Le ministre des Finances Sud-Africain vide son sac contre Jacob Zuma

Le ministre sud-africain des Finances a apporté mercredi sa pierre au flot de révélations sur les turpitudes de l’ex-président du pays Jacob Zuma, expliquant avoir été congédié du gouvernement pour s’être opposé à un juteux contrat nucléaire avec la Russie.

Depuis plus d’un mois, ministres, élus, banquiers ou hauts fonctionnaires défilent à la barre d’une commission d’enquête spéciale pour nourrir le procès en corruption de M. Zuma, contraint à la démission en février dernier.

C’était mercredi au tour de Nhlanhla Nene d’y aller de ses confidences sur les pratiques de l’ancien chef de l’Etat et de ses sulfureux amis, les trois frères Gupta.

Titulaire du portefeuille des Finances, M. Nene en a été écarté en décembre 2015. Il l’a retrouvé il y a huit mois, nommé par le successeur de Jacob Zuma, Cyril Ramaphosa.

« Je crois que j’ai été remercié à cause de mon refus de m’engager sur certains projets », a témoigné le ministre mercredi.

« Avec le recul (…) il me semble que ces projets auraient pu bénéficier à la famille Gupta et d’autres personnes alors très proches du président », a-t-il ajouté.

A l’appui de ses allégations, Nhlanhla Nene a longuement raconté les circonstances dans lesquelles il s’était opposé à la signature avec la Russie d’un contrat pour la construction de six à huit réacteurs nucléaires estimé à 100 milliards de dollars.

Pas satisfait

Ce projet a à l’époque été jugé hors de prix pour un pays à l’économie chancelante. Et l’insistance de M. Zuma à le soutenir a vite nourri les soupçons de corruption, sous la forme de versement de gigantesques pots-de-vin.

Les frères Gupta possèdent, entre autres, une mine d’uranium.

M. Ramaphosa a récemment mis entre parenthèses ce contrat pharaonique, au moins jusqu’à 2030.

Son ministre des Finances a décrit mercredi les pressions exercées par Jacob Zuma pour lever ses réticences, lors d’une réunion ministérielle qu’il a située en 2015.

« Zuma voulait connaître les progrès sur le dossier nucléaire, je lui ai dit que l’absence de progrès sur son financement rendait difficile toute avancée », a-t-il dit. « La réunion a été très tendue et hostile, le président m’a critiqué (…) et dit qu’il n’était pas satisfait car je n’avais pas fait ce qu’il fallait ».

« Il était clair que j’étais l’empêcheur de signer le contrat nucléaire et on m’a reproché mon insubordination », a-t-il ajouté.

M. Nene a également raconté qu’il avait été informé par un de ses collègues de l’intention du président de le remercier.

Ce collègue, à l’époque son adjoint aux Finances, est un des témoins-clé de la commission. Le mois dernier, Mcebisi Jonas a raconté comment Ajay Gupta l’avait convoqué en son luxueux domaine de Johannesburg pour lui proposer le poste de M. Nene en échange de son « soutien » pour obtenir des contrats.

Selon M. Jonas, l’aîné de la fratrie lui a alors affirmé sans détour: « vous devez comprendre que nous contrôlons tout (…) et que le vieux (Zuma) fera tout ce que nous lui disons de faire ».

Dénégations

« L’ancien vice-ministre s’est vu offrir mon poste parce que j’ai refusé de mettre en oeuvre ces contrats nucléaires », a complété mercredi le ministre des Finances, « il est aujourd’hui évident qu’ils (les Gupta et l’ex-président) devaient en profiter ».

Accusé par l’opposition d’avoir entretenu des liens suspects avec les Gupta, M. Nene s’en est vivement défendu, estimant « normal » de les avoir rencontrés dans le cadre de ses fonctions.

Jacob Zuma est soupçonné d’avoir accordé pendant la deuxième partie de son règne (2009-2018) de juteux contrats publics et des avantages indus aux Gupta. Il l’a toujours nié, concédant toutefois qu’il était un proche des trois hommes d’affaires.

Sous pression du Congrès national africain (ANC) au pouvoir, M. Zuma a dû quitter le pouvoir en février. Son successeur Cyril Ramaphosa a promis de tordre le cou à la corruption.

Dans un témoignage transmis à la commission dont de larges extraits ont été publiés dans la presse locale, Ajay Gupta, qui s’est réfugié à Dubai, a démenti les accusations portées contre lui.

Le président de la commission d’enquête, le juge Raymond Zondo, a renouvelé mercredi son appel à témoins pour tenter de faire la lumière sur tous ces dossiers.

« Il existe forcément des ministres, actuels et anciens, qui doivent bien savoir ce qui s’est passé », a-t-il lancé, « j’espère qu’ils vont se rendre compte qu’il est préférable qu’ils aident la commission de leur plein gré plutôt que d’y être traînés pour témoigner ».

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