Le Mossad au cœur de la Hasbara

Par Gilles FALAVIGNA

Le Mossad a réalisé un coup d’éclat magistral. Dans la phase la plus tendue des relations internationales qui taraudent le Moyen-Orient, les agents du Renseignement israélien dérobent l’ensemble des informations les plus précises et peut-être les mieux gardées au sujet du nucléaire iranien.

Il est important de contextualiser  cette opération pour en prendre la mesure.

Les forces du Hezbollah pro-iranien se pressent à la frontière nord-israélienne. Pour la première fois de l’Histoire, les frappes israéliennes, pour stopper le déferlement de la logistique iranienne en Syrie, ont causé la mort de soldats iraniens. Israël et l’Iran sont en quasi état de guerre.

En janvier, le Président Trump lançait un ultimatum pour qu’au 12 mai soit reconsidéré l’accord sur le nucléaire iranien. En effet, à cette époque, le rôle néfaste de l’Iran apparaissait comme une évidence, du Yémen à la Syrie comme ailleurs et particulièrement contre le peuple iranien lui-même. La question porte, en réalité, sur deux volets et demi. Le premier porte sur le développement du nucléaire militaire iranien. Le deuxième porte sur la levée des sanctions économiques.

Nous reviendrons, ensuite, sur ce petit déterminant politique qualifié de demi.

Il faut noter que l’opération du Mossad a également été effectuée en janvier.

L’entrepôt où était stocké l’ensemble des données a été identifié en février 2016 par le Mossad, soit après l’entrée en vigueur de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien. C’est la démonstration du caractère particulièrement opérationnel et proactif du service de Renseignement israélien. Les Iraniens transféraient dans le plus grand secret les dizaines de milliers de données depuis tous les sites stratégiques vers cet entrepôt au sud de Téhéran. Et ils étaient surveillés.

Si les langues se délient pour évoquer le coup de maître, vanité des vanités, nous ne savons toujours pas comment 500 kilogrammes de documents ont pu revenir en Israël, soit une distance de 2000 kilomètres en territoire hostile. Nous savons que l’opération s’est déroulée en une nuit et a nécessité une logistique couverte par plus de cent personnes. Cinquante personnes, ensuite, ont travaillé sur l’analyse des produits.

Les services de Renseignement et de Sécurité sont toujours pragmatiques. C’est l’histoire d’une balance entre le profit et le risque, entre l’investissement et le retour sur investissement. Bref, nous avons une opération fantastique. Mais était-elle utile ? La question est légitime puisque même des anciens dirigeants du Mossad la posent.

C’est là que nous retrouvons le demi-volet que nous avions laissé pour établir de quoi il est question. Le premier Ministre Netanyahou parle de preuves « concluantes ».

Une preuve concluante est une preuve irréfutable et qui, en Droit, autorise la décision de Justice.

La première réaction à l’annonce israélienne est venue des Etats-Unis et provient des anciens de l’Administration Obama. Pour Dan Shapiro, ex-ambassadeur en Israël, il n’y a rien de nouveau. Pour Federica Mogherini, l’Européenne dont les nuits sont hantées par le sort de Gaza, ce « camp de concentration à ciel ouvert », il n’y a rien de neuf non plus.

L’AIEA, agence en charge technique du dossier, se dit prête à examiner les pièces tout en affirmant, déjà, qu’il n’y a rien de nouveau.

Pour faire preuve d’un peu de logique et sans besoin d’être un expert, se doter de l’arme nucléaire nécessite deux facteurs : la charge nucléaire et le lanceur. Or, nous savons que l’Iran travaille sur les lanceurs. Quant à savoir si l’Iran a abandonné ses recherches sur la charge nucléaire, le simple fait que tous les documents soient stockés, préservés, témoigne de la volonté de ne pas l’abandonner. C’est en cela et sans entrer dans les détails que cette opération qui ramène 500 kg de secrets est une preuve concluante.

Mais l’accord de Vienne de 2015 porte sur les sanctions économiques contre la recherche iranienne sur le nucléaire militaire. Effectivement, l’Iran se tient prêt mais n’a pas développé de travail sur la charge explosive. Il n’est pas question de la menace que fait peser un Etat-voyou.

Si Dan Shapira, proche d’Obama fut prompt à réagir, ce n’est pas un hasard. L’accord sur le nucléaire iranien est la pierre angulaire du travail géopolitique de son administration au Moyen-Orient. Le travail d’Obama a été de faire aligner ses alliés sur sa position. Plus que tout, la politique internationale américaine est une affaire de politique intérieure. La gestion du nucléaire iranien repose sur le principe du danger pour la sûreté intérieure. Or, cette question ne peut être déterminée au Sénat américain que par une majorité de 60%. C’est Donald Trump qui est visé.

Alors qu’importe que le Maroc rompe ses relations avec l’Iran cette semaine par les preuves concluantes  de l’armement chi’ite du Front Polisario, si loin de l’Orient, si proche de l’Occident. L’Iran est-il une menace pour les Etats-Unis ?

De même, c’est la politique générale de l’Union Européenne qui serait remise en cause par l’établissement de sanctions économiques contre l’Iran.

Alors qu’importe que l’Iran, en réponse au Président Trump, déclare que si les USA quittent l’accord, l’Iran s’en retirera, démontrant ainsi la priorité iranienne pour le nucléaire militaire vis-à-vis des sanctions économiques. N’est-ce pas la position la plus logique en gestion de l’humiliation subie ?

Quant à la Chine et la Russie, les deux puissances périphériques associées à l’accord, la position iranienne assure qu’elles porteront un intérêt très relatif à son devenir.

La preuve n’est rien. Le théâtre des opérations n’est plus juridique, il n’est plus médiatique. Il est sémantique. Au petit jeu consistant à traiter l’autre de menteur, l’intérêt de l’opération du Mossad, si elle contribue à mettre en exergue l’inefficacité de la Hasbara, aura l’avantage de faire tomber les masques, à l’heure où chacun est mis en face de ses responsabilités. Et plus que jamais, la géopolitique est avant tout de la métapolitique où l’irrationnel domine les esprits.

Par ©Gilles FALAVIGNA

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