Les organisations de l’islam de France sur la route de la réforme

Le CFCM a jeté cet été les bases d’une association nationale cultuelle, destinée à financer le culte musulman, en prélevant notamment une redevance sur le halal.
Les organisations de l’islam de France sur la route de la réforme
Le message s’adresse aux sceptiques. Oui, la réflexion sur l’avenir de l’islam de France avance. Et oui, le Conseil français du culte musulman (CFCM) en est partie prenante. Souvent décrié, il a tenu, ce vendredi, un colloque au Sénat pour montrer qu’il était encore un partenaire sur lequel il fallait compter.
Devant une centaine de personnes, investies dans l’islam de France, son vice-président Anouar Kbibech a présenté les principales pistes de travail, une semaine tout juste après la clôture des assises territoriales organisées localement par chaque préfecture. «Lors de ces assises, Il n’y a pas eu de propositions révolutionnaires», reconnaît-il. Cependant, à entendre les retours du terrain, il semble bel et bien que le processus soit lancé, que la réflexion mobilise désormais les acteurs locaux.
«La question du financement du culte est l’une des plus cruciales et l’une des plus débattues», explique de son côté un responsable musulman. Pour l’islam de France, il s’agit de mutualiser ses moyens, de s’affranchir des financements étrangers et de prendre son autonomie vis-à-vis des pays d’origine (Maghreb et Turquie). C’est l’un des caps qu’avait d’ailleurs fixé le Président de la république Emmanuel Macron lorsqu’il était intervenu, en juin 2017, devant le CFCM.
Vive concurrence
L’instance représentative a annoncé, vendredi au Sénat, la création d’une association nationale cultuelle, destinée à rassembler des fonds pour favoriser la formation des imams et les rémunérer ainsi qu’aider aux financements des mosquées. «Nous avons eu l’accord de toutes les grandes fédérations musulmanes», souligne Anouar Kbibech, l’un des artisans du projet. Ce n’était pas gagné d’avance tant les rivalités sont fortes au sein de l’islam de France.
Une réunion s’est tenue début juillet à la Grande Mosquée de Paris pour trouver un consensus. Ce qui a été fait sous la pression des événements. La concurrence est vive, en effet, en ce moment entre plusieurs acteurs. Le quadragénaire (et consultant financier) Hakim El Karoui, auteur de deux rapports remarqués et très médiatisés de l’Institut Montaigne, a repris à son compte l’idée de la création de cette association nationale cultuelle, déjà évoquée au milieu des années 2000. Le CFCM qui travaille sur ce chantier depuis un an et demi n’entendait pas se laisser distancer.
Elections en juin
Dans la foulée du sommet informel à la Grande mosquée de Paris, des statuts ont été déposés. Parmi les sources de financements possibles figure la mise en place d’une redevance sur la viande halal et sur l’organisation du grand pèlerinage à La Mecque. La manne collectée, selon les estimations, pourrait s’élever à une cinquantaine de millions d’euros par an.
Au Sénat, le vice-président du CFCM Anouar Kbibech a également présenté les axes de réflexion concernant la réforme de l’instance représentative. Là aussi, le temps presse. Le CFCM doit organiser des élections en juin pour renouveler ses représentants. Apparemment, c’est une refonte complète des statuts qui se préparent. Il s’agirait d’élargir la représentativité. L’une des mesures phares serait de réserver 20% à 30% des postes au conseil d’administration du CFCM et des CRCM (conseils régionaux du culte musulman) à des femmes. Cela fait visiblement encore débat. «Ce serait une véritable révolution culturelle», affirme, pour sa part, Anouar Kbibech. On le croit tout à fait…
Bernadette Sauvaget

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