L’ex-chef chinois d’Interpol aurait perçu des « pots-de-vin », affirme Pékin

FILE PHOTO: INTERPOL President Meng Hongwei poses during a visit to the headquarters of International Police Organisation in Lyon, France, May 8, 2018. Jeff Pachoud/Pool via Reuters/File Photo

Le vice-ministre chinois de la Sécurité publique Meng Hongmei a affirmé lundi que le patron démissionnaire d’Interpol est soupçonné de s’être corrompu en acceptant des pots-de-vin.

Le patron démissionnaire d’Interpol, le vice-ministre chinois de la Sécurité publique Meng Hongmei, aurait accepté des gratifications illégales a fait savoir Pékin lundi, quelques heures après avoir annoncé que M. Meng était placé sous enquête.

M. Meng « a accepté des pots-de-vin et est soupçonné d’avoir violé la loi », a rapporté dans un communiqué le ministère de la Sécurité publique, sans fournir de précisions sur ces accusations. Ce communiqué est présenté comme un compte-rendu d’une réunion organisée lundi dans la cellule du Parti communiste chinois (PCC) du ministère de la Sécurité publique (police).

Le texte ne précise pas si les accusations imputées à M. Meng relèvent de ses fonctions ministérielles ou bien de celles qu’il exerçait à Interpol. Il n’est pas non plus précisé s’il a ou non été placé en détention.

L’enquête « illustre clairement la détermination du camarade Xi Jinping », le président chinois, à combattre la corruption, précise le ministère.

« Nul, sans exception, n’est au dessus des lois. Quiconque viole les lois fera l’objet d’une enquête approfondie et sera sévèrement puni », avertit le communiqué, précisant que d’autres suspects étaient poursuivis dans le cadre de l’enquête.

Une enquête ouverte

Dans la nuit, la Commission centrale d’inspection disciplinaire du PCC au pouvoir, chargée de la répression de la corruption de fonctionnaires, avait indiqué que Meng Hongwei était « actuellement visé par une enquête car il est soupçonné d’avoir violé la loi », sans autres précisions. Interpol, basée à Lyon, a annoncé dimanche la démission « avec effet immédiat » de son président, porté disparu depuis plus de dix jours après avoir regagné la Chine. Son épouse, Grace Meng, qui avait signalé sa disparition « inquiétante » à la police française jeudi, a déclaré pour sa part dimanche à des journalistes à Lyon (centre-est de la France), siège mondial d’Interpol, que son mari, âgé de 64 ans, était « en danger ».

Parlant à des journalistes, elle a révélé que le dernier message reçu du téléphone de son mari, le 25 septembre alors qu’il venait d’arriver en Chine, ne comportait qu’une émoticône représentant un couteau.

Une enquête pour disparition avait été ouverte en France et Paris avait fait part vendredi de son « interrogation » sur la situation de M. Meng, en se disant « préoccupé » par les menaces reçues par son épouse.

Interrogé lundi, le Quai d’Orsay s’est borné à prendre acte de la démission du haut responsable chinois et a rappelé le « plein soutien » de Paris aux travaux d’Interpol.

Une vaste campagne anticorruption

M. Meng, nommé fin 2016 à la tête d’Interpol, est loin d’être le premier haut responsable chinois à succomber à la campagne contre la corruption lancée par Xi Jinping depuis son arrivée au pouvoir fin 2012. Populaire dans l’opinion publique, cette campagne, qui a sanctionné plus de 1,5 million de cadres, est également soupçonnée de servir à éliminer des opposants internes à la ligne de M. Xi.

Mais le cas de M. Meng, qui a gravi les échelons de l’appareil sécuritaire chinois au temps où celui-ci était dirigé par un rival du président Xi Jinping, est une première au sein de grandes institutions internationales. Ce rival, Zhou Yongkang, purge actuellement une peine de prison à perpétuité après avoir été condamné en 2015 pour corruption, abus de pouvoir et divulgation de « secrets d’État ».

La démission brutale du patron d’Interpol pourrait compliquer les efforts du pays le plus peuplé du monde pour être mieux représenté sur la scène mondiale.

« Les organisations internationales vont peut-être y réfléchir à deux fois avant d’envisager d’avoir un patron chinois », observe depuis Washington la sinologue Bonnie Glaser, du Centre pour les études stratégiques et internationales. Samedi, le secrétaire général de l’organisation policière aux 192 pays membres, l’Allemand Jürgen Stock, qui conduit ses opérations au quotidien, avait demandé à la Chine « une clarification » sur la situation de Meng Hongwei.

L’organisation de coopération policière aux 192 pays membres était présidée par M. Meng depuis novembre 2016.

ouest-france.fr

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