September 25, 2018
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Les États-Unis accusent la Syrie de préparer une attaque chimique à Idlib

Hudhayfa al-Shahad tries an improvised gas mask in Idlib, Syria September 3, 2018. Picture taken September 3, 2018. REUTERS/Khalil Ashawi

Les États-Unis affirment détenir de «nombreuses preuves» que le gouvernement syrien préparerait des armes chimiques destinées à l’offensive imminente contre Idlib. Une affirmation démentie par Damas.

figarofr: Un homme teste un masque à gaz improvisé, le 3 septembre à Idlib. © KHALIL ASHAWI/REUTERS Un homme teste un masque à gaz improvisé, le 3 septembre à Idlib.

Alors que l’assaut contre Idlib semble imminent, les États-Unis soulèvent la crainte d’un nouvel usage d’armes chimiques par le gouvernement de Damas. «Il y a de nombreuses preuves que des armes chimiques sont en cours de préparation», a déclaré jeudi Jim Jeffrey, conseiller spécial sur la Syrie du secrétaire d’État américain Mike Pompeo. Dans la même intervention, il a par ailleurs estimé que toute offensive serait considérée «comme une escalade irresponsable».

Cette déclaration apparaît comme une nouvelle mise en garde par les États-Unis à Bachar el-Assad contre l’utilisation d’armes chimiques, après l’attaque présumée chimique contre la localité rebelle de Douma en avril dernier. Le gouvernement de Damas a répondu qu’il ne possédait pas de telles armes et que de toute façon il n’en avait pas besoin pour libérer l’intégralité du territoire syrien. Les Russes, pour leur part, pensent que les rebelles se préparent à monter une attaque chimique pour en accuser ensuite les gouvernementaux et provoquer une intervention des Américains.

«Déflagration humanitaire»

En France, le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a réaffirmé la détermination de la France «à n’accepter aucune dérogation à la non-prolifération chimique». «Il y a des lignes rouges, elles ont été franchies une première fois, la réponse française a été au rendez-vous ; si elles étaient franchies une nouvelle fois la réponse serait identique», a-t-il déclaré, à l’issue d’une rencontre avec son homologue grec, Nikos Kotzias. «Manifestement le régime de Bachar el-Assad veut prendre Idlib militairement, et nous mettons en garde tous les acteurs sur les risques de déflagration humanitaire que cela peut produire», a déclaré Jean-Yves Le Drian, en visite de travail à Athènes. Il a qualifié l’enclave de «bombe à retardement à la fois humanitaire et sécuritaire», relevant que s’y concentraient, outre les civils et réfugiés, nombre «de groupes de combattants, de groupes terroristes».

La province d’Idlib, dernier bastion rebelle en Syrie, se prépare à une offensive jugée imminente des forces du régime de Bachar el-Assad, appuyées par l’armée russe. Elle abrite quelque trois millions de personnes, dont 700.000 à 800.000 réfugiés. Selon l’ONU, 10.000 djihadistes y auraient trouvé refuge. Des frappes aériennes ont été menées jeudi, probablement par l’aviation russe, dans cette province rebelle du nord-ouest de la Syrie, rapporte l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

Sur place, la population stocke des provisions et creuse des abris. Les civils d’Idlib confectionnent des masques à gaz improvisés, avec des gobelets en papier remplis de coton et de charbon de bois. «Nous nous préparons du mieux que nous pouvons. Nous faisons de petits masques à gaz, évidemment bien primitifs, pour nos enfants en cas d’attaque chimique», explique Houdhaïfa al Chahad, un homme de 20 ans interrogé dans un village au sud de la ville d’Idlib, où il vit dans une maison avec sa femme enceinte, trois enfants et une quinzaine d’autres personnes.

Son frère, Ahmed Abdoulkarim al Chahad, 35 ans, montre l’abri creusé dans le jardin planté de vigne, qui pendant les alertes sert de refuge à la famille depuis 2012. «Les préparatifs militaires battent leur plein. Les civils, eux, préparent les abris souterrains», dit-il en montrant des bocaux de légumes marinés alignés le long des parois de l’abri. «Partir vers la frontière turque? Je ne crois pas que nous abandonnerons nos maisons. Après Idlib, pour nous, il n’y a plus rien… Nous nous battrons jusqu’au dernier.»

D’autres veulent croire que la bataille pourra être évitée. Ils fondent leurs espoirs sur le sommet de vendredi à Téhéran entre les présidents russe, turc et iranien. «Je ne crois pas que la province d’Idlib sera attaquée, c’est une guerre médiatique», déclare Djaafar Abou Ahmad, un homme de 50 ans qui vit près de la ville de Maarat al Nouaman. «Les grandes puissances se sont déjà mises d’accord sur notre dos et ont divisé le pays», ajoute-t-il. Mais après sept années de guerre, il prend quand même ses précautions. Sa famille agrandit elle aussi un abri où elle stocke des vivres. «Nous creusons sans arrêt la terre depuis deux mois, moi, ma femme et mes enfants», dit-il.

Si Russes et Iraniens ont souligné la nécessité de «liquider ce nid de terroristes», le président turc Recep Tayyip Erdogan, qui craint un nouvel afflux massif de réfugiés dans son pays, a mis en garde, tout comme les institutions internationales, contre un «massacre» et une «catastrophe humanitaire». À Idlib, des responsables locaux ont demandé la protection de la Turquie. «Pour nous, dans les zones libérées, notre seul appui dans les négociations, ce sont nos frères turcs», explique Ahmad Chtaam al Rachou, à la tête du conseil municipal du village de Machourine. Les Turcs ont établi des postes d’observation le long des lignes de front entre les rebelles et les forces gouvernementales. Pour Rachou, c’est bien un signe que la Turquie est prête à protéger les habitants d’Idlib, si jamais les espoirs placés dans le sommet de Téhéran sont démentis.

Le figaro.fr, agence Reuters

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