Me Ciré Clédor Ly : “Le pays est devenu méconnaissable”

À quelques heures de la fin du procès de Khalifa Sall, les avocats des personnes mises en cause dans cette affaire continuent de s’interroger sur les motifs réels de ceux qui ont lancé la procédure. Après 3 semaines de procès ayant clôturé plusieurs mois de détention, Me Ciré Clédor Ly et ses confrères de la défense disent croire qu’il y a anguille sous roche.

D’où leurs questionnements pour savoir, “à travers ce procès, cherche-t-on à établir une vérité ou à atteindre simplement un homme devenu encombrant sur l’échiquier politique ? A-t-il été apporté au tribunal, la preuve d’un fait matériel caractérisant un acte tendant à la conversion, un transfert de fonds, une détention, ou la réception de deniers publics par Khalifa Ababacar Sall et/ou Mbaye Touré, aux fins de dissimulation de l’origine illicite de fonds ? A-t-il été prouvé par l’accusation que les sommes mensuelles de 30 millions remises par les comptables de rattachement en exécution du mandat de paiement de la caisse d’avance, auraient-été utilisées à d’autres fins que celles auxquelles elles étaient destinées ?”, s’est demandé Me Ly dans ses notes de plaidoiries dont copie était remise aux juges, au parquet et communiquée à la partie adverse.

Dans ses propos, Me Ciré Clédor Ly a déploré le recul démocratique dont a fait l’objet le Sénégal durant ces dernières 5 années. “Le Sénégal était précurseur et lumière dans le domaine des droits de l’homme, respecté en cela par les grandes démocraties et inspirant les autres peuples d’Afrique qui le prenaient en référence. Tout cela a disparu en l’espace d’un quinquennat. Le pays est devenu méconnaissable. Il a révélé au monde une intelligence qui fait plus peur que le bruit des bottes et des armes, une intelligence qui viole et opprime par la manipulation et l’interprétation des textes qui constituent le pacte social assurant et garantissant à tous une égalité citoyenne et la paix sociale”, regrette l’avocat dans sa plaidoirie.

Il estime que “la loi est devenue une arme que l’on charge et décharge au gré des convoitises et des obstacles et cela passe encore et encore. Les indices et paramètres qui permettent de juger de l’état d’avancement d’une démocratie et de l’État de droit, basculent sous le regard de la communauté internationale qui ne réagit pas. (…). Tout le monde comprend que la faiblesse de nos démocraties en Afrique réside dans la vulnérabilité de nos institutions judiciaires. (…). Si l’Afrique ne peut encore compter sur ses hommes politiques qui ont des ambitions démesurées, inconciliables avec les aspirations des peuples, l’Afrique ne désespère pas de ses juges qui possèdent le pouvoir réel dont ils n’ont pas toujours conscience : Celui d’ordonner que l’on arrête ou que l’on libère ; faudrait-il que le juge fasse un choix irrémédiable dans l’exercice de son office : celui de soutenir le glaive de l’injustice et de l’arbitraire, ou celui de briser la lame qui opprime”, a plaidé Me Ly.

Ce dernier d’indiquer au juge que “les Sénégalais ont soif de justice et espèrent se désaltérer avec la décision” que celui-ci va rendre dans quelques jours. Une décision qui selon lui, sera fondée sur la seule règle de droit.

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