Le temps des périls !

6906931-10558781EDITORIAL : LE TEMPS DES PÉRILS !

Abdou Ndukur Kacc Ndao
Socio-Anthropologue

Le Président Macky Sall, profitant des « vacances gouvernementales » était en vadrouille présidentielle. A Paris. Presque jamais en Afrique ou dans les Iles du Saloum. A l’image de ces pairs africains et de ces prédécesseurs.

Pendant ce temps, le pays est dans des périls graves. L’hivernage a fini de décevoir les légitimes attentes de populations rurales affamées. Nos étudiants sont agressés et tués par de jeunes policiers mal formés et haineux vis-à-vis de leurs frères et sœurs étudiants. La gâchette facile, la violence dans l’esprit, ils se comportent comme des brigands détruisant ordinateurs, déchirant livres, tabassant des étudiants innocents. La liste est loin d’être exhaustive.

Ces jeunes policiers ne sont pas seulement des chiens dressés pour casser de l’étudiant. Ils sont aussi les victimes de la violence symbolique de l’Etat.

Il est vrai qu’l faut se garder de généraliser le comportement brutal voire meurtrier des policiers. Notre Police Nationale, à l’instar des autres corps de défense et de sécurité, est aussi traversée par des courants contradictoires. Elle est loin d’être homogène. Bien au contraire. Je suis sur qu’ils sont, au sein de cette institution policière, des milliers à s’indigner du comportement de leurs collègues.

N’empêche, le Président Macky est revenu. Comme à son habitude, le propos belliqueux, la menace chevillée au corps, le doigt pointé « vers l’opposition et les forces tapies dans l’ombre ». Pourtant, sur la mort de l’étudiant Bassirou Faye et les violences dans le campus universitaire, la matérialité des faits exposés à travers des vidéos et témoignages accable sans conteste les forces de l’ordre. Le Président Macky Sall et toujours dans la dénégation constante. Nier, toujours nier et encore nier. Voilà une forme d’arrogance déplacée qui traduit son incapacité à assumer ses responsabilités.

Arrêtez de chercher la bête noire et prenez vos responsabilités M. Le Président au lieu de nous seriner ce disque rayé. Par respect pour la mémoire de ce garçon. Par respect pour nous autres sénégalais(e)s qui sommes témoins et observateurs de ces faits de brutalité injustifiée. Il est vrai que l’Etat s’organise presque toujours à nouer cette alliance tactique du mensonge avec une institution policière attendue sur d’autres enjeux de sécurité.

Comme dans un théâtre d’opérations militaires, le Président Macky Sall joue au Général de corps d’Armée, menace les démocrates, convoque l’autorité d’un Etat voyou et meurtrier. La société civile – du moins sa partie la plus tonitruante d’alors – s’est tue. Elle la rouvrira lorsque le Gladiateur les chassera loin des lambris dorés d’un Palais infecté par des opportunistes et des lobbies qui ont eu raison de ce Président faible et sans ambition pour notre pays.

’’Il y a un seul Président dans le pays, qu’on le laisse dérouler. S’il y a une mauvaise gestion, le peuple souverain décidera au moment des élections’. Voila l’état d’esprit d’un Président qui nous rappelle toujours qu’il est le Chef comme s’il traîne un complexe de culpabilité. A-t-il besoin de nous rappeler cette vérité ?

Le Président Macky Sall a démontré ses limites objectives de gestion de notre Etat. Il ne peut plus remettre notre pays sur les rampes d’un développement économique et social minimal. Il n’en a pas le courage politique et la vision téméraire d’un chef qui sait décider.

Pour ce qui me concerne, malgré ces incuries, il faut laisser la Gladiateur avec sa conscience terminer son mandat. Exiger sa démission est une autre forfaiture qui nous replongera dans des incertitudes sans lendemain. Il nous faut de la vigilance pour ne pas donner l’opportunité à des forces qui s’organisent de nous engager vers cette voie suicidaire.

Il reste que les forces démocratiques, politiques qui sont en opposition à ce pouvoir incompétent doivent s’organiser démocratiquement à inverser des rapports de forces politiques susceptibles de proposer une autre alternative politique. Telle est ma conviction.

Ma dernière conviction est que si nous laissons le Président Macky Sall nous diriger de cette façon, il nous laissera un pays en lambeaux tellement les mouvements de colère sont forts et terrifiants dans les entrailles d’un peuple déçu et trahi.

Ces forces de colère transcendent l’opposition dont parle le Président Macky. Quand elles seront à l’oeuvre, à la faveur de ce discrédit généralisé des politiques et sociétés civiles, elles détruiront tout sur leur passage.

 

ANKN

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