Mody Sy, responsable de l’Apr : «A Matam, c’est le parti contre le parti»

Mody Sy parle de la situation tendue qui prévaut à Matam où certains responsables politiques de l’Apr iront aux élections sous une autre bannière que celle de l’Apr. Ou à Ogo où le parti présidentiel n’aura pas de liste pour forclusion. Il revient, dans cet entretien, sur ses rapports avec ses camarades de parti comme Mamadou Mory Diaw ou son «ami», Farba Ngom. Son nom rime avec l’affaire Me Sèye pour laquelle il a été emprisonné avec Abdoulaye Wade. C’est aussi un ex-compagnon qui décrypte le retour mouvementé du secrétaire général du Pds qui n’est là, selon lui, que pour son fils, Karim.

On vient de sortir des investitures et des dépôts de listes pour les prochaines élections locales ; comment ça s’est passé à Matam ?
A la vérité, ça s’est très bien passé partout. Bien sûr, il y a eu quelques problèmes comme à Ogo où on a été forclos. Ce qui est dommage ! C’est irresponsable qu’un parti comme le nôtre, qui est extrêmement puissant dans cette zone, soit aussi léger. C’est inadmissible ! Voilà une collectivité locale qu’on risque de perdre. Et vous savez que le Pds n’existe plus à Matam depuis l’arrivée de Macky Sall au pouvoir. En tout et pour tout, ils ne font pas plus de 1 000 personnes dans toute la région. Donc, si demain on dit que l’Apr a perdu la communauté rurale de Ogo, la faute nous incombera, nous les responsables de l’Apr. Je pense que le responsable local aurait pu prendre de la hauteur, accepter de travailler et se dire que quelle que soit la tendance qui va gagner, c’est l’Apr qui va gagner. Mais on a joué au trop petit et voilà. Et à mon avis, il faut qu’il y ait une plainte et que le parti sévisse. Quel que soit le niveau de responsabilité du commanditaire, il doit être sanctionné. Ce n’est pas normal de perdre une collectivité locale qui fait deux fois et demie la région de Thiès. Vu la tension qu’il y avait là-bas, le responsable aurait dû prendre les devants. Je suis témoin. A 18h le jour du dépôt, Farba Ngom, mandataire du département de Matam, a eu une altercation avec Abou Lô. Et pourtant, il l’a enjoint d’aller confectionner sa liste le plus rapidement possible, au risque d’être forclos. Et Abou Lô, devant moi et d’autres personnes, lui a dit : «Je suis responsable, ne t’en fais pas. Je vais déposer les listes à temps.» Moi, je lui ai dit : «Ce que Farba Ngom vous dit là, c’est pertinent parce le temps passe très vite et vous risquez d’être forclos.»

A 18h donc, Bby n’avait pas de liste ?
La liste n’était pas prête. Il y a eu des obstructions. Le mandataire a été séquestré dans sa voiture et on ne l’a relâché qu’après minuit.

Qui est le responsable de cette situation ?
Je ne veux pas trop m’aventurer, mais en tout cas, une enquête sera diligentée (Ndlr : C’est le jour de l’entretien que le procureur a entendu les présumés responsables). C’est, en tout cas, un acte que je n’approuve pas du tout et je pense que le parti, le moment venu, prendra les décisions idoines pour que cela ne se reproduise plus.

