Mort d’Aboubakar à Nantes : le revirement du CRS

Des fleurs sont déposées au pied du muret qu’a heurté le véhicule d’Aboubakar Fofana lors du contrôle de police où il a trouvé la mort, mardi soir, à Nantes. AFP/Damien Meyer

Vendredi soir, le brigadier-chef R.H., auteur du tir qui a coûté la vie à un jeune de 22 ans à Nantes, a été mis en examen. Il a évoqué « un accident » lors de sa garde à vue.

Les policiers ont-ils cherché à cacher la vérité dans l’enquête sur la mort d’Aboubakar Fofana, tué par balle, mardi 3 juillet lors d’un contrôle routier dans le quartier du Breil à Nantes (Loire-Atlantique) ?

Trois jours après le décès du jeune homme de 22 ans, le brigadier-chef de la compagnie de sécurité républicaine (CRS) de Bergerac (Gironde) mis en cause évoque désormais un tir accidentel, contredisant la version initiale de l’équipage qui évoquait la légitime défense.

Un coup de feu «intempestif»

« Il a reconnu avoir fait une déclaration (NDLR : le policier avait été entendu une première fois mercredi 4 juillet en audition libre) qui n’était pas conforme à la réalité », a expliqué au Parisien son avocat, Laurent-Franck Lienard. Le brigadier-chef, R.H., a été mis en examen vendredi soir et placé sous contrôle judiciaire. Une information judiciaire a été ouverte pour « coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner ».

Désormais le policier assure que le coup est parti accidentellement alors qu’il tentait de maîtriser Aboubakar Fofana, assis au volant de sa Nissan Juke. Comme le jeune homme résistait, le CRS aurait engagé son corps dans l’habitacle, son arme à la main. C’est pendant que les deux hommes luttaient que le coup de feu serait parti de façon intempestive, infligeant au conducteur une blessure mortelle à la gorge.

Ce que dit le rapport d’interventions

Le soir des faits pourtant, les policiers avaient indiqué que le conducteur, sous le coup d’un mandat d’arrêt, avait fait « une marche arrière à très vive allure risquant de renverser deux des quatre enfants présents sur la chaussée derrière la voiture » dixit le rapport d’intervention.

Selon le récit des policiers, Aboubakar avait percuté un véhicule en stationnement, qui aurait manqué de renverser un autre fonctionnaire. Malgré le choc, le jeune homme aurait continué de « zigzaguer, toujours à très vite allure ».

Le policier «en état de choc»

Cette version a été démentie par les habitants du quartier, et désormais par l’enquête. Dès le 5 juillet, un témoignage qualifié d’« utile », par Pierre Sennès, le procureur de la République de Nantes, avait été recueilli. « Ni la thèse de la légitime défense, ni celle du délit de fuite ne pouvaient tenir au regard de la configuration des lieux », rapporte un proche du dossier. Si Aboubakar Fofana a bien effectué une marche arrière, il semblerait que celle-ci ait été ordonnée par les forces de l’ordre.

« Aboubakar Fofana disposait d’une échappatoire en marche avant, relève la même source. Il y avait un passage ouvert à gauche devant lui, libre de tout barrage policier ou de voiture, alors qu’en marche arrière, il s’est retrouvé bloqué par une Renault Scénic. Pourquoi aurait-il tenté une manœuvre aussi compliquée alors qu’il aurait pu s’enfuir facilement ? »

« Vous n’étiez pas en danger » : ces images ont été tournées quelques instants après la mort du jeune à Nantes

Lors de son audition libre, le brigadier R.H. est apparu « en état de choc », sous traitement médicamenteux. Décrit comme « dévasté » après sa garde à vue, il était jusqu’ici très bien noté par sa hiérarchie et apprécié de ses collègues.

Des incidents dans la ville natale de la victime

Depuis mardi, plusieurs quartiers de Nantes ont été le théâtre de violences durant trois nuits consécutives à la suite de la mort du jeune homme. De nombreux bâtiments publics ou commerces ont été dégradés et plusieurs dizaines de véhicules incendiés.

Des incidents ont également éclaté à Garges-lès-Gonesse (Val d’Oise), d’où était originaire la victime. Aucun blessé n’est à déplorer mais un véhicule de police a été pris pour cible et des poubelles ont été brûlées.

leparisien.fr

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