« MON BEAU SOURIRE » D’ANGLE DIABANG La grandeur de la femme dans la souffrance

angele_diabangFemmes noires avec  des dents blanches, gencives noires, exhibant  leur beauté  à travers un sourire. La réalisatrice sénégalaise, Angèle Diabang donne ainsi la couleur au début de son court métrage «Mon beau sourire » de 05 mn sorti en 2005. On est en face d’un phénomène sur le tatouage des gencives des femmes au Sénégal.  Elle installe chez son public  tout au long de son film une certaine curiosité et une envie de découvrir ce rituel traditionnel.

«Mon beau sourire », le court métrage d’Angèle Diabang, s’ouvre et se referme sur la femme souriante, fière d’acquérir de nouvelles gencives à travers le tatouage, mais pas n’importe laquelle. Il s’agit ici d’une femme africaine qui s’adonne aux coutumes et traditions de sa communauté.

 La réalisatrice Angèle Diabang campe ainsi le débat pour montrer son choix. Un choix qu’elle assume par les personnages qui sont toutes des femmes africaines pour marquer la valeur de cette coutume. Mais au-delà, la réalisatrice installe une certaine curiosité et une envie de pratique chez son public pour acquérir ce beau sourire.

Le film suit une certaine progression, car cette curiosité est creusée avec la pratique du rituel où la réalisatrice nous place dans le monde du tatouage avec des aiguilles, des tissus étendus, l’encre, la vieille femme habilitée à le faire, est bien entourée Mais, en faisant une lecture approfondie de ce  film, on se rend compte que ce beau sourire n’était qu’un prétexte pour poser un autre débat : l’éducation de la jeune fille à l’âge adulte où la préparation de la jeune fille à affronter les difficultés de la vie comme l’enfantement, le mariage qui sont des valeurs sacrées en Afrique où la femme dans ses moments de souffrance doit le faire en silence.

Dans cette séquence, Angèle joue sur une opposition de personnages.  Celui qui semble vouloir découvrir cette culture et qui n’y arrive pas et l’autre ancré dans les traditions et coutumes.  Sur ce point, la réalisatrice montre d’abord une femme qui a commencé le tatouage et qui s’est retirée sans pour autant terminer le rituel à cause des douleurs et Angèle qui l’a remplacée. : «Je n’avais pas pensé que cela fasse si mal», a-t-elle avancé.

Toutefois, malgré, son courage et sa détermination, le premier personnage semble retracer le caractère de la réalisatrice qui se bat pour exister, mais qui n’est jamais satisfaite de son œuvre finie. Et comme, elle disait au cours d’une formation à Dakar :  « j’avais envie de découvrir cette culture qui est la mienne. Je ne voulais pas écourter le tournage et j’ai dû prendre la place de l’autre.  Et cela m’a permis de me réconcilier avec ma communauté.».
 

Jamais satisfaite de ses œuvres comme « Yandé Codou, la griotte de Senghor ou encore Sénégalaises et Islam », la réalisatrice armée de courage et de ténacité, finit toujours par succomber au bout du tournage. Angèle comme elle aime le dire : « j’ai du abandonner pour des raisons financières ou encore à cause des attaques pendant les tournages ou le casting. Je me suis contentée de ce que j’avais pour réaliser mes films ». Une option qui dévoile la fragilité de la réalisatrice par la fuite du premier personnage lors du tatouage.
 
Monteuse de formation, elle aligne dans ce film séquence sur séquence dans un temps très court avec plusieurs plans. Elle donne vie aux images avec tantôt le son du Djembe  pour matérialiser la tombée des aiguilles dans l’eau bouillante avant le démarrage du tatouage, les gémissements de la femme ou encore pour saluer ce courage qui fait de nous des femmes.   
 
Le film a été primé dans plusieurs festivals dont le prix Graine de Doc au festival «Docencourts » de Lyon-2006 et une mention spéciale au festival des cinémas d’Afrique de Apt-2006.

Denise ZAROUR MEDANG

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