September 21, 2017
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Loi travail, une contestation à ampleur indéterminée

A quelques jours de l’adoption des ordonnances réformant le code du travail en Conseil des ministres, le gouvernement affronte mardi sa première journée d’action. La CGT, isolée, arrivera-t-elle à mobiliser les salariés ?

Premier test social grandeur nature pour l’exécutif. Ce mardi, à l’appel de la CGT, Solidaires et la FSU, la protestation contre la réforme du code du travail par voie d’ordonnances enclenchée par Emmanuel Macron va s’exprimer un peu partout en France. En dépit du refus de la CFDT et de FO de se joindre au mouvement, les organisateurs tablent sur des renforts de poids. Bravant la consigne de leur direction nationale, plusieurs fédérations et unions départementales FO (dont les Transports et l’Energie) et CFE-CGC se joindront aux cortèges. L’Unef et plusieurs organisations de jeunesse seront aussi de la partie. «Plus de 180 lieux de manifestations ont été recensés […] et plus de 4000 appels à la grève déposés», indiquait dimanche au Parisien le leader de la CGT, Philippe Martinez. Sans attendre de mesurer la volonté réelle des salariés d’en découdre, les organisateurs ont repris date : une «journée de mobilisation supplémentaire» a été décrétée pour le 21 septembre, deux jours avant que La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon ne batte à son tour le pavé en son nom propre. Façon pour la CGT de se laisser le temps de faire monter la contestation et déjouer le piège tendu par l’Elysée.

Provocation

Averti des intentions belliqueuses de Martinez depuis le 27 juin, le chef de l’Etat n’est pas resté les bras croisés cet été. Pas question pour lui de voir renaître le front syndical uni à l’origine des manifestations à répétition contre la loi El Khomri. En marge de la concertation organisée sur la réforme du travail, il a discrètement négocié avec les dirigeants de la CFDT et de FO, syndicat puissant dans la fonction publique, pour s’assurer de leur neutralité. Avec succès, les deux centrales ayant décidé de ne pas manifester le 12 septembre aux côtés de la CGT – décision largement contestée chez FO. En parallèle, loin de fuir la confrontation avec la centrale de Martinez, Macron au contraire la provoque : ainsi quand il annonce dans une revue interne de la SNCF son intention de réformer le statut et le régime de retraite des cheminots. Passée inaperçue en juillet celle-ci a été largement relayée début septembre. En réaffirmant vendredi, à Athènes, sa «détermination absolue» de ne rien céder aux «fainéants, aux cyniques et aux extrêmes», le chef de l’Etat est-il allé trop loin dans la mise en scène d’un combat qu’il veut singulier ? La flèche a en tout cas fâché ses amis et réveillé ses ennemis. «Abrutis, cyniques fainéants, tous dans la rue les 12 et 23 septembre», harangue aussitôt sur Twitter le chef de file de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon. «De qui parle le Président lorsqu’il dit qu’il ne cédera rien aux fainéants ? De ces millions de privés d’emplois et de précaires ?» s’est de son côté étranglé Philippe Martinez. Même la CFDT montre les dents. Sans revenir sur son refus de participer à la journée de mobilisation du 12 septembre, son leader, Laurent Berger, a averti samedi qu’il ne se fera «instrumentaliser ni par ceux qui voudraient faire de nous des alliés faciles ni par ceux qui voudraient instrumentaliser le monde du travail à des fins politiques». Et d’affirmer qu’il entend garder sa «liberté de ton» et «sa liberté d’action».

Légitimité

Pour éviter la coalition des mécontentements, il devenait urgent pour le gouvernement de donner à la saillie présidentielle une portée moins polémique. «Le président de la République a parlé de ceux qui n’ont pas eu le courage de faire les réformes nécessaires, a tenté d’enrober dimanche le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner. François Hollande, Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac ont su réformer sur certains sujets mais n’ont jamais été assez loin, parce qu’il fallait du courage, prendre un risque.» Sur le fond pourtant, pas question de lâcher du lest.

«Les manifestations n’ont pas vocation à changer le contenu des ordonnances», a averti samedi le Premier ministre, Edouard Philippe, dans un entretien à Sud-Ouest. Et le même d’en appeler à la légitimité des urnes. «Tout avait été annoncé avant l’élection présidentielle par le chef de l’Etat, puis avant les législatives. Nous respectons au contraire les engagements validés démocratiquement par les Français.»

Nathalie Raulin

Libération

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