Les mêmes querelles existent aussi dans la commune de Matam. Mais vous avez quand même su vous accorder quelque part…
Moi je suis responsable. Dès que je suis arrivé, les gens m’ont dit que j’étais leur candidat naturel à la mairie de Matam. Je leur ai dit que je n’étais candidat à rien du tout. Je suis venu accompagner le Président Macky Sall et la liste Apr pour qu’elle gagne à Matam. Pour moi, c’est ce qui est le plus important. Je suis Pca de la Sones et il faut permettre aux autres aussi d’avoir des responsabilités. Comme ça, chacun aura ce qu’il doit avoir et on va travailler ensemble. La preuve, j’ai eu un quota comme chaque responsable. Mais comme je voulais tellement qu’il n’y ait pas de division, j’ai donné mon propre quota aux autres tendances, à tort ou à raison, et en privant mes propres responsables. Ce n’était pas du tout évident que nous puissions nous entendre parce que nous n’avions pas moins de 6 candidats potentiels. Je n’étais pas candidat, mais j’ai réussi à les fédérer un peu et on est tombés d’accord. Maintenant, au dernier moment, le coordonnateur départemental de l’Apr, Farba Ngom, nous a invités à l’hôtel Sogui pour recevoir les dernières directives du parti. Il m’a reçu, comme il a aussi reçu Gueladio et Souleymane Bâ et tous les grands responsables qui étaient susceptibles d’être candidats, mais il n’a pas pu joindre Abdoulaye Dramé. Il nous a demandé de nous unir et faire en sorte que l’on puisse partir avec Mamadou Mory Diaw. Et les directives du parti consistaient à dire qu’il faut que Mamadou Mory fasse partie de cette coalition. Mais il y avait d’autres personnes qui n’avaient pas les mêmes considérations et qui ont refusé d’aller avec Mamadou Mory sur la même liste. C’est cela la réalité.

Et donc, il y a eu une scission ?
Effectivement. Mais moi, étant soldat, quand le parti donne des directives, je les exécute. Mais avec Mamadou Mory, on a fait une liste Apr et chacun avec ses quotas. Et les autres aussi ont fait leurs investitures. Officiellement, pour la commune de Matam, il y a la liste Apr, la liste Pds et celle du Model. Les dissidents, parce qu’ils sont des dissidents pour moi, même s’ils sont des Apéristes, sont des dissidents de la liste Apr. il s’agit principalement de Souleymane Bâ, Gueladio Bâ et Abdoulaye Dramé et d’autres qui se sont alliés à eux. Et ce que je sais, c’est qu’à Matam, vous parlez du parti Model, personne ne les connaît. Si demain, ils ont deux voix, un million de voix, ce n’est pas parce que les Matamois connaissent Ibrahima Sall, mais c’est simplement un concours de circonstances. Mais je suis sans crainte. Moi et Mamadou Mory, on peut gagner en développant une bonne campagne. Les Matamois aiment bien l’Apr et Macky Sall.

Donc, vous serez les têtes de liste de l’Apr ?
Je ne fais qu’accompagner. Je ne suis tête de liste nulle part. Je fais juste partie de la liste majoritaire. Tous les grands responsables de l’Apr qui ont accepté d’aller avec nous sont dans la Majoritaire. Ce qui va forcer les uns et les autres à aller se battre. On l’appelle la liste «ça passe ou ça casse». Et pour moi, ça passera.

L’Apr ira sous la bannière de Benno bokk yaakaar ou sous sa propre bannière ?
On y ira sous la bannière Benno et on va se battre. Nous avons l’avantage parce que c’est le parti au pouvoir, mais en général, les populations y adhèrent. D’autant que Macky Sall a un bon bilan et qu’il a des projets pour Matam.

Vous n’êtes candidat ni au Conseil départemental ni à la mairie…
Non du tout. Vous savez, il y a peu de postes dans ce pays. Il faut donner la chance aux autres. A Matam, tout le monde est méritant, comme ailleurs. Mais moi, je suis meurtri de voir certains qui nous ont accompagnés pendant la période ou personne n’y croyait, qui attendent toujours. Ça me gêne. Je pouvais bel et bien être candidat parce que je suis très bien connu ici, mais je dis non parce qu’il faut que les autres aussi en profitent. Et ce qui est intéressant, c’est que nous avons un programme déjà bien ficelé et après les élections, le Président va mettre le paquet à Matam. Il ne faut pas oublier que Matam est le grenier du Sénégal. Donc, toutes ces potentialités vont être mises en exergue. Et chacun d’entre nous pourra s’y retrouver. On ne peut pas régler en un ou deux ans tous les problèmes du Sénégal.

Entre vous, Farba Ngom et Mamadou Mory, c’est la paix des braves jusqu’après les évènements de Matam ?
Farba, je n’ai jamais eu de problème avec lui. Quand on lui a interdit d’entrer à Matam, étant responsable dans la ville, j’ai refusé. Et avec le Peuple de Matam, on l’a fait entrer à Matam. C’est tout ! Mamadou Mory Diaw aussi, je n’ai pas de contentieux avec lui. S’il est maire, c’est grâce à moi. C’est grâce aux voix des Apéristes, avant la lettre, qu’il a pu se faire élire. Je n’ai rien contre lui. Mais c’est normal que de temps en temps, il y ait des divergences.

