Le corps d’un ancien opposant bloqué à la frontière : Jammeh solde ses comptes avec un cadavre

BALDEH-1Bouba Baldeh, ancien ministre de Dawuda Diawara, chassé du pouvoir par Yahya Jammeh en 1994, a connu une mort mouvementée. Le Président gambien a bloqué son corps à l’entrée de la frontière sénégalo-gambienne après son décès au Sénégal. Alors qu’il voulait reposer en paix chez lui. Mais Jammeh continue de solder ses comptes avec  le cadavre de Baldeh qui a été finalement enterré à Médina Gounass.

Yahya Jammeh est un homme singulier. Il solde ses comptes avec des hommes morts. Bouba Baldeh, ancien ministre de Dawuda Diawara, n’a pas pu bénéficier d’un repos éternel sur sa terre natale. La famille de Bouba Baldeh, ancien ministre de l’ancien Président Gambien Dawda Kayraba Diawara, n’a pas eu le bonheur de recevoir la dépouille mortelle de ce réfugié politique au Sénégal depuis la fin des années 90.

Décédé dans la nuit du mardi au mercredi dernier, dans sa maison personnelle sise à Keur Massar, dans la banlieue dakaroise, Bouba Baldeh a vu son corps interdit d’entrer dans sa ville natale de Basseh, à 22 km de la ville sénégalaise de Vélingara. 

Ce jeudi vers 10 heures, un imposant dispositif militaire gambien  pré-positionné dans le village de Saby (premier village gambien après la frontière du côté de Vélingara) a intimé l’ordre au cortège mortuaire de rebrousser chemin, précisant que le corps de Bouba Baldeh était interdit d’entrer en territoire gambien.

Sans opposer de la résistance, la famille a obtempéré. D’ailleurs, selon un ami du défunt ministre, Ma­madou Bâ dit Madou, «Bouba s’était préparé à cette éventualité et avait négocié son inhumation dans la cité religieuse de Médina Gounass. Ce que le khalife a accepté.» Et c’est finalement dans le village religieux Tidiane que Bouba Michael, pour les intimes, a été enterré ce jeudi dans l’intimité familiale. 

Bouba Baldeh, 62 ans, était le dernier ministre de la Jeunesse, des Sports et de la Culture de l’ancien Président Gambien Dawda Diawara, avant le coup d’Etat perpétré le 22 juillet 1994 par une bande de jeunes militaires conduite  par Yahya Jammeh et Sannah Sabaly.

De tous les anciens ministres de Diawara, seul l’activiste des droits de l’Homme Bouba Baldeh a été approché par les putschistes pour figurer dans le gouvernement Jammeh. A l’époque, il avait décliné cette offre gentiment, selon un proche de la famille, par devoir, amitié et principes démocratiques. A la fin des années 90, Bouba se retrouva à la coordination d’un groupe d’opposants qui menait «un combat démocratique pour une alternance démocratique», selon Mamadou Bâ.

Toujours d’après ce confident de M. Baldé, Jammeh a vite cru que c’est Bouba Baldeh qui allait être le candidat de l’opposition et puis des renseignements lui parvinrent qu’il pourrait être victime d’un assassinat politique s’il ne quittait pas le territoire gambien. C’est alors qu’il décida de se baser au Sénégal et séjourna pendant plusieurs années dans la ville sénégalaise de Vélingara, où il recevait, souvent, les membres de sa famille restés à Basseh, à 22 km de là.

A partir du Sénégal, M. Baldeh continuait toujours à correspondre avec ses amis opposants du pouvoir de Jammeh et animait des conférences à travers le monde. Il animait des réseaux sociaux où il dénonçait les multiples violations des droits de l’Homme en Gambie.

Rancunier, Jammeh n’a pas oublié et vient d’avoir sa revanche en bloquant sa dépouille à la frontière sénégalo-gambienne.  Bouba Baldeh était membre de plusieurs organisations de défense des droits de l’Homme et membre influent du Tapital pullaagu, une association qui regroupe les locuteurs de la langue pullaar dans toutes ses variances. Mais, il n’a pas eu le repos à la hauteur de son engagement politique. 

Écrit par Abdoulaye KAMARA

akamara@lequotidien.sn
Correspondant

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