Le mouridisme : factualité et problèmes (Par: Mouhamadou Bachir Thiaw)

Dans le contexte actuel d’un monde hautement tourmenté, caractérisé essentiellement par le choc apparent des civilisations khadim rassoulislamique et occidentale, la philosophie d’un courant religieux, soufi, islamique mérite d’être élucidé : le mouridisme. Fondé en 1883 par Cheikh Ahmad ibn Muhammad ibn Habiballah, plus connu sous le nom de Cheikh Ahmadou Bamba (1853- 1927), le mouridisme est inspirée de la Sunna du Prophète et de l’islam authentique : pureté de la foi, de l’adoration, de la soumission et de tout acte de bienfaisance. Il repose, par essence sur l’articulation (et non la déconnexion) de la haute spiritualité et du travail humain au sens le plus général. Par conséquent, le mouridisme est dans le champ le plus significatif de l’Islam universel, Islam de la perfection, de la tolérance et de la non-violence. L’amour, l’altérité, la modération et l’humilité sont les valeurs fondatrices de ce courant religieux. En effet, le mouridisme constitue ainsi le lien entre toutes les activités profanes et religieuses.

Le comportement coexistant pacifique et tolérant du mouridisme à l’égard des autres mouvements socioreligieux atteste et symbolise le phénomène exclusif de l’intégration de l’Islam dans une société donnée. La quête de la piété, en suivant les enseignements et les prescriptions du Coran et la Sunna du Prophète (PSL), constitue la vigueur interne et la vitalité du mouridisme. Ceci fonde les bases de sa capacité d’adaptation à la société sénégalaise en particulier et mondiale en général. Le succès actuel du mouridisme au-delà des frontières sénégalaises illustre l’aptitude de la religion musulmane à s’adapter à différentes cultures et à divers peuples. L’influence mouride dans la société sénégalaise constitue une preuve que la force et la vitalité de cette dimension essentielle de la tradition de l’Islam, associée à l’importance sociale des voies spirituelles, peuvent aider à maintenir la cohésion du tissu social.

Dans le vaste paysage et la riche diversité d’expression de l’Islam au Sénégal, Touba représente un cas exceptionnel d’épanouissement de la religion et d’intégration entre la pure orthodoxie et la mystique classique. La tradition spirituelle préservée et symbolisée par les grands maîtres spirituels assure prodigieusement la cohésion sociale et religieuse au Sénégal.

Malgré l’opposition d’obstacles apparemment insurmontables (au temps colonial notamment), le mouvement soufi mouride a aujourd’hui atteint un sommet dans sa puissance et dans son influence populaire, politique et économique. Ce qui fait d’ailleurs qu’il est détourné de ses principes les plus fondamentaux par des sous-catégories qui ne sont motivées que par leurs propres intérêts. De ce fait, au regard de certaines pratiques et comportements de quelques adeptes dont certains se réclament d’ailleurs à tord ou à raison Marabout, le mouridisme perd progressivement son caractère d’exception et son succès dans le monde islamique. Son but était et reste toujours l’instauration d’une société musulmane par excellence au Sénégal et partout à travers le monde par l’érudisme et la piété. Mais l’image écornée du mouridisme provoque quelque part l’abandon, le rejet et même la perte de cette profonde tradition religieuse. Tout comme les autres grands courants, le mouridisme est actuellement victime de son succès. Une partie de ses adeptes n’étant attirés que par le profit, le pouvoir et non par l’énigme d’une quête acharnée de réussite dans les deux mondes en terni davantage son image.

La valeur de l’héritage de Cheikh Ahmadou Bamba ne réside pas uniquement dans sa descendance biologique mais dans sa descendance religieuse. Cet héritage est à la portée de tout musulman animé par la cause du Seigneur et de son Prophète Muhamed (PSL) et qui s’attache aux principes fondamentaux de l’islam et les applique.

En effet, les détracteurs du mouridisme et leurs perceptions ne prennent pas habituellement en compte les modèles authentiques mais se limitent souvent aux modèles défaillants de politiques, de célébrités et même de soi-disant marabouts. Ces derniers représentent les modèles relativement dominants chez les communautés sénégalaises ou de la Diaspora. Surtout, qu’il est également vrai qu’il existe inévitablement des influences corrompues qui jouent quelque rôle dans l’idéalisation et l’exploitation du formidable patrimoine du Saint homme. Bien que la forme prise par cet ordre depuis la mort de ce dernier en 1927 ait varié, avec quelques déviations par rapport à ses enseignements. La version du mouridisme déformée par les défaillants et les ignorants est détachée de son foyer spirituel et devient souvent aride et a tendance à perdre sa vigueur interne et sa vitalité. Ce qui, normalement, devrait être les bases de sa capacité d’adaptation aux principes et les réalités de la religion islamique.

Cheikh Ahmadou Bamba, de par ses œuvres dans la religion islamique mériterait un héritage plus pur et saint. Force est de reconnaitre que certains fidèles veillent à cela et s’exercent à incarner l’image du fidèle exemplaire en s’attelant au respect des enseignements du Coran et de la tradition du prophète Muhammad (PSL) tout en valorisant la science et le travail. Ainsi, le projet du mouridisme en s’actualisant plus explicitement, devient-il, comme il se doit, référence, modèle ou dans une plus large mesure une menace pour authenticité ? Une chose est sûre, la capacité et la souplesse adaptatives d’un fidèle mouride, constatées au Sénégal et ailleurs, devraient être, entre autres, la preuve même de la pertinence et de l’orientation universaliste de l’Islam.

Mouhamadou Bachir Thiaw
bachirmt@gmail.com
Grenoble, France
Novembre 2013

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