Les travailleurs débraient, les étudiants quittent le campus : L’Ucad, un champ de ruines

L’université Cheikh Anta Diop de Dakar a une capacité inouïe de soutenir la violence pendant plusieurs jours. Après la chaude journée du mercredi,  les affrontements entre les policiers et les étudiants avaient encore repris hier. Dépassés par la tournure des événements, les «Ucadistes» ont tout bonnement décidé de plier bagages et abandonner leur campus pour retrouver la sécurité chez eux. Mais, l’Ucad reste un vaste champ de ruines.

On est où là ? A l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad), bien sûr. Le Temple du savoir a les airs d’un champ de ruines après une journée du mercredi mouvementée où la violence a atteint son pic.

Les stigmates sont visibles dans l’espace universitaire. Du Couloir de la mort à la grande porte, le constat sidère les regards. Les débris sont là : les pneus brûlés et les parpaings visibles encore sur la chaussée laissent entrevoir l’âpreté des combats.

A l’intérieur, la situation est encore pire. Après le saccage, la direction du Centre des œuvres universitaires de Dakar (Coud) est devenue inutilisable. Sens dessus-dessous, le Coud a reçu la visite d’étudiants furax qui ont tout détruit sur leur passage. 

Ce matin, les agents du nettoiement essaient de remettre de l’ordre dans ce champ de ruines. Venus constater les dégâts, les travailleurs du Coud pleurent devant leur outil de travail mis à sac. Les condamnations se succèdent pour dénoncer l’attitude des étudiants qui ont la fâcheuse habitude de détruire les locaux de cette structure.

Le représentant des agents du Coud, Ndop Seck, peine à psychanalyser le comportement de ces ouailles qui se nourrissent de la violence. A l’en croire, des étudiants ont investi les lieux avec des armes blanches, des haches.

«Nous craignons pour notre sécurité parce que le Coud c’est l’endroit où les agents de l’Etat ne bénéficient pas de la sécurité publique, l’étudiant peut faire tout ce que bon lui semble parce que la police intervient rarement à l’intérieur de l’université», a-t-il déploré.

Pour veiller à la sécurité de ces agents, il leur a demandé «de rentrer chez eux jusqu’à lundi». Le temps que la situation revienne à la normale. Ce matin, les agents du nettoiement essaient de remettre de l’ordre dans ce champ de ruines. 

Cette accalmie reste précaire et volatile dans l’espace universitaire. Juste après les déclarations des uns et des autres, les violences ont repris leur cours normal sur l’avenue Cheikh Anta Diop où la haine entre policiers et étudiants s’expérimente.

Conscients de la situation, plusieurs pensionnaires de l’Ucad rebroussent chemin pour éviter de revivre la journée du mercredi. C’est le sauve- qui-peut. Chacun cherche des moyens d’éviter ces échanges de grenades lacrymogènes et jets de pierres. Certains étudiants, qui avaient déserté les pavillons la veille, sont revenus ce matin (hier) pour prendre le restant de leurs bagages. 
L’accès est néanmoins difficile.

Dans leur tenue de bataille, les flics veillent au grain.  Ils tentent d’escalader les murs au niveau du Couloir de la mort pour accéder aux pavillons. Ils ont juste décidé de plier bagages pour ne pas subir la «furie» des Forces de l’ordre. Cela donne l’image d’un camp de réfugiés. Sauf que ce sont les étudiants qui fuient leur campus longtemps protégé par les franchises universitaires qui leur garantissaient l’impunité. Hier, les policiers ont violé ce filet de protection pour mâter les étudiants. 

Valise sur la tête, sac, sceau, matelas entre les mains, cette étudiante cherche par tous les moyens à quitter les lieux. La peur se lit sur son visage. Elle essaye de se frayer un chemin dans cette foule. Arrivée au niveau de la grande porte, visiblement soulagée d’avoir pu sortir saine et sauve, elle héla un taxi. Le marchandage n’a pas été long, elle s’engouffre dans la voiture, visiblement dépassée par les événements.

D’autres moins nantis font avec les moyens du bord en empruntant les cars Niaga Ndiaye, cars rapides et minibus. Tous les moyens sont bons. L’essentiel est de s’exiler loin de la violence en attendant que l’Ucad retrouve ses esprits.

Aujourd’hui, le départ du campus est le mot d’ordre décrété par les grévistes. Selon El Hadji Marème Faye, membre du mouvement gréviste, ils ont décidé de déserter le campus social jusqu’à ce que l’Etat revienne sur sa décision. «Nous ne sommes pas dans une logique de négociation. On revendique un droit légitime que ça soit clair dans la tête de tout le monde», menace-t-il. Visiblement excédé par la sortie et les déclarations du ministre de l’Enseigne­ment supérieur et de la recherche, il interprète ces propos comme une insulte à l’intelligence de l’opinion sénégalaise. 

  • Écrit par  Dieynaba KANE

dkane@lequotidien.sn

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