhty, la ville de Mame Thierno Birahim Mbacké, frère cadet de Serigne Touba.

Lecture : La lecture du Coran et les poèmes de Cheikh Ahmadou Bamba ont bien marqué le 119ème Magal. Les dahiras et surtout les membres du Hizbou Tarkhiya n’ont ménagé aucun effort dans des récitals de Coran et des Khassidas.

Minarets : C’est l’un des faits qui a attiré l’attention des fidèles. La grande mosquée de Bamba compte désormais sept minarets au lieu de cinq. Deux nouveaux minarets en chantiers commencent en effet à prendre forme.

Nombre : Le nombre de pèlerins ayant fait le déplacement est estimé à plus de quatre millions, selon le comité d’organisation. Le khalife a demandé aux disciples de débourser la somme symbolique de 1140 francs en guise de contribution aux chantiers de la mosquée.

Notabilités : Le Magal de Touba, c’est aussi le nombre impressionnant de délégations de notabilités du Sénégal et de l’étranger. Cette année encore, des centaines de personnalités sont venues représenter les différentes confréries du pays, des organisations islamiques et des pays du monde arabe et musulman.

Ordures : Malgré l’ardeur dont ont fait montre les organisateurs, la cité religieuse était envahie par les ordures, au lendemain de la célébration du départ en exil de Cheikh Ahmadou Bamba. La ville avait certes fini de faire sa toilette avant l’événement. Mais, conséquence de l’afflux massif de pèlerins, les dépotoirs sauvages étaient visibles à tous les coins de rue.

Politique : Malgré l’interdiction des manifestations politiques à Touba, les principaux partis politiques ont envoyé des délégations à l’occasion du Magal. L’événement étant aussi l’occasion pour eux de se lancer dans des déclarations très politiques.

Quartiers : Les habitants des quartiers périphériques ont des revenus modestes. Mais ils ne se ménagent pas pour accueillir et héberger dans des conditions acceptables les milliers de fidèles qu’ils reçoivent.

Résidences : La célèbre Résidence Khadimou Rassoul est très prisée lors du Magal. Cependant, il faut monter patte blanche pour y accéder. Réservés aux personnalités, ses locaux accueillent des manifestations d’envergure comme les conférences et la cérémonie officielle du Magal. D’autres résidences pour hôtes du khalife sont ouvertes.

Sécurité : C’est un volet important qui mobilise policiers, gendarmes et sapeurs-pompiers. Au total, 190 personnes ont été arrêtées à Touba depuis le 11 décembre dans le cadre des opérations de sécurisation.

Transport : Se déplacer à Touba le jour du Magal est un casse-tête. Le trafic est plus qu’infernal. Certains automobilistes sont même obligés de garer leur véhicule et de marcher. Ce sont les charretiers qui assurent le transport des fidèles qui se rendent à divers endroits de la cité religieuse.

Union : Des représentants de toutes les confréries religieuses du pays ont participé à des rencontres d’échanges sur des sujets divers. Au-delà des prestations de différents prêcheurs, ces rencontres ont surtout révélé l’unité des familles religieuses au Sénégal.

Violences : Une grande conférence a lieu sur le thème ‘’Les violences dans le monde islamique : causes, conséquences et solutions’’. Initiée par la structure regroupant les petits-fils de Cheikh Ahmadou Bamba, la manifestation a enregistré la participation de plusieurs spécialistes, d’islamologues et surtout de participants venus de plusieurs pays arabes et musulmans.

Week-end : La coïncidence du Magal avec le week-end a fait penser à beaucoup de Sénégalais que ce lundi était un jour férié, chômé et payé. Mais certains travailleurs n’ont pas tardé à rentrer dans l’après-midi du dimanche pour pourvoir se rendre au boulot, le lendemain.

X : Inconnu ou infini. A Touba, la quête du savoir va aussi à l’infini. Le Magal rime avec la diffusion des connaissances théologiques. Les rayons de la grande bibliothèque de Bamba, communément appelée “Daray Kamil” (la maison du livre), étaient bien garnis d’ouvrages bien rangés. Pour le 119e Magal, on ne comptait pas moins de 200.000 exemplaires.

Yaye-Fall : Le bayefallisme se conjugue bien au féminin à Touba. Il n’est pas rare de voir des femmes habillées de patchwork, pieds nus et dreadlocks au vent, dans les artères de Touba. Ces “Yaye-fall” qui se distinguent difficilement du fait de leur uniforme, abattent le même travail que les hommes durant le Magal.

Zikr : Les séances d’évocation ou “Zikr” se déroulent surtout dans les sites où résident les Baye Fall. En chœur, les disciples de Cheikh Ibrahima Fall ont rivalisé d’ardeur en entonnant des chants rythmés et parfois endiablés.

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