Le plongeon de l’euro face au dollar va-t-il se poursuivre ?

L’euro s’est considérablement affaibli face au dollar depuis le printemps dernier. Une faiblesse qui pourrait bien s’accentuer, avant d’envisager un rebond de la monnaie unique face au billet vert d’ici quelques mois.

L’euro est à la peine. Depuis son pic de février dernier, à 1,256 dollar, la monnaie unique a plongé de presque 10%, à 1,14 dollar, à l’heure où nous écrivons ces lignes. Elle a même inscrit cette semaine un nouveau plus bas d’un an face à la devise américaine, à 1,13 dollar pour un euro, conséquence des turbulences en provenance de Turquie. Au-delà du rebond technique en cours, l’euro risque fort de se retrouver à nouveau sous pression dans un avenir proche, avant de tenter un redressement avant fin 2018, juge Nordine Naam, stratégiste chez Natixis.

Entre février et avril, l’euro a évolué dans un intervalle relativement étroit, constitué par la fourchette 1,22-1,24 dollar. “Un intervalle dont il a fini par s’extraire par le bas, amorçant ainsi une chute en direction de 1,15, un creux signé en mai dernier. Le dollar a en effet profité des anticipations de relèvement progressif du taux directeur de la Réserve fédérale (Fed, banque centrale des Etats-Unis, NDLR), sur fond de raffermissement de l’inflation et de la croissance économique américaines. De son côté, la Banque centrale européenne a repoussé les perspectives de relèvement de son taux directeur, pesant ainsi sur l’euro. Le durcissement monétaire, initialement attendu au premier trimestre 2019, devrait en effet intervenir après l’été prochain”, explique Nordine Naam.

Après une période d’accalmie entre mai et juillet, la devise européenne est violemment repartie à la baisse face au billet vert au mois d’août, tombant de 1,16 le 8 août à 1,13 dollar mercredi 15 août. La crise turque a en effet pesé sur la monnaie unique, la BCE pointant du doigt l’exposition sensible de certains établissements européens – au premier rang desquels l’espagnol BBVA, l’italien Unicredit et le français BNP Paribas – au pays d’Erdogan, via le canal des prêts bancaires, alors que ces mastodontes détiennent des parts dans certains des principaux établissements financiers turcs.

“La crise a par ailleurs accentué les incertitudes pesant sur la croissance économique européenne. Une prudence qui a logiquement influé sur l’euro, tandis que le dollar a bénéficié quant à lui de son rôle de devise refuge”, relève Nordine Naam. Par ailleurs, “alors que la croissance économique reste très forte aux Etats-Unis, elle est assez faible en zone euro. De même, l’inflation est élevée outre-Atlantique, alimentant les anticipations de durcissement monétaire, mais elle est décevante en zone euro, entretenant l’idée qu’il n’y a toujours pas urgence à relever le taux directeur. D’où une divergence des politiques monétaires de part et d’autre de l’Atlantique, à l’avantage du dollar et au détriment de l’euro”, explique l’expert de Natixis.

Selon lui, le scénario le plus probable est celui d’une poursuite de la faiblesse de la monnaie unique face au billet vert, avec un possible test ponctuel de la barre de 1,12 dollar pour un euro, dans un avenir proche. “Les turbulences turques ne sont probablement pas terminées, ce qui devrait continuer d’alimenter les tensions au sein du monde émergent, du fait des craintes de contagion à d’autres pays (déjà, la devise sud-africaine a été emportée par la chute de la livre turque, NDLR). Un stress qui devrait favoriser des rapatriements de capitaux aux Etats-Unis, soutenant ainsi mécaniquement le dollar. De même, si le bras de fer commercial devait se poursuivre, il pourrait y avoir davantage de craintes concernant les pays émergents, favorisant ici aussi des rapatriements de capitaux et une appréciation du billet vert”, estime Nordine Naam.

Ce scénario baissier sur l’euro face au dollar est confirmé par l’analyse technique (analyse graphique et mathématique des cours). “Après avoir passé plus de deux mois à l’intérieur du nuage (en violet sur l’illustration ci-dessous, NDLR), l’euro a finalement choisi d’en sortir par le bas, sous 1,1525 dollar. Tant que le bas du nuage à 1,1525 dollar reste au-dessus du cours de l’euro, l’objectif prochain est situé à 1,1215 dollar, un seuil qui devrait tenir”, juge Robert Haddad (Cfat, Banque SBA). L’expert précise néanmoins qu’en cas d’enfoncement de ce seuil, le ralliement de 1,0805 serait alors envisagé. “Seul le franchissement de 1,1525 dollar – et, mieux encore, de 1,1546 dollar – invaliderait ce scénario baissier”, nuance-t-il.

Bloomberg Finance
De son côté, Natixis table par la suite sur un redressement progressif de la monnaie unique face au billet vert. L’euro pourrait ainsi remonter vers 1,16 dollar en fin d’année, juge la banque.

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