Les habits neuf du colonialisme : les accords de partenariat économique entre l’UE et l’Afrique ( une vraie arnaque)

– Depuis 2002, les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) négocient un accord réciproque de libre-échange connu sous le nom d’accord de partenariat économique (APE) avec l’Union européenne (UE). Vendu comme la solution miracle qui devait entraîner l’industrialisation et le développement des pays ACP, l’APE est en réalité d’une grande injustice et relève d’un procédé colonial.

Même si on en parle peu, l’APE suscite une opposition constante de la part des pays ACP, en raison notamment de ses effets dévastateurs sur les petits producteurs. Les cas des pays africains présentés ici illustrent la manière dont les communautés se battent pour reprendre le contrôle de leurs ressources et empêcher leurs marchés d’être noyés sous les denrées industrielles bon marché en provenance de l’Europe, en les protégeant en même temps de l’afflux des pesticides et des organismes génétiquement modifiés.
« Une tonne de cacao coûte environ 1 300 dollars US, tandis qu’un véhicule 4×4 coûte aujourd’hui dans les 120 000 dollars. Il faut donc 92 tonnes de cacao pour obtenir un 4×4. Mais pour faire pousser une tonne, il faut au moins 8 hectares [20 acres] de terres. Au Ghana, le producteur de cacao moyen n’a qu’entre 0,8 et 1,2 ha [2-3acres] à sa disposition, ce qui veut dire qu’il lui faudrait plus de 500 ans pour produire suffisamment de cacao pour acheter un 4×4. »
John Opoku, avocat défenseur des droits humains et activiste (Ghana).
Cette déclaration montre clairement les terribles conditions commerciales que doivent affronter tous les jours les Africains et les autres peuples des pays du Sud. Depuis des temps immémoriaux, les nations des pays du Sud ont été impliquées dans des accords commerciaux injustes avec le reste du monde. La nature même du commerce qui résulte de ces accords et les avantages sont toujours unilatéraux. Les soi-disant accords de libre-échange (ALE) qui ne cessent de se multiplier sont particulièrement intéressants à observer à cet égard.
Depuis septembre 2002, les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) négocient les APE comme des arrangements commerciaux réciproques avec l’UE, dans le cadre de l’Accord de Cotonou. Ces APE ont pour objectif d’accentuer encore la libéralisation des systèmes économiques des anciennes colonies européennes. Cette tendance ne peut qu’avoir des conséquences profondes pour les paysans, les petits pêcheurs, les mineurs, les travailleurs et les consommateurs dans les régions concernées.
Avant l’avènement des APE, les pays ACP avaient des accords commerciaux préférentiels avec l’UE. L’un de ces arrangements « Tout sauf les armes » (EBA en anglais) accordait aux Pays les moins avancés (PMA) un accès unilatéral non réciproque aux marchés de l’UE, garantissant à ces pays une exemption des taxes et des quotas pour accéder à l’UE.
Malgré cette initiative, les pays ACP n’ont même que rarement réussi à remplir les quotas accordés sur les importations vers l’Europe dans le cadre de l’EBA. Ainsi, l’Ouganda dispose d’un quota de 5000 tonnes métriques pour le sucre, mais ses exportations vers l’UE n’ont jamais atteint ce chiffre, en partie à cause de la sévérité des règles d’origine européennes et des contraintes de capacités d’offre.
Le principe invoqué par l’UE pour passer de l’EBA à l’accord de partenariat économique avec les pays ACP fut de dire que le commerce préférentiel ne respectait pas les règles de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC). C’était une ruse, car les dérogations aux règles de l’OMC sont toujours possibles.
L’idée était vraiment de pousser encore plus loin la libéralisation dans les trois régions en question au profit du capital européen (les exportateurs en premier lieu, et les investisseurs à plus long terme) en créant un marché mondial qui opérerait partout selon les mêmes règles. Les pays ACP étaient censés en retirer plus de croissance, plus d’emplois et de transfert de technologies.
[1] En fait, les promesses de l’APE ne diffèrent en rien de celles que nous avons pu entendre et constater quand les programmes d’ajustement structurel annonçaient un avenir radieux dont on connaît maintenant l’échec, mais dont les conséquences se font encore sentir aujourd’hui. Les unes comme les autres, ces promesses sont ancrées dans un cadre colonial qui permet aux transnationales de l’UE et des pays du Nord d’extraire des matières premières de ces pays, en fixant leurs propres conditions. Comme tous les ALE, les APE doivent être analysés et compris comme une série d’événements étroitement liés qui sont négociés l’un après l’autre dans le seul but de paralyser les économies émergentes.
Plutôt que d’essayer de nouer des accords bilatéraux avec les 79 pays ACP, l’Europe les a divisés en 7 blocs : l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique centrale, l’Afrique orientale et australe (AfOA, ESA en anglais), la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE, EAC en anglais), la Communauté de développement d’Afrique australe (CDAA, SADC en anglais), les Caraïbes et le Pacifique. Le processus a été présenté comme un moyen de promouvoir l’intégration régionale.
Toutefois, depuis ses débuts en septembre 2002, il a créé beaucoup de divisions et suscité beaucoup d’amertume. Les délais ne sont pas respectés et comme on peut le voir, c’est plutôt la pagaille, surtout sur le continent africain.
par Grain 25 Août 2017 – Titre: AM

: Afrique Monde

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