Le mouvement du 17 novembre, une révolte des gueux ?

Le mouvement dit des « gilets jaunes », protestant contre une nouvelle hausse de la fiscalité du carburant diésel prend une ampleur impressionnante, que ce soit sur les réseaux sociaux, ou sur le terrain.

Ce mouvement a reçu le soutien de plusieurs personnalités politiques de la droite à la gauche, comme Jean-Luc Melenchon (1) ou François Ruffin (2). Bien entendu, le ministre supposé être en charge de l’écologie, le falot François de Rugy (3), s’est fendu d’une déclaration aussi tonitruante qu’inadaptée, déclarant qu’en la matière ce n’était pas à la rue de faire la loi. Cela reste à voir, et l’on se rappelle l’épisode des « bonnets rouges » sous François Hollande où le gouvernement avait effectivement reculé sous la pression de la rue…

En fait, ce mouvement illustre la profonde colère qui monte de la France, et en particulier de la « France périphérique », pour reprendre l’expression mise à l’honneur par le géographe Christophe Guilluy (4), depuis plusieurs semaines. Cette colère arrive à un moment où le pouvoir d’Emmanuel Macron est en déséquilibre. Affaibli depuis l’été par l’affaire Benalla, discrédité par sa malheureuse déclaration au sujet de Pétain, privé de politique étrangère par le refus de l’Allemagne de s’associer à son rêve dément d’une Europe fédérale et sa russophobie obsessionnelle, il se trouve dans une position de relative fragilité face à ce mouvement.

Qu’en sera-t-il le 17 novembre, il est trop tôt pour le dire. Mais, ce mouvement est une nouvelle preuve de la cassure qui s’est instauré entre le Président et le pays.

Faut-il augmenter le prix du carburant diesel?

La question de départ est celle de la fiscalité sur les carburants, mais aussi de « l’incitation » à la consommation que représente le prix de ces derniers. Dans la théorie « standard » économique, théorie sur laquelle il y aurait beaucoup à dire, le « prix » est une information sur un bien. Une hausse (ou une baisse) de ce « prix » constitue alors une incitation (négative ou positive) à la consommation de ce bien. Le raisonnement que le gouvernement nous présente est que si l’on accroît ce prix, on incite les consommateurs à baisser leur consommation, et à utiliser d’autres modes de transport considérés comme moins polluant.

Car, le gouvernement présente cette hausse du prix comme une mesure écologique devant aboutit à une baisse de l’utilisation du diesel. Et, il est parfaitement vrai que le carburant diesel contribue (sans en être l’unique ni la principale source, il convient de la rappeler) à la pollution dans les centres urbains des grandes métropoles. Une baisse de l’utilisation du carburant diesel contribuerait à faire baisser cette pollution (et non LA pollution comme on l’entend trop souvent). Personne ne conteste cela, même si il est clair que d’autres utilisations du carburant diesel (navires, et kérosène d’aviation) contribuent encore plus que la voiture particulière à cette pollution.

Mais, pour que la théorie des incitations (car c’est de cela qu’il s’agit) puisse s’appliquer dans la réalité, il faut qu’existent des choix alternatifs à l’usage du carburant diesel. Or, ces choix sont strictement limités. Dans les grandes villes, les réseaux de transports en commun sont déjà saturés. L’abandon dans lequel on a laissé les transports ferroviaires (trains, métro) de proximité a conduit à une situation qui est déjà à la limite du supportable. Ajoutons que les choix urbanistique et de schéma de transport ont été désastreux. Si le déplacement périphérie-centre est possible, le déplacement de périphérie à périphérie l’est bien moins. Les autres modes de transport (vélo, engins électriques) sont marginaux et ne concernent que les centres urbains, sans compter qu’ils entrent en conflit direct (voir l’accroissement des accidents) avec les piétons. Hors des agglomérations, la situation est encore pire. L’abandon progressif des lignes secondaires de train (merci la privatisation rampante du train….) rend impératif aux habitants des zones dites « rurbanisées », c’est à dire habitant à la campagne mais travaillant en ville, l’usage de la voiture. Or, une large part du parc automobile français est composée de voitures à moteurs diésels. Bien sûr, il est possible de changer de voiture, mais cela à un coût, et ce coût doit être étalé dans le temps. D’ici là, les automobilistes seront contraints de supporter la hausse du coût du carburant. Enfin, pour de nombreux professionnels, le passage au moteur diesel (qui est d’ailleurs PLUS efficient que le moteur à essence comme le montre la plus faible consommation spécifique de ce type de moteur) a été général. Il est illusoire qu’ils puissent basculer vers d’autres modes de propulsion en quelques mois, voire en quelques années.

Les prérequis pour que le prix du carburant puisse jouer son rôle théorique d’incitation ne sont clairement pas requis. L’élasticité, autrement dit l’évolution de la consommation en fonction du prix, apparaît comme quasi-nulle.

Une taxe sur les pauvres?

C’est là où se révèle la dimension perverse de cette mesure. Faute des prérequis, la hausse du prix se transforme en une simple taxe, frappant prioritairement ceux qui n’ont pas les moyens financiers de changer de moyens transport et qui sont dépendant de ces moyens de transports pour aller…travailler. Cette hausse prend donc la forme d’une taxe touchant prioritairement les classes populaires et moyennes, et épargnant au maximum la population boboïsée des centres villes. Non seulement cette taxe est injuste en ce qu’elle ne distingue pas le riche du pauvre, mais elle est d’autant plus injuste qu’elle touche plus le pauvre que le riche!

On comprend pourquoi le mouvement du 17 novembre suscite une telle indignation dans les réseaux sociaux et pourrait fédérer une partie de l’opposition au Président Macron, dont la popularité aujourd’hui est au plus bas. Que ce mouvement ait une dimension antifiscale est clair. Mais tout mouvement antifiscal n’est pas forcément réactionnaire. De démarrage de la « Fronde du peuple » sous la régence d’Anne d’Autriche jusque et y compris le mouvement dits des « bonnets rouges » sous la présidence de François Hollande (automne 2013-printemps 2014) (5), nombre de ces mouvements ont exprimé une légitime colère de la population. La révolte de l’automne 2013 disait aussi le désespoir de territoires ruraux laissés à l’abandon, expliquant — sans les justifier — les violences du mouvement.. L’enjeu donc du 17 novembre est de savoir quelle sera l’ampleur du mouvement et si les blocages annoncés seront spectaculaires et conduiront à une paralysie du pays.

Plus généralement, il nous invite à réfléchir sur le comportement de « caste » qui est celui du pouvoir actuel. Car, ce comportement appelle en réaction une montée de la violence sociale, comme l’histoire de notre pays sur plusieurs siècles nous le rappelle. Faut-il donc que nos dirigeants soient à ce point ignorants de l’histoire de notre pays, ou confits dans l’idéologie au point de ne plus voir la réalité, pour ne pas s’en rendre compte?

fr.sputniknews.com

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