Monsieur le Président, arrêtez cette susceptibilité : l’offense est un sentiment, la critique un droit

Si vous pensez que vous parviendrez à nous intimider, vous faites fausse route. Ni votre désir manifeste d’instrumentaliser la justice, ni les ordres donnés aux forces de l’ordre qui, à mon avis, méritent respect et considération en raison du rôle sécuritaire dont elles s’acquittent chaque jour, ne nous feront taire.

Que vous le sachiez ou non, qu’on vous le dise ou pas, chaque jour, des groupes de personnes regroupés au sein de leurs familles respectives ou dans les rues, décrient  votre politique. Il est vrai que certains parmi vos détracteurs ne sont pas meilleurs que vous, mais sachez que les réactions acrimonieuses dont vous êtes la cible constituent des signes précurseurs d’une chute qui, si vous en étiez conscient, vous permettraient de donner le meilleur de vous-mêmes pour gagner la sympathie de vos concitoyennes et concitoyens. Mais au lieu de cela, vous brandissez une parodie d’offense judiciarisée pour bâillonner tous ceux qui ne peuvent pas vous aimer, tous ceux qui ne veulent pas vous aimer, tous ces gens qui s’opposent à vous en vous disant ce que vous ne voudriez pas entendre. Si vous continuez comme ça, vous auriez bientôt la palme d’or de Président inquisiteur de son peuple.

Monsieur le Président, Seriez-vous meilleur que les Prophètes, vous qui êtes allés vous « prosterner » (je reconnais que le mot est fort) devant la France lorsque ses “dignes fils” de Charlie Hebdo ont rencontré la foudre d’hommes qui croient pouvoir se substituer à Dieu ? Les caricatures de Charlie Hebdo, je vous rappelle, Monsieur le Président, avaient heurté une grande majorité de la communauté musulmane. Auriez-vous vraiment vu l’immonde façon dont « votre » Prophète Mouhamad était caricaturé ? J’aurais été à votre place, monsieur le Président, je me poserais deux questions : « ne serait-ce pas mon émotion sélective qui se retourne aujourd’hui contre moi, parce que j’ai préféré les morts de Charlie à ceux de mes voisins comme le Nigéria ? Pourquoi n’étais-je pas en colère au point de tomber dans un état paralytique, qui aurait d’ailleurs eu l’avantage de me priver d’un voyage en France, quand le Prophète Mouhamad fut traité comme un vulgaire être ? ».

Arrêtez, oui arrêtez, monsieur le Président !!! Vous ne pourrez pas embastiller toutes ces femmes et  hommes qui exècrent, objectivement pour certains, vos faits et gestes. Permettez-moi de parler de votre référendum (20 mars 2016) et des élections législatives du 30 juillet (2017) dernier. Vous souvenez-vous que vous avez lancé les jougs référendaires sans nous consulter ? Vous n’êtes pas sans ignorer que jamais de mémoire des élections législatives n’ont été si médiocrement organisées au Sénégal, avec en trame de fond des électeurs sans pièce d’identité ou non identifiables dans les bureaux où ils sont censés voter, malgré les 53 milliards de leurs francs que vous dites avoir utilisés pour la confection des cartes d’identité biométrique.

Monsieur le Président, précisons qu’à aucun moment, soyons clairs, nous n’avons soutenu une quelconque légitimation d’une offense malveillante dirigée envers qui que ce soit. Les offenses gratuites, ou encore, les courages ubuesques dont font preuve certains internautes versés dans l’injure, sont plus que condamnables. Mais, votre attitude et celle de votre entourage obligent parfois à l’irrévérence.  Ne demandez pas à tout le monde d’adopter une sorte d’obséquiosité animalière à votre égard ! Nous sommes des êtres pensants et nous avons un droit de regard sur votre gestion, nous personnes anonymes qui avons lutté, dans la plus grande discrétion et le plus noble engagement, pour que vous soyez à la tête de ce « merveilleux » État. Ô, si seulement vous saviez ! Vous auriez dû savoir plus que quiconque, Son Excellence, qu’il n’y a jamais de fumée sans feu. Remettons-nous donc tous en question, d’abord, à commencer par vous, le Chef suprême des armées, le Gardien de la Constitution. Vous n’êtes pas blanc comme neige ! Vous le savez, Dieu le sait ! N’en soyez pas offensé si tel est mon sentiment, monsieur le Président. Je ne suis pas le seul à le penser.

Puisse Allah, le Très Miséricorde-Dieu, nous permettre de n’avoir le cœur que pour les nobles sentiments, ceux qui éclairent nos vies et nos choix.

Ceci est un message d’amour et un acte patriotique qu’il en déplaise aux esprits malhonnêtes et belliqueux. La dictature sournoisement rampante ne passera pas au Sénégal. Aucun Chef d’État, jusqu’à la fin des Temps, ne réussira, j’en suis persuadé, à « gambianiser jammehment » la vaillante tranche du peuple sénégalais. Et puis, vous savez, j’étais présent quand Mamadou Diop fut atteint mortellement ce 31 juillet 2011. Sa famille, en l’occurrence son frère demandait, il y a si peu de temps, que la lumière soit faite sur les véritables circonstances qui ont mis fin à la vie de ce professeur, dont les élèves furent amputés précocement de son savoir. Je vous ai vu négocier, monsieur le Président, votre escapade, devant un groupe de personnes qui vous demandait de rester, alors que les feux d’artifice et les grenades lacrymogènes des agents de sécurité nous intimaient de mettre fin au sitting, parce qu’il faut le dire, nous devions quitter les lieux à 18 heures comme convenu dans l’autorisation préfectorale.

Dr Malick G.

“University of freedom”

Dans Le Blog du Sociologue Rebelle

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