Monument en mémoire de l’esclavage et de la traite négrière à Cayenne en Guyane

Il a été très émouvant pour l’Africain que je suis de découvrir une fois de plus les vestiges de l’esclavage et de la traite négrière en Amérique, lors de mon séjour à Cayenne, capitale de la Guyane, un pays frontalier du Brésil et du Surinam.

En quittant Paris, j’avais pris soin de me remémorer ce qu’avait été la traite négrière, en achetant des livres sur ce sujet à la librairie Présence Africaine. Mes souvenirs étaient devenus confus, car depuis que j’étais retourné au Cameroun à la fin de mes études supérieures en France, je n’avais plus lu de document là-dessus.

     Une fois à Cayenne, je me suis tout naturellement mis à chercher le cimetière de la ville pour visiter la tombe de Léon Gontran Damas, un des fondateurs du mouvement littéraire qu’a été la Négritude. Cela a été facile. J’y ai pris des photos. Puis je me suis mis à chercher des vestiges de l’esclavage et de la traite négrière, et j’ai découvert, non loin du cimetière où repose Damas, le monument en la mémoire de l’esclavage et de la traite négrière. J’y ai pris la photo publiée avec ce texte.

     C’est l’occasion pour moi de reparler de deux choses fondamentales.

     1/- Je ne m’expliquerai jamais comment les Africains que nous étions éprouvions du plaisir à pourchasser, à arrêter et à vendre nos congénères à des étrangers, sans que cela ne nous pose quelque problème de conscience que ce soit. Nous nous sommes livrés à ce macabre commerce des siècles durant. Nous avons vendu les nôtres, d’abord aux Arabes, à travers le désert du Sahara, puis en Afrique de l’Est à Zanzibar.

Notre race s’est ainsi retrouvée esclave dans la totalité du monde arabe par notre incroyable et criminelle cupidité. Puis, nous nous sommes retournés vers les côtes occidentales de notre continent, et nous sommes mis à vendre nos congénères au Européens pour les plantations en Amérique. Nous l’avons également fait des siècles durant.

     Notre race, la race noire, est ainsi, de toutes celles que compte l’humanité, probablement la seule qui se soit livrée à une telle barbarie sans la moindre gêne. Nous accusons les Blancs de nous avoir réduits en esclavage, avec raison, mais nous posons-nous toutefois cette question fondamentale : qui se lançait dans les forêts à la chasse de cette marchandise humaine que nous étions devenus, n’est-ce pas nous-mêmes ?

     2/- J’ai choisi de brièvement rappeler ici comment s’opérait l’achat et le transport des nôtres transformés en marchandise que nous livrions aux Blancs. J’ai pris cet extrait dans l’un des livres que j’avais achetés avant d’embarquer pour Cayenne.

« … sans égard au sexe, examinait le sujet, de la tête aux pieds. Une attentive manipulation des muscles principaux, des articulations, des aisselles, de l’aine suivait. La bouche était passée en revue et si une dent manquait, cela était noté et donnait lieu à une réduction du prix d’achat de la marchandise.

Les yeux, la voix, les poumons, les doigts, les orteils, rien n’était oublié (…) Tout vendeur africain soucieux de sa réputation et ainsi préserver sa clientèle, procède toujours au choix de sa marchandise humaine avec minutie, afin de fournir à ses clients de vigoureux travailleurs en bonne santé (…)

Deux jours avant l’embarquement, toutes les têtes masculines et féminines sont soigneusement rasées (…) Le jour fixé, le parc à esclaves est égayé par un abondant repas pour célébrer les dernières heures que le Nègre va passer sur sa terre natale. Le « festin » terminé, les esclaves sont transportés en canot vers le bateau. Une fois à bord de celui-ci, ils sont dépouillés de leurs vêtements et tous, hommes comme femmes, quittent l’Afrique nus comme ils sont venus au monde.

En cet état, les hommes sont envoyés en cale, les femmes dans la cabine, quant aux enfants, garçons et filles, ils sont gardés jour et nuit sur le pont, également tout nus, sous le vent, sous la pluie, comme sous le soleil torride du grand large (…) Une fois par semaine, pendant la traversée, le barbier du navire rase les mentons et de nouveaux les têtes, coupes les ongles afin que les esclaves ne s’en servent pas lors de leurs bagarres dans la cale en se disputant l’espace pour dormir (…)

A la tombée du jour, le matelot descend dans la cale, le fouet à la main, et met chaque esclave à la place qu’il doit occuper : ceux du côté droit du navire tournés vers l’avant, chacun tournant le dos à son voisin, tandis que ceux du côté gauche sont attachés le visage dirigés à l’arrière du bateau (… ) Afin d’assurer l’ordre et le silence absolu pendant la nuit, un Nègre sur dix est désigné comme surveillant et il lui est remis une matraque. Il doit cogner dur en cas d’indiscipline … »

 Regardsurlafrique Par Enoh Meyomesse

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