Beaucoup de gens pensent que le principal adversaire de l’Apr dans le Fouta risque d’être le parti lui-même. Vous êtes du même avis ?
Absolument ! C’est la vérité. C’est le parti contre le parti. Mais la population ne se trompera pas. A l’impossible nul n’est tenu. Qui me connaît sait que je suis un homme de conviction et personne ne peut m’empêcher d’aller de l’avant. Quand j’étais au Pds, les gens disaient que j’étais fou. Mais je suis resté là-bas.

Vous avez été un compagnon de Abdoulaye Wade pendant des années ; comment analysez-vous toutes les péripéties qui ont accompagné son retour ?
Je n’aime pas trop parler de Wade. Mais dans ce pays, s’il y a bien quelqu’un qui le connaît, c’est moi. Quand il commence une phrase, je sais où il va, pour l’avoir pratiqué pendant 31 ans. Ce qu’il a fait ne surprend pas les gens qui font de la politique ou qui sont intelligents. Tout ce remue-ménage, c’est parce que simplement il y a son fils qui est en prison. La logique voudrait qu’un ancien président de la République laisse son remplaçant faire son travail. Ce qu’il est en train de faire, c’est du blocage et du chantage. Et ce n’est pas normal.
Je rappelle que j’ai été arrêté dans l’affaire Me Babacar Sèye et j’ai fait 14 mois de prison. Dama teudd souma kasso (j’ai fait ma prison). Et vu que j’avais la vérité avec moi, la justice de mon pays m’a libéré. Dans le dossier, les juges ont dit : «En tout cas, s’il y a quelqu’un qui ne connaît ni les tenants ni les aboutissants de ce dossier, c’est bien le député Mody Sy.» Dieu existe. Mais pour revenir au retour de Wade, il l’a fait juste pour mettre le pays sens dessus dessous. Heureusement qu’il a trouvé quelqu’un qui est intelligent. Il voulait être arrêté, qu’il y ait des morts et des blessés pour qu’au niveau international, on dise que Macky a déçu et que ce n’est pas cela la démocratie. Macky, intelligent, a très bien compris son jeu. Et puis, ces mobilisations-là, moi Mody Sy, j’aurais 50, 100 ou 300 millions, je mobiliserais tout Dakar.

Vous pensez que ce sont des gens qui ont été payés pour venir l’accueillir ?
Mais bien sûr ! Je connais le Pds. D’abord, les gens sont fatigués et je sais qu’à Thiaroye par exemple, des bus sont partis avec des tee-shirts. Et on a donné 100 000 francs à chaque bus. Beaucoup de gens ne travaillent pas au Sénégal malheureusement. Et plein de Sénégalais sont allés à cette rencontre par curiosité. Mais aux élections, vous allez voir. Abdoulaye Wade n’est ni Senghor ni Diouf. C’est un syndicaliste éternel. Même quand il était au pouvoir, il avait le comportement d’un opposant. C’est sa nature. Mais il doit savoir que le Peuple a mûri. Lui et moi avons été mis en prison et avons fait confiance à la justice. Aujourd’hui, il pense qu’il y a une justice à deux vitesses, c’est faux. Il faut qu’il sache raison garder et qu’il fasse attention. Ce n’est pas bon de remuer des plaies. S’il n’a pas peur, qu’il laisse la justice faire son travail. Il dit qu’il a amené 2 millions de personnes, mais nous aussi on peut amener 4 millions de personnes et des gens qui seraient venus sans recevoir de pépites. Son retour au Sénégal en 1999, c’est nous autres avec les Fara Ndiaye et les Boubacar Sall qui l’avions organisé. On a appelé Boubacar Sall de Paris, on lui a donné des instructions et il les a appliquées.
Des gens ont pris des milliards et on dit qu’il faut laisser comme ça. C’est facile ça ! D’autres disent que Macky a le bras coupé au coude, c’est normal. Ce n’est pas son argent, mais l’argent du pays. Me Wade a fait son show et il va attendre. S’il pense que Macky va courir pour faire des médiations, il se trompe.

mamewoury@lequotidien.sn

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