LES POPULATIONS VIVENT LA PEUR AU VENTRE

La commune de Keur Massar fait la une des journaux, ces derniers jours, avec la mort du douanier Cheikhou Sakho et le meurtre de Mariama Sagna du parti Pastef. La recrudescence des crimes inquiète les habitants de cette localité, jadis, réputée calme.
Ndèye Diop est caissière à «Torino», un célèbre restaurant à Keur Massar, quartier qui a fait sa mue en moins de dix ans. A notre arrivée, on la retrouve en train de s’affairer autour de la caisse. Dès que la problématique de l’insécurité dans la zone est soulevée, elle arrête son travail et nous entraîne à l’intérieur du restaurant. Une attitude qui renseigne sur l’intérêt qu’elle accorde à cette question. «A l’intérieur du restaurant, il n’y a pas de problème, parce que le gérant a engagé des gardiens pour assurer notre sécurité. Cependant, à l’extérieur c’est une autre situation», déclare Ndèye Diop entourée de ses collègues. L’un d’eux n’attend pas d’être interpelé pour apporter son grain de sel et afficher ses craintes. Drapée dans un ensemble de couleur bleue, Mme Diop confie : «Le garage qui se trouve à côté du restaurant fourmille de délinquants. Comme mon bureau est situé près de la fenêtre, il m’arrive parfois de voir des voleurs délester les clients de leurs portefeuilles. C’est tellement flippant».
La jeune femme, qui a du mal à cacher son angoisse, réclame le renforcement de la sécurité. «Les gendarmes se contentent juste d’arrêter les voitures. Je les vois rarement effectuer des descentes dans les quartiers la nuit alors que c’est le moment qu’opèrent les malfaiteurs», peste la jeune dame qui fait état de l’agression que deux de ses collègues ont dernièrement subie. Serveuse au restaurant «le Monde à Table» situé sur la route de Malika non loin de loin du centre de santé et de la gendarmerie de Keur Massar, Amina vit la peur au ventre. Elle craint de croiser un jour le chemin des malfaiteurs. «Il n’y a pas de sécurité à Keur Massar. Nous qui descendons vers 3h du matin en savons quelque chose. Chaque jour à la descente, nous prenons des taxis pour ne pas nous faire agresser», éructe-telle.
Pas de répit, même pendant le Ramadan. «Durant ce mois sacré, se rappelle-t-elle, un charretier a sorti un couteau et m’a demandé de lui donner mon portable. J’étais juste sortie raccompagner une amie qui était venue me rendre visite. Heureusement et par la grâce de Dieu, comme je n’étais pas loin de chez moi, mes jeunes frères sont venus à mon secours. Keur Massar est devenue une zone dangereuse». Rencontré à la brigade de gendarmerie où il est venu régler un différend avec son locataire, Barry est nostalgique de l’époque où il faisait bon vivre dans cette localité de la périphérie dakaroise. «A l’époque, certains considéraient Keur Massar comme un cimetière, tellement c’était paisible. Mais maintenant, la zone est devenue invivable», narre M.Barry. Ce sexagénaire pense que «chaque habitant doit prendre ses responsabilités et gérer sa propre sécurité en évitant de sortir à des heures tardives. Car l’effectif actuel de la gendarmerie ne peut malheureusement pas assurer la sécurité de tous les habitants.
La zone est assise sur une poudrière, parce que les jeunes ne travaillent pas et passent leur temps à se droguer. Il faut une caserne de gendarmerie pour assurer la sécurité face à cette bombe humaine constituée essentiellement de jeunes chômeurs». La commune de Keur Massar dont Lébous et Peulhs se disputent la paternité, s’étend sur une superficie de 25.000 m2. Elle constitue avec son demi-million d’habitants l’une des mairies les plus peuplées du Sénégal.

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