Le Parti socialiste s’achemine-t-il vers une cassure ?

tanor-et-khalifa-sallLes contradictions qui agitent le parti socialiste(PS) comme celles d’autres formations politiques sénégalaises, étalent des dérives verbales, des sentiments subitement hostiles et, de plus en plus, des tournures violentes. S’agirait-il d’un prélude à une nouvelle cassure ? En vérité, ces problèmes consécutifs à l’alternance de 2012 vont s’amplifiant et pourraient nécessiter une prise en compte dans les constructions stratégiques. C’est pourquoi, en plus de leur constat, il convient de tenter de mieux comprendre les contenus des orientations qui s’opposent.

Il n’est pas difficile d’établir que la trame des contradictions actuelles dans le PS réside dans les enjeux de pouvoir, qu’il s’agisse du pouvoir central ou des pouvoirs locaux. En effet, depuis les élections locales de 2014, au moins, s’affirme une option portée par le Président Ousmane Tanor DIENG qui soutient la démarche du Président SALL jusqu’aux législatives de 2017 et certains partisans souhaiteraient ce compagnonnage en 2019. Et, face à cette ligne officielle, s’élabore une orientation opposée et engagée dans la compétition pour le pouvoir. C’est cela qui est apparu dans l’affirmation de « Taxawu Dakar » et les suites observées jusqu’ici.

Or, ces oppositions proclamées, de manière de plus en plus violente, si elles ne trouvent pas une résolution ou un nouvel équilibre à travers un débat sain et responsable, pourraient surprendre les vigilances et produire une nouvelle cassure dans ce parti. Les dérives verbales ne devraient-elles pas constituer une alerte suffisante ?

Par ailleurs, le PS a connu auparavant des cassures qui ont précédé et favorisé sa perte du pouvoir en 2000 et d’autres départs consécutifs à celle-ci. Or, la plupart de ces séparations remettaient en cause publiquement le leadership du Président DIENG. Prétexte ou conviction ? De toute façon, celui-ci deux fois candidat à l’élection présidentielle sans réussite, n’envisagerait plus sa nouvelle candidature. Dés lors, il n’est pas étonnant que le Président DIENG et ses partisans étalent le tapis rouge au régime actuel et, sauf extraordinaire, ce compagnonnage s’installe dans la durée.

C’est du reste, cette perspective qui est remise en cause par les tenants d’une ligne, qui, depuis 2012 avec la tentative de maintien du sénat, exprime son refus à se soumettre aux vœux du Président et de l’Alliance pour la république (APR). Le Maire Bamba FALL de la Médina n’avait-il pas défié publiquement le processus des investitures sénatoriales ? C’était incontestablement une lutte de deux fractions pour le pouvoir. Cette tendance se confirme dans l’affirmation de la nécessité d’un candidat socialiste à la prochaine présidentielle.

Ces enjeux de pouvoir n’imposent-ils pas une analyse des contenus que préconisent les deux camps en lutte ?

De toute façon, si l’orientation officielle du PS persiste dans le soutien au régime actuel, on peut considérer que ce parti est globalement comptable des actions et des prévisions du régime. On serait autorisé à l’apprécier selon les résultats de son champion. De toute évidence, cette ligne politique escamote les thèses essentielles de la charte de gouvernance démocratique des « Assises nationales ». Et, surtout, elle reculerait l’unité de ce qu’on appelle communément la famille socialiste.

Cependant, le courant qui conteste cette ligne officielle ne présente pas encore un discours référentiel permettant de déterminer les prévisions programmatiques. S’agit-il uniquement d’un objectif électoraliste taillé sur le culte de la personnalité ? Ou serait-ce la construction sur la fiction d’un homme providentiel ?

Bien sûr, dans la critique du régime, les tenants de la remise en cause évoquent parfois le non respect des engagements surtout ceux contractés lors des « Assises nationales ». Il est vrai que pour certaines parties prenantes celles-ci étaient un moment de papotage sans conséquence sur la pratique à venir. C’est pourquoi, après avoir porté la charte de gouvernance démocratique comme une ligne de démarcation, beaucoup d’organisations et de partis ont renié tranquillement leur serment.

De plus, les tenants de la contestation ont manifesté leur refus de la réforme constitutionnelle soumise au référendum le 20 mars 2016. Sont-ils pour autant partisans d’une nouvelle constitution adossée essentiellement à la culture et l’histoire du Sénégal et de l’Afrique? Quelles conséquences tirent-ils de ce refus ?

De toute façon, ils ont le devoir de préciser leurs objectifs ou leur projet programmatique. Ne perdent-ils pas trop de temps en oubliant la définition de leurs thèses ? Quelle lecture proposent-ils des « Assises nationales » ? Quels rapports établissent-ils avec les thèses qui y remettaient en cause certaines pratiques du PS avant 2000 ?

En vérité, les tenants de ce courant ont l’obligation d’établir une lecture autocritique qui les pousserait à verser de nouvelles propositions dans les débats en cours.

N’est-il pas exact que le PS a perdu le pouvoir en 2000 parce qu’il était largement décrié et discrédité ? Par conséquent, les tenants de la remise en cause ont le devoir de convaincre ou de se réconcilier avec les populations.

Les éléments de divorce étaient nombreux. En effet, dés 1960 la manipulation des élections locales à Saint-Louis avait provoqué une sorte d’insurrection et servi de prétexte à la dissolution administrative du PAI. Or, personne ne peut nier que cet acte est, dans une large mesure, fondateur de l’ostracisme et de la répression systématique des « opposants », avec le recours aux tortures les plus féroces jusqu’à l’orée des années 1980. Et, les programmes d’ajustement structurel déroulés durant le magistère du Président DIOUF avaient installé une paupérisation massive qui avait contribué avec force à précipiter le rejet du régime PS.

Sur ces questions, entre autres, les populations ont besoin de recevoir les outils de leur dépassement. En tout cas, il serait insensé de laisser ces oppressions continuer sous d’autres formes. C’est pourquoi, les amis du Maire Bamba FALL ne peuvent pas se limiter à citer un éventuel candidat comme s’ils se contentaient d’un culte de la personnalité. Les populations n’ont-elles pas besoin d’être rassurées ? En effet, les trahisons et les reniements ont, dans une certaine mesure, discrédité la catégorie politique. C’est pourquoi, il est urgent que les réflexions soient approfondies et partagées très rapidement mais sans précipitation inutile. Le temps presse et une sagesse recommande : « saisis le jour ! Saisis le maintenant »

Par conséquent, on peut constater que le PS est confronté à des controverses ou des contradictions qui le constituent comme un des laboratoires du devenir. En effet, à grands traits, il est facile de considérer que s’y déroule une lutte entre une ligne qui défend et conserve l’orientation du pouvoir actuel et une autre, opposée à cette première, qui se fraie un chemin et se définit dans les difficultés, la douleur et les déchirements. C’est pourquoi, la résolution de ces questions ne manquera pas de conséquence sur le cours de l’histoire.

Si des médiateurs, comme les sages du parti par exemple, ne parvenaient pas à désamorcer la bombe, les contradictions mèneraient inexorablement à la cassure. Dans un passé récent, cela s’est produit dans ce parti mais les scissions à venir sont surtout caractéristiques de la recomposition des forces politiques et sociales en cours. De toute façon, les stratégies des uns et des autres, les alliances et le leadership pourraient subir l’influence de l’issue de cette lutte.

Alioune DIOP

badadiop@hotmail.com

actusen.com

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