Le Caire pénalisé par Washington pour ses bonnes relations avec Pyongyang ?

La décision américaine, mercredi, de réduire ou geler une partie de son aide financière à l’Égypte n’est pas seulement liée à la répression de l’opposition. Les bonnes relations entre Le Caire et Pyongyang seraient ainsi dans le viseur de Washington.

L’administration américaine a décidé d’annuler, mercredi 23 août, près de 100 millions de dollars d’aide, économique et militaire, à l’Égypte. À cela vient s’ajouter le gel temporaire de 195 millions de dollars qui avaient été promis au pays le plus peuplé du monde arabe.

Le Département d’État a donné pour raison officielle à cette décision sa volonté de faire pression sur le Caire afin que le gouvernement améliore sa politique en matière de droits de l’Homme. Dans le viseur de Washington, entre autre, une loi adoptée en décembre 2016 qui, au nom de la sécurité nationale, restreint de manière draconienne le champ d’action des ONG en Égypte. Seules les activités liées au développement sont autorisées. Exit donc les organisations qui travaillent sur la démocratisation d’un pays gouverné avec une main de fer.

A Washington DC, la porte-parole de la diplomatie américaine, Heather Nauert, insiste d’ailleurs sur le fait qu’aucun autre élément n’a influé sur cette décision. “Les droits de l’Homme, c’est une grosse part de ce que nous faisons tous les jours”, a-t-elle déclaré lors d’un briefing à la presse le 23 août.

Pas un mot donc sur les éventuels autres facteurs qui auraient pu entrer en ligne de compte et ce alors que Donald Trump avait déclaré, lors de son premier déplacement à l’étranger (Arabie Saoudite) que son administration ne chercherait n’a pas à imposer des valeurs dans le monde arabe. “Nous sommes donc en droit de chercher d’autres raisons à ces sanctions” estime David Schenker, chercheur au Washington Institute interrogé par France 24. Si l’Égypte est l’un des deux seuls États arabes signataires d’un accord de paix avec Israël, grand allié régional des États-Unis, elle continue néanmoins d’entretenir des relations avec des “partenaires très problématiques du point de vue américain”, dont la Corée du Nord. Le programme nucléaire nord-coréen à des fins militaires est perçu comme une provocation et une menace par Washington.

Les liens commerciaux et diplomatiques entre Pyongyang et le Caire remontent au moins au début des années 70. À l’époque des pilotes nord-coréens forment leurs homologues en Égypte alors qu’ils s’apprêtent à rentrer en guerre contre l’État hébreu. Quelques décennies plus tard, en 2015, un rapport des Nations Unies révèle que des sociétés écran nord-coréennes utilisent Port Saïd comme point d’ancrage dans le cadre d’un trafic d’armes, d’équipement militaires ou encore de minéraux avec des pays tels que l’Érythrée et la Malaisie.

En 2008, Naguib Sawiris, l’un des hommes les plus riches d’Égypte, décroche un contrat pour installer, par le biais de sa société Orascom, le réseau de téléphonie mobile dans l’un des pays les plus fermés au monde. Ces partenariats commerciaux sont considérés comme très irritants pour Washington, selon David Schenker. Le chercheur ajoute que la diplomatie américaine soulève régulièrement cette question dans ses conversations privées avec les officiels égyptiens. Mais, à l’heure où la tension est plus forte que jamais avec le régime de Kim Jong-Un, ces accointances ne peuvent être autant tolérées que d’habitude par le gouvernement américain qui reste cependant discret sur le sujet.

L’Égypte ne se voit privée pour le moment que d’une portion infime de l’aide américaine qui s’élève à plus d’un milliard de dollars par an. “Au final cette relation stratégique perdurera, l’administration Trump n’a absolument pas décidé de faire de la question des droits de l’Homme une priorité”, affirme David Schenker. D’ailleurs, le gendre du président Trump, Jared Kushner, a bien été reçu par le président al-Sissi avec le chef de la diplomatie égyptienne – Sameh Choukry – a ses côtés, mercredi. Les critiques sévères de la présidence égyptienne sur le gel des aides américaines étaient manifestement absentes du communiqué publié suite à cette rencontre.

Mais Le Caire a donc été prévenu : la nouvelle administration américaine n’hésitera pas, si besoin, à faire bouger les lignes sur de vieux sujets de discorde.

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