Macron met les droits de l’homme en sourdine

Russian President Vladimir Putin, Brigitte Macron, French President Emmanuel Macron and German Chancellor Angela Merkel attend a commemoration ceremony for Armistice Day, 100 years after the end of the First World War at the Arc de Triomphe in Paris, France, November 11, 2018. REUTERS/Benoit Tessier/Pool

La question des droits humains n’est plus centrale dans la politique extérieure française, le chef de l’Etat privilégiant une approche au cas par cas plus pragmatique, analyse le journaliste du « Monde » Marc Semo.

Il était une fois la politique des droits de l’homme… Affichée pendant ce dernier quart de siècle par une diplomatie française héraut d’un droit d’ingérence humanitaire dont elle fut l’inventeur, la question n’est plus centrale dans la politique extérieure. Le chef de l’Etat l’insère dans le cadre plus général de son combat pour le multilatéralisme, le développement et la préservation des « biens communs » de l’humanité. « Les droits de l’homme n’intéressent ni Emmanuel Macron ni Jean-Yves Le Drian, ce n’est pas leur truc, et c’est vrai aussi pour la classe politique en général », soupire un diplomate.

Révélateur à cet égard est la relative discrétion des autorités françaises à propos du 70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme solennellement adoptée à Paris, au Palais de Chaillot, le 10 décembre 1948 par 50 des 58 pays alors membres de l’ONU. Aucune voix contre, mais huit abstentions, dont celle de l’Union soviétique. Le Quai d’Orsay organise une grande cérémonie avec diverses tables rondes et invités de marque de la société civile comme des ONG mais rien n’est prévu à l’Elysée.

Le chef de l’Etat sort certes de la longue séquence des commémorations du centenaire du 11 novembre 1918, moins centrées sur la victoire que sur les leçons à tirer de la paix ratée, et le lancement à cette occasion d’un Forum sur la paix qui a vocation à devenir annuel. Les droits de l’homme en tant que sujet spécifique n’ont pourtant pas été retenus parmi les cinq grandes thématiques. Cela aurait été un repoussoir pour certains chefs d’Etats invités. Dans son discours d’ouverture, Angela Merkel reconnaissait avec amertume qu’il serait probablement impossible aujourd’hui d’adopter en l’état ce texte devant les Nations unies. Il affirme en effet haut et fort le caractère universel de droits aujourd’hui ouvertement remis en cause, au nom de la diversité des cultures et des valeurs, aussi bien par Pékin que Moscou ou Ankara.

  Retour au réalisme

Un ambassadeur en charge des droits de l’homme – actuellement François Croquette – officie au Quai d’Orsay, mais après le départ de Rama Yade, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, il n’y a plus eu de secrétaire d’Etat en charge de ce dossier et siégeant au gouvernement. Cette mise en sourdine n’est pas sans risque pour la diplomatie publique tricolore. « Si la France renonce à son image de patrie des droits de l’homme et de conscience du monde, elle perd les trois quarts de son identité », analyse Michel Duclos, ancien diplomate et conseiller spécial à l’Institut Montaigne, soulignant « que si une politique étrangère ne peut se résumer aux droits de l’homme ceux-ci font incontestablement partie de la marque France ».

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