LES PROCHES DE BÉDIÉ COCUFIÉS PAR ALASSANE OUATTARA

interv-0000Alassane Ouattara a désigné un nouveau gouvernement sans faire la moindre ouverture vers le parti de l’ex chef d’Etat Bédié, auquel il doit sa victoire. D’où de nombreuses frustrations

Elu dès le premier tour à la tête de la Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara a recomposé l’équipe gouvernementale. On annonce déja que le second mandat sera orienté notamment vers la lutte contre la corruption. Et cela jusque dans son entourage au sommet de l’Etat. Du coup les proches de l’ancien chef d’Etat Henri Konan Bédié qui a soutenu leprésident sortant espéraient fort quelques promotions. Or aucun n’a décroché de portefeuille !

Fière chandelle au PDCI

La plus grosse surprise est venue de la Primature. Il ya quelques jours, beaucoup annon!aient comme acquise la nomination comme Premier ministre de Thierry Tanoh, l’actuel secrétaire adjoint à la présidence et ancien patron d’Ecobank qui a montré une fidélité sans faille au président. Or le sortant a été reconduit. Héritier d’une famille respectée dans le pays, ce “métis” – dénomination attribuée aux binationaux en Côte d’Ivoire – formé à l’économie en Côte d’ivoire et aux Etats-Unis a surtout l’avantage d’être étiqueté PDCI, le parti de Bédié dont l’alliance avec le parti présidentiel, le RDR, a permis à Ouattara de remporter une large victoire. “Il faut bien qu’il y ait un renvoi d’ascenseur à un moment”, estimait encore en début de semaine un diplomate français. Thierry Tanoh entretient en effet de bons rapports avec la France, notamment à travers l’ambassadeur ivoirien à Paris, Charles Providence Gomis, dont il a épousé l’une des filles, Sylvie.

Dans la course à la primature, d’autres personnalités marquées PDCI avaient même été pressenties. Ne serait ce que parcequ’ils pèsnt d’un poids décisif dans la balance politique ivoirienne ces prochaines années. Autant de déçus du vouveau gouverneemnt, dont, l’actuel ministre du commerce Jean-Louis Billon, un autre “métis” issu d’une famille influente et fortunée. Son père, Pierre Billon, ami intime de Félix Houphouët Boigny et de HKB a légué à sa progéniture l’empire Sifca, le premier groupe privé ivoirien, numéro un africain de l’huile de palme et du caoutchouc.

Monsieur anti Bolloré

Entré dans le gouvernement fin 2012 sous le premier mandat Ouattara, Jean-Louis Billon n’y entretient pas que des amitiés. Ses critiques à l’égard des conditions d’attribution de la gestion du deuxième terminal à conteneurs d’Abidjan au groupe Bolloré lui a notamment valu des remontrances du côté de la présidence. Au cours de la campagne présidentielle, il a toutefois redoublé d’effort pour soutenir l’élection du président sortant. Directeur général de campagne pour la région du Hambol, au centre-nord du pays, Jean-Louis Billon avait donné pour ordre a tous ses directeurs départementaux et locaux de réaliser 100% de retrait de cartes d’électeurs dans les bureaux de vote. Marié, lui aussi à l’une des filles Charles Providence Gomis, Jean-Louis Billon entretient surtout de très bonnes relations avec Paris où il a longtemps été “l’ivoirien le plus reçu par l’Elysée”. Au moment des émeutes de 2010, c’est par ailleurs l’armée française qui s’est chargée de son exflitration hors du pays. Et bien, ce brillant devra, lui aussi, attendre pour être promu.

Autre déçu, le ministre des Infrastructures économiques Patrick Achi, membre influent du PDCI, est un fidèle allié d’Alassane Ouattara. Connu pour sa maîtrise des langues ivoiriennes et étrangères dont l’arabe, il ne fait toutefois pas l’unanimité au sein de son propre parti. Les luxueuses villas dont il est propriétaire dans Abidjan éveillent par ailleurs de nombreux soupçons dans les cercles politiques et diplomatiques.

Ouattara doit en grande partie sa victoire. Un tremplin pour le parti historique d’Henri Konan Bédié dont de nombreux observateurs n’hésitent pas à déjà prédire le retour aux affaires en 2020. Dans cette perspective, apporter son soutien à l’une de ces personnalités éviterait à Alassane Ouattara d’avoir à choisir un dauphin entre deux de ses proches, Guillaume Soro et Hamed Bakayoko, en compétition pour lui succéder. La volonté du président de modifier rapidement la Constitution afin de permettre aux binationaux de se présenter aux scrutins présidentiels ne dit pas autre chose.

PAR LOUISE DIMITRAKIS

Mondafrique.com

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