Melania Trump en Afrique : Tapis rouge pour la First Lady

Melania Trump atterrit au Malawi, deuxième étape de son périple africain, jeudi 4 octobre. Carolyn Kaster/AP/SIPA

Alors que le président Trump bataillait à Washington, la première dame a trouvé les gestes et les mots pour séduire le continent africain.

Ce moment-là, personne ne pouvait le mettre en scène. Melania Trump vient tout juste d’arriver dans un orphelinat près de Nairobi, au Kenya. La voilà dans une pièce, entourée de gamins. Ça piaille, ça pleure. En apercevant une petite fille au regard timide, elle se penche, tend les mains. Et là, surprise : l’enfant lui ouvre ses petits bras potelés. Melania éclate de rire et serre contre son cœur l’orpheline soudain rayonnante. C’est probablement l’instant le plus charmant – et le plus spontané – d’un voyage officiel parfaitement préparé. Et lorsque, quelques minutes plus tard, la First Lady ose quelques pas de danse avec les gamins qui l’accueillent « à l’africaine », en couleurs et au son des tambours, on se dit que ce n’est pas seulement les toilettes haute couture qui corsètent Melania… A 12 000 kilomètres de Washington, elle semble revivre.

Melania Trump, la revanche de la femme blessée

Des deux, la plus sympa, c’est elle. Pas très compliqué. C’est d’ailleurs ce qu’elle est venue « vendre » en Afrique, ce continent bourré de « pays de m… », pour reprendre l’une des expressions du président qui avait choqué les élus lors d’une réunion à huis clos à la Maison-Blanche, en janvier dernier. Neuf mois après, Melania annonce qu’elle choisit cette destination pour son premier voyage officiel. Il s’agirait de promouvoir « l’aide humanitaire » au développement accordée par les Etats-Unis aux pays pauvres. Seulement voilà, la veille, à la tribune de l’Onu, Donald Trump a encore répété que l’Amérique serait désormais moins généreuse et plus sélective : « Seuls les pays qui nous respectent auront droit à notre argent », a-il menacé, fidèle à sa ligne « America First » (l’Amérique d’abord). Comprenne qui pourra.

Melania Trump, colonialiste ? Son salacot lui vaut de nombreuses critiques

Avant d’embarquer, lundi 1er octobre, Stephanie Grisham, la porte-parole de la Fist Lady, a juré que Melania n’était pas en service commandé : « Ce voyage, c’est le sien. » Comprendre : elle n’a pas à demander à son mari son autorisation… Elle part de sa propre initiative. Mais certains y voient plutôt une répartition des rôles. Une association à la façon « good cop/bad cop » (gentil flic/méchant flic). A la tribune de l’Onu, Trump se charge de la démonstration de force sur le mode « rejeter le globalisme et embrasser le patriotisme ». Et laisse à son épouse l’opération séduction : beauté, élégance, sourires. Un genre dans lequel elle excelle. Car Melania est avant tout une Trump.

Pyramides de Gizeh, le 6 octobre, pantalon Valentino, veste Ralph Lauren, ballerines et chapeau Chanel
Pyramides de Gizeh, le 6 octobre, pantalon Valentino, veste Ralph Lauren, ballerines et chapeau Chanel © SAUL LOEB / AFP

Retour en arrière. Quand son mari entretenait une rumeur nauséabonde sur le certificat de naissance de Barack Obama, sous-entendant qu’il n’était peut-être pas né aux Etats-Unis et n’aurait donc jamais dû être élu président, cette émigrée slovène était sur la même ligne et l’avait fait savoir à l’occasion d’une de ses rares interviews au « Joy Behar Show », sur la chaîne ABC, très regardée par le public féminin. Pendant la campagne présidentielle, Trump n’a cessé de dire que son épouse était son baromètre, son « meilleur institut de sondage ». Il affirmait alors qu’elle lui avait dit : « Si tu te présentes, tu vas gagner. » L’affaire du « Pussygate » – ce scandale lié à la diffusion d’un enregistrement où l’on entend Donald Trump dire que son statut de star lui permet d’« attraper les femmes par la chatte » – ne fait pas froncer son front parfaitement lisse. Elle monte même au créneau dans une interview à CNN, affirmant qu’il lui semble parfois avoir deux enfants à la maison : « Mon fils et mon mari. » Ce n’était peut-être pas très flatteur mais, au moins, ça humanisait Trump : bien joué ! « L’effet de cet entretien ne peut qu’avoir été positif », me confirmera Corey Lewandowski, ex-directeur de campagne qui se vante d’avoir été à l’origine de cet entretien.

