« Main basse sur Israël » : La dérive droitière et populiste de Nétanyahou

L’historien Jean-Pierre Filiu signe un réquisitoire contre le premier ministre d’Israël, coupable selon lui d’une « dégradation morale » de son pays. Mais il occulte ses réussites.

Le livre. Ce livre fluide, remontant quatre décennies de vie publique israélienne, représente un réquisitoire contre le premier ministre, Benyamin Nétanyahou. Il sort au meilleur moment, à l’approche des élections législatives du 9 avril. Son auteur, le professeur Jean-Pierre Filiu, fin connaisseur du Moyen-Orient, a un grand mérite : il prend « Bibi » au sérieux sur le plan intellectuel, sans le réduire seulement à son cynisme – réel – ou à ses coups bas. Le « populisme agressif » qu’il a développé au cours de ses quatre mandats, qui a conduit à une « dégradation morale d’Israël », selon l’auteur, a des racines fortes. Article réservé à nos abonnés Lire aussi « En Israël, une “gauche” disloquée aborde les prochaines élections »

Le livre commence par présenter les deux axes dont Nétanyahou ne déviera jamais. Le premier est un pessimisme fondamental au sujet du Moyen-Orient, environnement hostile obligeant l’Etat hébreu à démontrer sa force. Ce sentiment, il l’a reçu en héritage de son père, Benzion, et du mouvement révisionniste de Zeev Jabotinsky, son chef de file. Jean-Pierre Filiu montre aussi une autre obsession, chez Nétanyahou : l’alliance occidentale contre le terrorisme. Cette idée a fait de lui un personnage public, à la fin des années 1970, aux Etats-Unis, après la mort de son frère Yoni dans l’opération Entebbe contre des preneurs d’otages, en Ouganda (1976). C’est à cette aune qu’il faut comprendre comment Nétanyahou est parvenu plus tard à « évacuer la nature territoriale » du conflit avec les Palestiniens, les réduisant à des ennemis voulant la perte des juifs. C’est pour cela aussi qu’il a mis en avant la reconnaissance d’Israël comme Etat juif, préalable à toute paix.

Une longévité quasi inédite

Affrontement sans merci avec Itzhak Rabin puis Ariel Sharon, affaires de corruption, divorce historique avec la diaspora américaine : le livre de M. Filiu se concentre sur la politique, les méthodes de « Bibi » pour accéder au pouvoir et le conserver. Il ne laisse guère de place aux réussites, qui existent pourtant. Sur le plan diplomatique, jamais Israël n’a eu autant d’importance, développant des relations inédites, par exemple avec l’Inde ou la Chine. Son économie est florissante.

lemonde.fr

Be the first to comment

Leave a Reply

Your email address will not be published.


*