Le ministre sur la spéculation foncière dans les Niayes : Abdoulaye très Seck contre le bradage

La visite du ministre de l’Agriculture et de l’équipement rural dans les Niayes hier a permis de mettre en lumière la complexité des questions foncières dans cette zone qui fournit plus de 60% des produits horticoles du pays. Tout au long de la visite, les élus locaux et les exploitants agricoles n’ont cessé de se renvoyer la responsabilité de l’agression des terres agricoles.

La zone des Niayes est véritablement menacée. Entre l’avancée du front urbain et le recul des zones d’agriculture, le grenier horticole du pays s’interroge sur son futur.

Et c’est pour prendre la pleine mesure de la situation que le ministre de l’Agriculture et de l’équipement rural, Pape Abdoulaye Seck, a effectué hier une tournée dans les zones de Déni, Bambilor et Sangalkam. Une visite édifiante quant au caractère inextricable des rôles et responsabilités de chacun dans la région.

En effet, tout au long de la visite, les élus locaux et les exploitants agricoles n’ont cessé de se renvoyer la responsabilité de la situation. C’est d’abord Oumar Sakho, président de la Convention nationale pour le développement rural (Cndr), une plateforme regroupant des ruraux, qui s’insurge de l’apparition de lotissements au beau milieu des champs de Déni, à quelques encablures de Bir Thialane.

«Nous demandons au ministre de nous soutenir encore mieux pour préserver ces zones agricoles et faire face à la pression urbaine», soutient Oumar Sakho devant les journalistes qui ont suivi la tournée du ministre. Mais il est aussitôt interpellé par le président de la Délégation spéciale de Sangalkam.

Selon Diène Diop, le lotissement en question «appartient bel et bien à Monsieur Oumar Sakho» ; celui-là même qui demandait l’aide de l’Etat pour préserver les terres agricoles contre les prédateurs immobiliers. Diène Diop explique en effet que ce sont très souvent les exploitants agricoles qui viennent solliciter l’autorisation de procéder à des lotissements dans leurs terres. «La Communauté rurale ne détient pas des terres pour en faire des lotissements.

Toutes les terres du domaine national appartiennent à l’Etat. Mais il y a des occupants comme Oumar Sakho, qui détient 15 ha et qui a sollicité une autorisation de l’Etat pour procéder au lotissement. Aujourd’hui, tous les périmètres sont à usage d’habitation. Et ce sont les paysans avec qui vous êtes en train de faire une tournée dans la zone qui mettent ces terres à la disposition des populations pour usage d’habitation», assène M. Diop.

La polémique est vive entre les deux hommes et le président du Cndr tente d’apporter des explications. Il maintient que «les agriculteurs ne peuvent pas vendre les terres». Selon lui, tout se fait sur la base d’un contrat entre le paysan et la communauté rurale. «Souvent le paysan donne une moitié de son périmètre et la communauté rurale effectue la délibération pour affecter les terres.» 

Détournement d’objectifs
Le même problème est constaté tout autour du périmètre de l’Institut sénégalais de recherche agricole (Isra) à Sangalkam. Ici, des centaines d’hectares destinés à accueillir des parcelles de démonstration sont déjà morcelés et cédés à des coopératives d’habitat. Selon Massaër Nguer, chercheur à l’Isra, «ce sont des personnalités à qui des parcelles ont été prêtées dans le cadre de la Grande offensive agricole pour la nourriture et l’abondance (Goana) qui ont par la suite morcelé et revendu les champs de l’Isra». 

A Bambilor, le cortège va à la rencontre de quelques habitants sur le lotissement d’une banque de la place. Selon Bira Cissé et Ibrahima Mbengue de la coopérative And sam sa momel, toutes les coopératives des alentours sont installées sur le titre foncier du Général Bertin. Un vaste espace qui s’étend sur 25 km2 avec 1 042 vergers et 7 villages polarisés.

Ces populations demandent ainsi à conserver les terres de leurs aïeux, octroyées à un général français. Mais là encore, il s’avère qu’une partie de la vérité a été tronquée. Selon le président de la Délégation spéciale de Sangalkam, toutes les personnes lésées ont déjà été indemnisées par l’Etat.  

mamewoury@lequotidien.sn

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