Le phénomène des enfants de rue au Togo

enfants-des-rues-lomé-587x345_cDans plusieurs pays africains et essentiellement dans les capitales, le phénomène des enfants de rue devient une situation inquiétante. Au Togo, le phénomène des enfants de rue prend de l’ampleur. Il n’y a pas encore de chiffres disponibles des milliers d’enfants arpentent les rues dans la plupart des quartiers de la capitale togolaise et des autres grandes villes du pays. Ils sont exposés à des différents problèmes et sont très vulnérables.

Il y a beaucoup d’enfants dans la rue et le nombre va croissant malgré les actions de l’Etat et les nombreuses actions de la société civile. Selon des chiffres récents communiqués au Togo par l’UNICEF, 67% des enfants de rue ont des parents divorcés, 21% orphelins, 5% sont nés hors mariages, etc.

Causes et conséquences d’un phénomène complexe

Le phénomène des enfants en situation de rue a de multiples causes économiques, sociales et politiques, qui sont interdépendantes. Au Togo, le ministère de l’Action sociale, de la Promotion de la femme et de l’alphabétisation et le Forum des Organisations des Défense des droits de l’Enfant au Togo (FODDET) ont recensé plusieurs facteurs liés au phénomène des enfants de la rue.

Parmi les causes de départ dans la rue citées par les enfants eux-mêmes, reviennent souvent les violences familiales, les décès des parents et au manque de prise en charge par la famille, l’alcoolisme parental, la pauvreté, le remariage de l’un des parents, etc.

Les enfants de rue se livrent souvent à des comportements déviants. Leurs stratégies de survie physique et émotionnelle sont souvent considérées comme les conséquences du phénomène. Il s’agit du travail, du vol, de la drogue, des relations sexuelles précoces.

Au Togo, par exemple, une étude de l’ONG Action d’Aide et d’Appui pour la Réhabilitation des Drogués (ACAARD) a révélé que plus 6366 drogués dont 2.118 filles vivent dans plus de 40 ghettos. L’ONG dirigée par le pasteur Yao Epiphane, surnommé le «Pasteur des drogués», précise que 387 enfants dont 46 orphelins de père et de mère vivent dans la quarantaine de ghettos.

Les enfants de rue sont considérés comme une classe dangereuse. Du coup, le vagabondage dont ils se livrent est considéré comme une offense et est criminalisé. Ces enfants commencent à commettre de petits délits pour survivre, et ensuite, puisqu’il est déjà étiqueté comme un criminel, l’enfant assume le rôle d’un véritable délinquant.

Les enfants de la rue vivent trop souvent dans des conditions déplorables et sont l’objet d’abus de toutes sortes. Ils sont nombreux à souffrir de maladies diverses en raison de leurs conditions de vie déplorables. Beaucoup d’entre eux fréquentent peu ou ne fréquentent plus l’école. A l’âge adulte, ils deviennent des analphabètes ou illettrés s’ils survivent à la faim, à la soif, aux travaux dangereux et mal rémunérés, à la prostitution, aux abus sexuels, aux endémies, à l’exclusion sociale, aux harassements dus à la police, aux tracasseries de la justice, à la prison, aux drogues destructrices et bon marché, au travail domestique transformé en esclavage…

Approches de solutions

Quasiment oubliés dans les budgets nationaux, ce sont des organisations de la société civile, des institutions religieuses et des personnes de bonne volonté qui subviennent à leurs besoins urgents de survie: nourriture, centre d’accueil ou d’écoute, vêtement, santé, soutien juridique, conseil sanitaire, protection contre la violence, la répression imméritée et les abus divers au nom de la loi et de l’ordre. Plus grave encore pour leur avenir, ils n’accèdent pas facilement à l’école.

Selon les experts, la répression n’est pas la solution au problème mais contribue plutôt à maintenir ces enfants dans la rue. Très souvent, l’UNESCO propose une régulation politique et sociale qui permet un débat plus nuancé. Cela permet d’adoption des solutions qui vont de la répression pure et dure à des mesures de renforcement des capacités et de respect des droits de l’enfant.

Pour l’UNESCO, l’éducation est indispensable si l’on veut aider ces enfants à sortir du cycle infernal que constituent la pauvreté, la survie dans la rue ou le travail de servitude et l’ignorance. Même son de cloche chez l’UNICEF qui recommande le respect des droits de ces enfants.

En ce qui concerne le Togo, l’Etat a mis en place des centres d’accueil de ces enfants même si une réelle politique d’insertion n’existe pas à l’heure actuelle. Avec le soutien des organisations de la société civile, les institutions d’accueil mènent des actions de prévention et d’accompagnement.

«Bien que le Togo ne soit pas un pays à fort taux de prévalence, pour le gouvernement togolais, il est important de s’attaquer à ce phénomène à la source en le prévenant mais aussi en créant des conditions pour faciliter leur accompagnement par les organes de la société civile et l’Etat parce que chaque enfant compte», a confié la ministre Tchabinandi Kolani-Yentcharé.

La résolution et la prévention de ce problème nécessitent l’implication active de tous les acteurs notamment les familles, la communauté, les ONG, la société civile, les ministères, les partenaires techniques et financiers, les médias, les communautés religieuses et es chefs traditionnels.

En clair, pour venir à bout du phénomène, il est nécessaire d’adopter une réponse de longue durée et multidimensionnelle qui permettre l’insertion de ces enfants en situation de rue et éviter de nouveaux flux des enfants vers la rue.

© OEIL D’AFRIQUE

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