Mimi partie, le problème reste entier entre une victoire et la nécessité de maintenir un groupe de grands réservoirs . Corneille ou Shekespeare ?

Macky wade rupture3Mimi a remis l’antienne au moment du départ définitif, révélant au grand jour son entêtement et les difficultés de compréhension qui ont jalonné la vie du couple qu’elle formait avec le président de la République au sommet de l’État. Égratignant au passage son ancien employeur, elle lui signifie qu’elle a fait mieux dans la bataille politique qu’elle a “gagnée dans une certaine mesure, puisque nous sommes passés de 26% à presque 41% dans un contexte qui n’a pas été facile”. 

La progression notée était déjà sujet de débat puisque le premier chiffre, score et valeur intrinsèques du candidat Macky Sall, a permis au candidat de 2012 d’accéder au second tour de la présidentielle et constituait conséquemment, dans l’esprit de Aminata Touré, le plafond historique de l’Alliance pour la République (Apr), formation du chef de l’État. Elle aurait pu poursuivre son syllogisme jusqu’au bout et rappeler que l’idéologie libérale pour laquelle elle s’est battue auprès du candidat de 2011 constitue aujourd’hui la dominante de la classe politique sénégalaise à 70%.

La logique réductrice du Premier ministre sortant est en effet celle-là même que l’on veut vendre à Macky Sall pour dire que l’Apr a gagné les locales du 29 juin dernier : à eux seuls, intuitu personæ ou dilués dans des coalitions naturelles ou sujettes à polémique, ceux qui se sont réclamés du président de la République, directement ou par la bande, jusque la “bonne victoire” revendiquée par Mme Aminata Touré dans son interprétation de sa présence auprès de l’équipe dirigeante au pouvoir, sont majoritaires mécaniquement, même s’ils constituent une minorité sauvage du fait des différentes segmentations qui ont émaillé l’après-investitures.

Il n’empêche : des villes importantes du littoral fluvio-maritime ont échappé à la majorité théorique ; surtout, des têtes contre lesquelles on s’est acharné pendant deux ans au nom d’une rupture et du devoir de rendre des comptes ont été comme sanctifiées par un verdict populaire ; leur échec aurait été une consolation et un encouragement dans la lutte contre l’enrichissement illicite, programme de gestion du pouvoir du président Macky Sall.

Le 29 juin dernier est encore un rejet déguisé de la lutte contre l’enrichissement illicite puisque l’électeur a jeté un voile de protection contre ceux qui ont maille à partir avec la justice que les locales ont plébiscités.

A cet électeur qui, depuis 2009, joue la prudence et se cherche une protection devant la boulimie des autres, le politique oppose une majorité mécanique non issue des urnes.Comment et pourquoi cette densité physique, cette majorité mécanique, n’agrée-t-elle pas l’électeur qui préfère la gérer par doses homéopathiques ? 

L’idéologie dominante de la société sénégalaise ne se reflète plus en effet dans le vote de l’électeur et ceci depuis 2009 : une prudence extrême guide la main de Dieu qui refuse de donner au pouvoir tous les pouvoirs. Ainsi, l’électorat semble vouloir chercher à se préserver du totalitarisme en limitant la force au pouvoir pour l’amener à se colleter avec une opposition raisonnable ; suspecte-t-il Abdoulaye Wade et son successeur d’en être ?

Le premier indice était apparu en 2009 avec les locales au cours desquelles Me Wade a été freiné dans sa marche victorieuse, après le plébiscite surprenant de 2007. Certes, il y a eu des signes avant-coureurs avec une situation sociale des plus délicates qui ont renforcé la densité morale de la société (Alioune Badara Diop : Sénégal : les mouvements sociaux sous l’alternance, Alternative Sud, vol 17, 2010, PP 139 et sq) :mobilisation des imams de Guédiawaye, grève des internes des hôpitaux, manifestation des pêcheurs de Soumbédioune, manifestations de sinistrés de banlieues inondées, bras de fer entre techniciens du transport aérien et ministre de tutelle, mobilisation des populations de Sébikotane et de Mont Rolland contre l’enfouissement de déchets toxiques…les émeutes étudiantes de Kédougou, celles des marchands ambulants de Sandaga et la marche des femmes du Front Siggil Senegal. Me Wade venait pourtant de remporter la présidentielle sans contestation sérieuse, avec des chiffres sortis d’urne.

La seconde alternance de 2012 interviendra comme conséquence du mal-vivre ambiant, à une période de dispersion des forces libérales qui constituaient les trois-quarts des suffrages relevés : Abdoulaye Wade, Parti démocratique sénégalais : 942.327 voix, 34,81 % ; Macky Sall, Alliance pour la République : 719.367 voix, 26,58 % ; Idrissa Seck, Rewmi : 212.853 7,86 %. Les “assisards” se retrouveront bons derniers, en termes de suffrages reçus, avec 24,50% de Moustapha Niasse, Alliance des forces de progrès (357.330 voix, 13,20 %) et Ousmane Tanor Dieng, du Parti socialiste (305.924, 11,30 %). C’est à l’aune de ces résultats et par tradition grégaire qu’il faut comprendre les timides tentatives de regroupement notées au lendemain du 19 juin, principalement de la part de Idrissa Seck, malgré les appels du pied de certains libéraux de reconstituer la grande famille. Malcky Sall serait favorable à un processus qui le libérerait de ses alliés encombrants et sans apport qui ne font que désagréger le vote des Sénégalais. Il oublie que la chute de ses principaux ténors ne lui laisse d’autre choix pragmatique que de perpétuer le Benno, cocon sécuritaire de maintien au pouvoir. 

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