Les piétons, le gendarme, les 3000 FCfa de contraventions…

A hauteur de la bretelle de l’autoroute à péage qui mène vers le Croisement Cambérène, s’il vous arrive de croiser un véhicule de la gendarmerie, prenez vos jambes à vos cous. Une forte contravention de 3000 FCFa vous attend. Récit d’une fin d’après-midi mouvementée.

18h50. Un chauffeur de taxi urbain Thiès-Dakar dépose ses clients sur le zébra de l’autoroute à péage qui mène vers le Croisement Cambèrène. Malgré les protestations, le chauffeur met le pied sur l’accélérateur et s’enfonce en direction de Colobane. Il oblige ses passagers à descendre et à rejoindre le Croisement Cambérène à pied. Seulement, sur la descente du Rond-point fréquenté à cette heure de fin d’après-midi, un car de la brigade de gendarmerie suit les mouvements des piétons de loin. Puis quand tout ce beau monde arrive à hauteur du véhicule de gendarmerie, un gendarme visage grave, ton haut invite les gens à monter à bord du véhicule. Bienvenue dans le panier à salades. A peine assis, le comité d’accueil composé de deux gendarmes force le trait. «Donnez vos pièces d’identité, sinon on vous emmène directement au poste de brigade de Thiaroye pour y passer la nuit chez les moustiques. Si vous ne pouvez pas payer 3000 FCfa», gronde-t-il.

A, bord du véhicule de gendarmerie, des visages des filles se crispent. Des femmes et hommes plus âgés sont atterrés. Têtes basses, ils ne se redressent pas quand le véhicule roule tout doucement. «Tonton, je ne veux pas partir au poste, je dois me rendre au boulot et je risque d’arriver en retard. Je n’en savais rien, c’est le chauffeur qui nous a intimé l’ordre de descendre sinon il nous dépose à Colobane», supplie une jeune dame dont les yeux embués de larmes ravagent son joli minois. «Vous savez très bien que c’est interdit de passer par cette voie parce que ça fait partie de l’autoroute. Maintenant vous tous allez passer la nuit au poste», vitupère le gendarme un jeune homme d’une trentaine d’années, à priori insensible à toutes les lamentations provenant des passagers.

Le véhicule redémarre. Une dame hurle et tend 3000 FCFa au gendarme. Après quelques ratures sur un ticket de contraventions, l’homme de tenue lui remet la pièce, lui ouvre la lourde portière. Un autre passager un homme d’âge mûr tend aussi 5000 FCFa au gendarme pour s’extirper de la fournaise. Puisque l’on étouffe à bord du car de la gendarmerie à cause de la chaleur. Les nerfs sont tendus, les lamentations laissent place aux négociations. Une dame exulte : «Monsieur, notre papa a demandé de patienter le temps qu’il arrive pour payer pour nous», implore une belle liane habillée d’un jean et d’un haut qui laisse transparaitre une poitrine généreuse. Le gendarme patiente, après avoir regardé et détourné le regard.

19h43. Le véhicule de la gendarmerie s’ébranle en direction du poste de péage. Il fait sombre  l’intérieur et cela augmente à la pression sur la tête des passagers au nombre d’une dizaine «ramassés» par le véhicule de gendarmerie. C’est le silence total. Personne ne pipe mot. Du fond du véhicule, une fille qui attend patiemment l’arrivée de son père soumet une proposition insolite au gendarme. «Monsieur le gendarme mon père me demande s’il peut vous l’envoyer par wari ou orange money», dit-elle d’une voix tremblotante. «Il ne faut pas me faire perdre du temps, tu n’as qu’à lui dire de faire vite», martèle le gendarme. Qui appuie sur l’accélérateur. Puis téléphone à l’oreille, il appelle un de ses collègues. Il prend la direction du premier péage à hauteur de Poste de Pikine, toutes sirènes hurlantes. Au lieu d’aller au poste de Thiaroye, le chauffeur bifurque au péage de Seras, remonte sur l’autoroute à péage. Puis arrive à nouveau sur la bretelle du Croisement Cambèrène. Retour à la case départ. C’est comme si le gendarme cherche à gagner du temps.  20h20, un homme rabroue un de ses voisins qui porte un boubou d’une communauté confrérique de la place. Il vitupère sur l’argent perdu pour le faire libérer des griefs de la gendarmerie. «Ce n’est pas normal vous devez interdire aux gens de stationner sur l’autoroute et de descendre des clients, vous voulez nous faire payer alors qu’on n’a pas d’argent. Il vous manque de la communication», regrette un homme d’âge mûr qui finit par payer. 20h36, le véhicule de la gendarmerie se vide de ses occupants et tous les passagers sont passés à la caisse. Le véhicule de la gendarmerie n’est pourtant jamais allé à la Brigade de Thiaroye.

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