Le journaliste Demba Ndiaye au PM Dionne : «Où est ce Sénégal de tous où la justice n’est pas pour tous ?»

Les nègres de service (ceux qui sont chargés de rédiger les discours du Premier ministre, en l’occurrence de la déclaration de la politique générale de mardi 5 décembre) ont cru bon, au regard de la longueur de la thèse doctorale de Dionne, de lui permettre de respirer toutes les trente minutes avec une formule qui soit à la fois belle et pleine de sens…discutable.

L’intention, permettre au chef du gouvernement de respirer en martelant les yeux dans les yeux des représentants du peuple, donc du peuple lui-même, était bonne, mais comme on le sait depuis longtemps maintenant, les discours sont pleins de bonnes intentions ; ils en sont même leur marque de fabrique.

Ce Sénégal de tous et pour tous, n’est sans doute pas celui dans lequel l’écrasante majorité de nos concitoyens vivent. Sinon, le premier de nos ministres avait-il besoin de nous le peindre en 150 minutes (2h35) et 8h30 pour l’expliciter à la faveur des questions et remarques des députés. Comme nous sommes ignorants de ce paradis du président Macky Sall dont monsieur Dionne est le berger au long et lourd bâton servant à nous ramener dans ces idylliques pâturages, il fallait bien qu’il usa et abusa des « hé », hoo! Ici, des chiffres vertigineux que de besogneux fonctionnaires sont allés chercher dans les tiroirs de tous les ministères, et autres structures étatiques, ainsi que dans les conventions obscures des aides et prêts des bailleurs.

Ce Sénégal des dizaines, voire des centaines d’autoroutes, construites ou en construction, sont inconnus des trois-quarts des sénégalais qui n’ont pas de voitures (on l’oublie souvent dans les délires d’autosatisfaction des gouvernants). On « oublie » le prix exorbitant des péages; à entendre égrainer des centaines de kilomètres de routes goudronnées, de pistes de production terrassées, on se demande qui sont ces populations qui occupent quotidiennement les nationales pour réclamer des pistes voire des routes bitumées. Ils ne sont sûrement pas « de ce Sénégal de tous, de ce Sénégal pour tous » que le jardinier de sa majesté a laborieusement essayé de nous enfoncer dans nos crânes hermétiques. Et cela en titillant nos intelligences offensées par tant de démagogie chantée pendant plus de onze heures d’horloge.

Le Sénégal du berger Dionne, est-ce celui où l’on meurt encore devant et dans des hôpitaux ? Celui où des écoliers se retrouvent à 80 ou 100 élèves par classe et cela dans des abris provisoires qui servent d’école et que nous comptons par milliers dans nos campagnes ? Où est le Sénégal des victimes des déserts maliens, nigériens, marocains, algériens ? Où est ce « Sénégal pour tous » que des milliers de ses fils fuient pour aller se faire violenter, violer, vendre dans cette Libye post Kadhafi ?

Où est ce Sénégal de tous où la justice n’est pas pour tous ? Elle n’est même pas juste pour tous. Où est ce Sénégal où les députés ne seraient pas dépouillés de leur immunité parlementaire sur l’autel d’un deuxième hypothétique mandat ? D’une guerre intra-socialiste ou le premier d’entre nous choisit son « bon » camp dans son entreprise de destruction des partis qui pourraient contrarier le destin historique dont il se croit investi et que lui chantent à l’oreille des conseillers arrivistes qui pullulent dans les palais des majestés africaines ?

Où est ce Sénégal de tous, ou tous les contribuables peuvent et doivent être contrôlés, audités, félicités ou sanctionnés, selon leur bonne ou mauvaise gestion des deniers publics ? Dionne premier berger de la bergerie présidentielle, a bien appris la philosophie de son patron : il y a des prairies interdites et d’autres courues. Pour passer des unes aux autres, il faut accepter d’être marqué du sceau beige-marron, après des allégeances et autres « wax waxeet ».

Parce que, berger Dionne, votre Sénégal d’aujourd’hui n’est pas celui qu’avait promis aux citoyens lassés des dérives monarchiques du patriarche Wade, votre ancien candidat : la patrie avant le parti. Autrement dit, le Sénégal que nous avons en partage, avant le parti, que nous avons choisi.

N’insultez pas notre intelligence, Monsieur le Premier des ministres laudateurs du président, et qui s’en glorifie ; le chantre de la sale politique de la transhumance (décidément, on ne sort pas des pâturages et autres bergeries nauséabondes); de la justice qui persécute les uns et « oublie » d’autres mauvais gestionnaires de nos si maigres deniers et ressources.

Pourquoi, Monsieur le Premier des ministres, vous ne nous parlez pas de ce pays où des payés 5,7 millions par mois, avec voitures, maisons, téléphones, au moins dix jours de voyages par mois, trouvent que ce n’est pas assez et piquent dans la caisse. Et vous les protégez ! Pourquoi vous ne nous parlez pas du train de vie de votre…troupeau ministériel, pléthorique, budgétivore, arrogant et exhibitionniste ?

Pourquoi vous n’avez pas jugé utile de nous dire où vous en êtes des 500 milles emplois promis alors que nos jeunes fuient votre paradis autoproclamé pour aller mourir ailleurs ?

Pourquoi les rares bonnes lois et autres initiatives que vous prenez ne sont jamais appliquées ? Comme par exemple les sachets plastiques qui couvrent nos rues qui restent toujours aussi sales ; et puis il y a les talibés » qui sillonnent toujours les rues et artères. Et la liste peut continuer : les hécatombes sur nos routes (si bien goudronnées n’est-ce pas?); pourquoi vos flics laissent-ils toujours les conducteurs de voitures téléphoner au volant ?

En fait, Monsieur le Premier des ministres, pourquoi votre chef et vous nous prenez pour ce que nous ne sommes pas ? Des moutons qu’on amène sur le bûcher de vos mirages et autres miracles qui ne se produiront jamais.

Demba Ndiaye, Seneplus

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