Au milieu des zèbres et des éléphants, elle arbore un casque blanc qui fleure bon le colonialisme

Aujourd’hui, Melania tient toujours son rôle. Au service de Sa Majesté Trump. L’important, dans ce voyage, ce n’est évidemment pas le fond, mais la forme. C’est-à-dire les tenues vestimentaires. Dans ce registre, Melania a fait très fort, voire trop fort. Lors de sa première étape, elle visite la forteresse de Cape Coast, au Ghana, où étaient enfermés les esclaves noirs avant le voyage atroce vers les plantations américaines. Elle a choisi une tenue discrète (pantalon beige, veste kaki), en phase avec l’aridité des lieux. Rien à dire. Mais elle s’enhardit au Kenya, pendant la séquence safari. Au milieu des zèbres et des éléphants, elle arbore un casque blanc qui fleure bon le colonialisme. Esthétiquement, c’est très réussi. Symboliquement, ça fait sursauter. Melania pèche-t-elle par manque de sensibilité historique ? « On porte trop d’attention à mes vêtements », répond-elle, comme s’ils n’étaient pas choisis pour ça, comme si ce n’était pas elle qui avait porté cette veste Zara taguée « I really don’t care, do u ? » (« Je m’en fiche complètement, et vous ? ») au retour d’une visite aux enfants d’immigrés clandestins enfermés loin de leurs parents. Mais l’apothéose hollywoodienne viendra au Caire, devant les pyramides.

Au Kenya, le 5 octobre, dans le refuge pour animaux David Sheldrick en safari-photo.
Au Kenya, le 5 octobre, dans le refuge pour animaux David Sheldrick en safari-photo. © SAUL LOEB / AFP

Là, l’inspiration est clairement Meryl Streep dans « Out of Africa », en plus chic, bien sûr : le pantalon blanc pattes d’éléphant qui vole au vent est signé Valentino, les ballerines, Chanel, et elle porte un panama… L’espace d’un instant, Melania redevient la top model qu’elle était quand elle rencontra son mari. Elle, le sphinx indéchiffrable, pose devant son modèle quatre fois millénaire, en pierre et en sable. Puis, quand il s’agit de commenter sa relation avec le président, elle la rejoue comme après le Pussygate, sur le ton « lui c’est lui, moi c’est moi » : « Je ne suis pas toujours d’accord avec ses Tweet. » Il lui arriverait même de lui conseiller de « poser le téléphone ».

C’est lui qui a été élu, pas moi

Parfois il l’écoute, parfois non. Elle n’y peut pas grand-chose… « C’est lui qui a été élu, pas moi. » Un regret ? On la verrait plutôt à l’aise dans un rôle de diplomate. Ainsi, la polémique à propos de la confirmation du juge Brett Kavanaugh à la Cour suprême, la semaine dernière. Alors que son mari venait d’insulter Christine Blasey Ford – celle qui accusait le magistrat de tentative de viol – en pointant ses trous de mémoire, elle était parfaite dans son rôle d’équilibriste : elle trouvait Brett Kavanaugh « très qualifié » mais s’affirmait « heureuse » que la plaignante « ait été entendue », tout en refusant de dire si elle la croyait ou pas. Au contraire de son mari qui, quelques heures plus tard, à bord d’Air Force One, se dira « 100 % certain » que l’accusatrice faisait erreur sur la personne.

Au Ghana, le 3 octobre, avec un chef traditionnel.
Au Ghana, le 3 octobre, avec un chef traditionnel. © The White House via Best Image

Cette experte dans l’exercice du grand écart n’a montré aucune émotion quand, samedi, à bord de l’avion officiel qui la ramenait à Washington, elle regardait sur sa chère Fox News le vote « historique » du Sénat. Mike Pence, le président de séance, agitait son marteau, ordonnant « aux sergents en armes de faire revenir l’ordre », c’est-à-dire d’expulser les femmes en colère qui criaient dans l’enceinte. Les sénateurs étaient appelés par ordre alphabétique à se prononcer pour ou contre la confirmation du juge controversé. Ce sera 50 « aye » (« oui » en ancien anglais) contre 48 « no ». Victoire totale pour Trump, assuré d’entrer dans l’Histoire comme celui qui aura fait basculer la Cour suprême à droite. Brett Kavanaugh, conservateur assumé, remplace Anthony Kennedy, son mentor et ancien boss, auteur, notamment, de la motion qui a rendu légal le mariage homosexuel.

La semaine passée, le Parti républicain a enregistré un boom des dons (+ 400 %) et de nouveaux donateurs (+ 200 %)

Agé de 53 ans, nommé à vie comme tous les membres de l’institution, Kavanaugh aura tout le temps pour remettre en question des avancées sociétales, comme le droit à l’avortement, même s’il a affirmé pendant ses auditions (sans rien promettre néanmoins)qu’il n’en ferait rien. Et voici les évangéliques rassurés. Grâce à Kavanaugh, Trump est certain de faire le plein de voix à la présidentielle de 2020 dans cette importante partie de la population. Chez ses supporteurs souffle le vent de l’optimisme. Nombreux à Washington sont ceux qui le voient élu pour un second mandat. D’autant que, à plus court terme, la polémique concernant le juge a remobilisé ses électeurs, qui jusqu’à ces derniers jours hésitaient à aller voter aux « midterms », les législatives du 6 novembre.

La semaine passée, le comité de campagne du Parti républicain a enregistré à la fois un boom des dons (+ 400 %) et de nouveaux donateurs (+ 200 %). Samedi soir, Trump est allé fêter ces journées triomphales en meeting dans le Kansas avant de revenir à la Maison-Blanche, juste avant minuit. Deux heures avant l’arrivée de Melania, fourbue mais d’excellente humeur, selon un témoin. Car son « voyage inoubliable » de 27 000 kilomètres était avant tout un show. Excellentes prises de vues, costumes très réussis… peu de dialogues. Ne manquaient que les applaudissements.

parismatch.com

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