Le général Pathé Seck redevient ministre de l’Intérieur, Mankeur Ndiaye patron des Forces Armées !

general pathé seck

A quelque chose malheur est bon, doit-on convenir ! Le début de l’intervention française au Mali et l’envoi de nos troupes dans ce pays voisin ont au moins l’avantage de nous redonner un ministre de l’Intérieur ! Certes, le président de la République, M. Macky Sall, lors du dernier remaniement, a nommé un professionnel de la sécurité aux excellents états de services, à la tête du ministère de l’Intérieur. Ce professionnel, c’est le général Pathé Seck, qui fut pendant plus de dix ans Haut commandant de la Gendarmerie nationale. Il s’agit là, incontestablement, de l’homme qu’il faut à la place qu’il faut. Un excellent choix, unanimement salué. Seulement voilà, dans notre pays, le ministre de l’Intérieur est également celui qui gère les cultes. Or, comme le Sénégal regorge de confessions, de confréries et de familles religieuses et que chacune de celles-là a à son agenda annuel de multiples « magals », « gamous » et autres célébrations et que la préparation de chacun de ces événements nécessite l’implication du gouvernement, on voit d’ici la difficulté de la tache. La conséquence en est en tout cas que le brave général Pathé Seck, qui ne connaissait guère cela, passait ses journées à présider de multiples réunions préparatoires de ces « magals », « gamous » et autres pèlerinages. A tel point qu’il n’avait plus le temps de se consacrer à sa mission première qui est de veiller à la sécurité des personnes et des biens !

Mieux, lui, l’homme d’ordre, le général formé à Saint-Cyr et qui a eu à commander le corps d’élite qu’est la gendarmerie nationale, en était réduit, au cours de ces réunions interminables — précédées de Crd (comités régionaux de développement) présidés par des gouverneurs — à gérer des marabouts, leurs caprices de divas et leurs chantages éhontés sur l’Etat qu’il représente. Camions de vidange de fosses septiques, citernes ou bâches à eau, réfection de routes, vivres, connexion au réseau électrique, forces de l’ordre… le pauvre ministre était obligé d’endurer, stoïque, les exigences des représentants de familles religieuses. Et rien que le dernier mois, on ne compte plus les journées qu’il a consacrées à présider ces réunions préparatoires de « magals » ou « gamous » de ceci ou de cela. Au risque d’oublier sa mission régalienne d’assurer la sécurité des Sénégalais et de leurs biens !

Heureusement que la guerre a éclaté au Mali. Du coup, les exigences de sécurité reprennent le dessus et le brave général Pathé Seck peut enfin se concentrer sur ce qu’il sait faire le mieux : la sécurité. Ouf, il était temps ! Mais dites-nous : du fait de la récurrence de ces événements dits religieux dans notre pays, ne serait-il donc pas possible de nommer un secrétaire d’Etat dont la mission exclusive consisterait à leur organisation ? Et ce, de manière à permettre à nos ministres de l’Intérieur de s’occuper des choses sérieuses, c’est-à-dire de veiller à notre sécurité à tous, y compris les marabouts, ainsi que sur celle de nos biens.

Restons toujours avec cette guerre au Mali pour nous étonner de l’étrange silence du ministre des Forces armées. Car il est question d’envoyer nos soldats mourir au Mali quand même ! Malgré ça, on n’a guère entendu M. Augustin Tine s’exprimer. Et ce contrairement à son alter ego français, M. Jean-Yves Le Drian qui est sur tous les plateaux de télé, sur les ondes des radios et dans les colonnes des journaux pour défendre la pertinence de l’engagement français. Au Sénégal, ce rôle d’explication et de sensibilisation est laissé au ministre… des Affaires étrangères comme s’il s’agissait d’une banale crise diplomatique. Certes, le président de la République, chef suprême des Armées, s’est exprimé lundi et mardi sur la question, et certes, il a envoyé son ministre… des Affaires étrangères lire un message en son nom devant l’Assemblée nationale mais le ministre des Forces armées, lui, demeure obstinément muet. Pourquoi donc ne s’exprime-t-il pas et pourquoi laisse-t-il le crachoir à son collègue des Affaires étrangères ? Voilà donc un pays curieux, le Sénégal, qui envoie ses troupes à la guerre mais dont le ministre chargé des Forces armées ne daigne même pas ouvrir la bouche pour expliquer la portée de son engagement militaire. Et si le ministère des Forces armées était rattaché à celui des… Affaires étrangères, tous ces deux ministères de souveraineté étant confiés au brave Mankeur Ndiaye qui réussit même le tour de force d’éclipser le Premier ministre sur cette guerre malienne ? Et qu’on ne nous dise surtout pas que c’est parce qu’il a été éphémère ambassadeur du Sénégal à Bamako… avant d’aller se la couler douce sur les bords de la Seine !

 

MAMADOU OUMAR NDIAYE

« Le Témoin » N° 1111 –Hebdomadaire Sénégalais ( JANVIER 2013)

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