Les Nations unies dénoncent les « appels à la haine » du président burundais

Burundi's President Pierre Nkurunziza addresses the gathering after signing for a new constitution adopted by a referendum in Bugendana, Burundi, on June 7, 2018. The constitution, approved on May 17 by a majority of voters around the densely-populated central African country, will allow Nkurunziza to run for office twice more in seven-year terms from 2020. / AFP PHOTO / STR

Selon l’ONU, de graves violations des droits humains, dont des crimes contre l’humanité, se poursuivent dans le pays dirigé d’une main de fer par Pierre Nkurunziza.

Des enquêteurs de l’ONU sur le Burundi ont prévenu, mercredi 5 septembre, que de graves violations des droits humains, dont des crimes contre l’humanité, s’y poursuivaient sans relâche, dénonçant les « appels récurrents à la haine » du président Pierre Nkurunziza. « Ce climat attentatoire aux droits humains continue d’être favorisé par des appels récurrents à la haine et à la violence de la part d’autorités, dont le chef de l’Etat, et de membres du CNDD-FDD [le parti au pouvoir], ainsi que par une impunité générale », indique dans un rapport la commission d’enquête de l’ONU sur le Burundi, établie en 2016 par le Conseil des droits de l’homme.

Le gouvernement burundais a balayé cette accusation par la voix de son porte-parole, Jean-Claude Karerwa, interrogé par l’AFP : « Nous mettons au défi le président de cette commission, Doudou Diène, de produire ne fût-ce qu’une seule phrase où son excellence le président Pierre Nkurunziza appelle à la haine et à la violence. »

Rétrécissement de l’espace démocratique

Il y a un an, la commission de l’ONU avait indiqué avoir « des motifs raisonnables de croire que plusieurs de ces violations, commises en majorité par des membres du Service national de renseignement [SNR], de la police et de l’armée ainsi que des Imbonerakure [ligue des jeunes du parti au pouvoir, qualifiée par les Nations unies de milice], constituent des crimes contre l’humanité ».

La commission assure dans son rapport publié mercredi que ces violations, « dont certaines sont constitutives de crimes contre l’humanité », se sont poursuivies en 2017 et 2018, citant des exécutions sommaires, des disparitions forcées, des détentions arbitraires, des tortures et autres traitements cruels et des violences sexuelles.

« Certaines pratiques, comme celles consistant à faire disparaître les corps ou à opérer de nuit, tendent à les rendre moins visibles, mais elles n’en sont pas moins réelles », a expliqué le président de la commission, Doudou Diène, dans un communiqué. « Ils cachent les corps. Plus de gens disparaissent qu’avant […] et il y a tout lieu de croire que dans un grand nombre de cas, ils finissent par mourir », a déclaré en conférence de presse une autre enquêtrice onusienne, Françoise Hampson.

La commission affirme notamment avoir « des motifs raisonnables de croire » que Léopold Habarugira, un homme d’affaires et cadre de l’opposition appréhendé le 12 septembre 2017 par des individus dont au moins un en tenue policière, a été victime de disparition forcée. Le rapport dénonce aussi le renforcement du rôle joué par les Imbonerakure et s’inquiète du rétrécissement de l’espace démocratique au Burundi, ainsi que de l’appauvrissement croissant de la population.

« Persécutions, menaces et intimidations »

Le Burundi est en crise depuis que le président Nkurunziza a annoncé, en avril 2015, sa candidature à un troisième mandat controversé. Sa réélection en juillet de la même année a déclenché une crise qui avait fait au moins 1 200 morts et déplacé plus de 400 000 personnes. Ces violences avaient poussé la Cour pénale internationale (CPI) à ouvrir une enquête.

Le président burundais a toutefois surpris les observateurs en assurant qu’il ne se présenterait pas à sa succession en 2020, alors que la nouvelle Constitution le lui permet. Pour M. Diène, « le référendum constitutionnel organisé en mai 2018 et la campagne pour les élections à venir en 2020 ont en particulier donné lieu à des persécutions, menaces et intimidations à l’encontre des personnes soupçonnées de s’opposer au gouvernement ou de ne pas partager la ligne du parti au pouvoir, que cela soit avéré ou non ».

La commission, qui dénonce l’impunité au Burundi, a élaboré une liste confidentielle d’auteurs présumés de crimes contre l’humanité, qui pourra être partagée par l’ONU avec tout organe ou juridiction compétente qui « mènera des enquêtes indépendantes et crédibles ». « Au lieu de faire respecter les lois […], les institutions judiciaires servent à couvrir les crimes et violations des droits humains commis par la police, le SNR et les Imbonerakure, en leur offrant l’impunité », a estimé M. Diène.

La commission demande par ailleurs au Conseil des droits de l’homme, dont la prochaine session démarre lundi, de prolonger son mandat pour une année supplémentaire.

lemonde.fr

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