Les juges rejettent la demande d’annulation de mise en examen pour viol de Tariq Ramadan

Les juges chargés de l’enquête sur Tariq Ramadan, mis en examen depuis le 2 février, ont rejeté la demande d’annulation des mises en examen pour viol et viol sur personne vulnérable visant le théologien.

Tariq Ramadan espérait obtenir l’annulation de ses mises en examen pour viol en mettant en avant les contradictions des récits des plaignantes. Les juges en ont décidé autrement, vendredi 20 juillet, en les maintenant.

Dans une ordonnance de trois pages, dont a eu connaissance l’AFP, les juges écrivent que Henda Ayari, l’une des plaignantes, a eu des déclarations “hésitantes” quant à la date et au lieu du viol présumé. Mais, selon eux, “les indices graves ou concordants qui ont présidé à la mise en examen de Tariq Ramadan subsistent”. Ils considèrent dès lors “prématurée” une annulation de la mise en examen, puisque des investigations sont toujours en cours.

Dans sa plainte initiale, en octobre 2017, Henda Ayari affirmait avoir été violée au début du printemps 2012, dans un hôtel de l’est parisien. Elle avait ensuite modifié son récit, évoquant la date du 26 mai 2012 et un lieu précis : l’hôtel Crowne Plaza de la place de la République.

Mais les récentes investigations ont mis au jour qu’elle se trouvait à cette date à Rouen, au mariage de son demi-frère. Jeudi, lors de sa première confrontation avec celui qu’elle accuse, elle avait dit ne pas pouvoir donner une date précise pour les faits présumés.

Deux autres plaignantes

“Je me réjouis que les juges, qui connaissent le dossier, maintiennent la mise en examen de Tariq Ramadan”, a réagi auprès de l’AFP Me Francis Szpiner, l’un des avocats de Henda Ayari. “Cela clôt la séquence des petites manipulations et des intoxications médiatiques. Contrairement au triomphalisme de la défense d’hier, nous nous en tenons, nous, au dossier et à la vérité factuelle”, a ajouté Me Jonas Haddad, qui est également son conseil.

L’avocat de Tariq Ramadan, Me Emmanuel Marsigny, a rétorqué qu’il n’y avait “à ce jour, plus de date et de lieu”. “Les déclarations de Mme Ayari ne sont pas +hésitantes+. Elles sont fausses. La décision rendue refuse de l’admettre pour ne pas avoir à en tirer les conséquences qui s’imposent”, a-t-il affirmé à l’AFP.

La première demande de remise en liberté de Tariq Ramadan a été rejetée

Tariq Ramadan, accusé de viols par trois femmes en France et incarcéré depuis trois mois, a vu sa première demande de remise en liberté rejetée par la justice.

Écroué depuis le 2 février après des accusations de viols, Tariq Ramadan a vu sa première demande de remise en liberté rejetée vendredi par la justice, a appris l’AFP lundi 7 mai auprès de son avocat, confirmant une information du site Muslim Post.

“Nous avons été notifié aujourd’hui et j’ai immédiatement interjeté appel”, a annoncé à l’AFP Me Emmanuel Marsigny, dénonçant une décision “invraisemblable” du juge des libertés et de la détention (JLD).

L’intellectuel musulman suisse de 55 ans, atteint d’une sclérose en plaques mais dont le traitement a été jugé compatible avec la détention, est incarcéré depuis sa mise en examen le 2 février à Paris pour viol et viol sur personne vulnérable. L’enquête a été déclenchée en octobre par les plaintes de deux femmes, rejointes en mars par une troisième. Une quatrième femme a déposé plainte pour viol à Genève.

“Le parquet, le magistrat instructeur et le JLD refusent de prendre en compte les éléments à décharge”, a réagi l’avocat de M. Ramadan, qui pointe “les mensonges des accusatrices” et des incohérences dans leurs récits.

“Cette décision traduit le manque d’objectivité et d’impartialité de l’ensemble de la chaîne pénale – policiers et magistrats – impliquée dans cette affaire”, a-t-il affirmé. “Je m’apprête d’ailleurs à demander le dessaisissement du service enquêteur”.

Un accès aux soins difficile selon son avocat

Transféré en mars de la prison de Fleury-Mérogis à l’hôpital de celle de Fresnes, Tariq Ramadan avait déposé cette première demande de mise en liberté le 24 avril, au lendemain de l’expertise judiciaire qui a estimé sa détention possible à condition de “continuer à bénéficier de l’accès aux soins”.

Selon Me Marsigny, l’établissement de “Fresnes est incapable de lui assurer ses quatre séances de kinésithérapie hebdomadaire, M. Ramadan n’a eu qu’une seule de séance depuis le 26 avril”.

Confronté à la femme qui l’accuse de l’avoir violée en 2009 à Lyon, Tariq Ramadan a nié tout rapport sexuel avec elle ainsi qu’avec la première plaignante, Henda Ayari. Cette dernière, qui dénonce un viol présumé à Paris en 2012, doit être prochainement entendue par les magistrats, tout comme la troisième plaignante, qui affirme avoir été violée à neuf reprises entre 2013 et 2014 en France, à Bruxelles et à Londres.

“M. Ramadan connaît Mounia Rabbouj et s’il a eu une relation avec elle, elle n’est pas celle qu’elle a décrite”, a déclaré Me Marsigny, refusant de qualifier la nature de cette relation avant l’audition le 5 juin de son client par les magistrats instructeurs.

En ce qui concerne Christelle, qui affirme avoir été violée le 9 octobre 2009 dans un hôtel à Lyon, les magistrats font valoir que les éléments matériels qu’elle a fournis concernant cette date “se sont révélés exacts” après les investigations, et que ses déclarations réitérées sont “circonstanciées et précises”.

En garde à vue, l’islamologue, petit-fils du fondateur de la confrérie égyptienne islamiste des Frères musulmans, a reconnu avoir rencontré Henda Ayari et Christelle en public, une seule fois chacune selon lui, mais il a nié tout rapport sexuel.

En France, une troisième femme a porté plainte en mars contre lui : Mounia Rabbouj, une ancienne escort-girl, protagoniste du procès pour proxénétisme du Carlton aux côtés de Dominique Strauss-Kahn, affirme avoir été violée à neuf reprises en France, à Londres et à Bruxelles, de 2013 à 2014.

Dans ce volet, Tariq Ramadan est placé sous le statut intermédiaire de témoin assisté. Lors d’un interrogatoire en juin, il avait reconnu des relations sexuelles “consenties” avec elle.

À l’étranger, une quatrième femme a déposé plainte contre lui, en Suisse, pour les mêmes faits.

Avec Reuters et AFP

Be the first to comment

Leave a Reply

Your email address will not be published.


*