Mass Diongue, animateur de l’émission «tali bi» de la Rts : «Les accidents de la route vont aller crescendo»

Face à la recrudescence des accidents de la route, Mass Diongue, animateur de l’émission «tali bi» (la route en wolof) sur la Rts, indexe les chauffeurs avant de proposer une école de formation pour parfaire leur connaissance. Reçu dans la salle de rédaction du journal Le Quotidien, l’initiateur du concept «tali bi» liste les vraies causes des accidents de circulation. 

Quel est le contenu de votre émission dénommée «tali bi» sur la Rts ?

C’est une émission de sécurité routière. En anglais, on parle de «defensive driving». L’objectif, c’est de réduire les accidents de la route ; permettre aux chauffeurs de conduire correctement pour devenir un conducteur international. 

Aujourd’hui, on constate que les accidents sont devenus de plus en plus fréquents au Séné­gal. A votre avis, qu’est ce qui l’explique ?

C’est parce que les  chauffeurs ne savent pas conduire correctement. Et ils ne se respectent pas. Un bon conducteur français, vous  l’amenez aux Etats-Unis, il fait son travail correctement. Cet exemple est aussi valable pour les Chinois etc. Donc, il faut qu’on rectifie beaucoup de choses. En outre, nous devons instaurer au Sénégal ce qu’on appelle «defensive driving», c’est-à-dire  la sécurité routière ; reconnaître le danger ; ne pas le (créer) pour les autres ; éviter les chauffeurs «fantômes», c’est-à-dire les chauffeurs qui créent des accidents et sauvent leur peau. De mon point de vue, le mot accident n’existe pas en conduite. J’ai conduit pendant plus de 30 ans, je n’ai jamais assisté à un accident. Un accident, c’est l’inévitable. On y peut rien. Et il n’y a pas d’accident au Sénégal. Nous voyons des  chocs sur la route, des erreurs humaines, un manque de savoir et de professionnalisme. 

Pourquoi vous préférez le terme choc  à la place d’accident ?      

Parce que c’est des erreurs humaines, des bêtises etc. Les chauffeurs font des chocs parce qu’ils ne savent pas doubler correctement ; régler leurs rétroviseurs. Sous ce rapport, on ne peut pas parler d’accident. Un accident, c’est tout ce qui est inévitable. Par exemple, les tonnerres. Les chauffeurs sont responsables des accidents parce qu’ils ne maîtrisent pas le volant. 

Autrement dit, vous minimisez les accidents qu’on constate au Sénégal.

Non, je suis loin de les minimiser. Et ça va aller crescendo. Et, je l’ai dit depuis 2005 parce qu’on a encore rien vu. En ville, à chaque kilomètre, vous constatez des choses, des comportements qui peuvent engendrer ce qu’on appelle accident ou danger. Par exemple, les gens doivent savoir comment conduire sous la pluie ou la nuit,  surtout quand ils sont en voyage. Et ils ne savent pas mettre la ceinture de sécurité correctement sans se faire blesser en cas d’accident ; remettre la voiture correctement sur la route après accident etc. Aux Etats-Unis, avant d’avoir l’autorisation de conduire, les chauffeurs de taxi reçoivent une formation pendant deux semaines. Donc, j’ambitionne de l’appliquer, ici, au Sénégal.

Donc, vous pensez que nos chauffeurs ne sont pas bien formés ? 

Oui, ils ne sont pas bien formés. Et les accidents vont se multiplier parce que les voitures deviennent de plus en plus nombreuses et efficaces, et il y a la qualité des infrastructures routières  etc. Donc, il faut s’attendre à tout. Aujourd’hui, pour faire face aux accidents de la route, nous devons faire un recyclage. On ne peut plus retirer les permis, au moins qu’on mette en place les permis à points. Et un permis de conduire, c’est un privilège. Si vous faites des dégâts, on vous le retire. Pour éviter cette mesure,  il faut nécessairement qu’on recycle les chauffeurs.

En quoi faisant ? Vous voyez le nombre de chauffeurs qu’on a ici au Sénégal. 

Oui, c’est déjà parti. Ils ont leur permis de conduire. Et on ne peut plus les retirer. Et le recyclage, c’est de les former pour une durée de trois ou cinq heures de classe où ils vont apprendre les distances de sécurité, de freinage etc. Je suis dans une posture qui consiste à alerter les gens parce que tous les jours on enregistre des morts sur la route. Il faut qu’on mette en place une école de formation de prévention et de sécurité routière. Après le Code de la route, avant d’avoir son permis, le chauffeur doit faire cinq heures de classe pour reconnaître le danger. Et je le dis depuis 2005.

Pourquoi ça n’a pas abouti ?

Je ne sais pas. Je suis allé à la prévention routière, au ministère des Transports, et j’en ai parlé aux Pre­miers ministres etc., j’ai envoyé le concept partout pour réduire les accidents. Actuellement, les Chinois, les Canadiens… partout dans le monde, les gens appliquent le concept. C’est mon propre projet et je le fais gratuitement avec la Rts. Je le fais, je n’y gagne rien. On a fait des émissions sur le rétroviseur, ceinture de sécurité, stop etc. Au Sénégal, le particulier et le professionnel ne peuvent pas marquer un bon stop. Sur la corniche, j’ai filmé, il y a deux ou trois ans, plus de 20 voitures qui n’ont pas respecté le stop. Aux Etats-Unis, en Europe, c’est trois points et 125.000 d’amende. Ici, les gens ne marquent pas correctement le stop. Je ne connais pas la somme en France aussi, mais c’est trois points. Quand vous avez 12 points, les gens vous retirent le permis de conduire. Quand vous ne respectez pas le feu rouge, c’est aussi trois points. Les gens viennent acheter des permis ici parce qu’on les a retirés en France.       

En plus d’être sur le terrain, vous sensibilisez le public. Malgré tout, le nombre d’accidents  ne cesse d’augmenter…

Les accidents ne vont pas s’arrêter du jour au lendemain. Le coup est déjà parti. Maintenant, il faut essayer de rattraper, c’est-à-dire faire recours à la formation. Ils ont beau sensibiliser les gens, mais les accidents restent entiers. Il n’y a que la formation pour résoudre les accidents. Le choc frontal a plus d’impact. Et il est plus mortel. Donc, les chauffeurs essayent de l’éviter.

Qui sont vos partenaires ?

Il n’y a que la Rts (Radiodiffusion télévision sénégalaise) parce qu’ils ont compris l’intérêt de mon action. Depuis 2005, je voulais créer une vidéo sur comment conduire et la donner gratuitement aux universités, à la gendarmerie, à la police, à l’Armée etc. Donc, il me faut beaucoup de moyens pour qu’elle soit concrétisée. Et le projet ne sera pas commercial.

En parlant de formation, est ce que vous avez une équipe autour de vous?

Oui, il faut former les gens ici. Et  c’est très facile. Par exemple, les Canadiens ont un projet dénommé : «défensive sécurité routière 2014». C’est un projet sur un an. Aux Etats-Unis, quand un chauffeur de taxi fait trois fautes dans l’année, c’est-à-dire ne pas respecter un stop ou bien un feu rouge, on le suspend un mois. 

Tout ça demande des moyens.

Oui, ça demande des moyens. Mais ce n’est pas à moi de le faire. Et j’avais amené dix vidéos projecteurs pour démarrer le travail gratuitement dans les garages. Aujourd’hui, j’attends d’autres équipements.  

pnsouane@lequotidien.sn

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