Mort d’Adama Traoré : où en est l’enquête, deux ans après la mort du jeune homme au cours de son interpellation ?

En juillet 2017, une contre-expertise avait confirmé un décès par asphyxie du jeune homme de 24 ans. De nouvelles conclusions médicales censées faire la lumière sur les causes ont été repoussées à la fin septembre.
19 juillet 2016. Il est 19h05 lorsque le médecin du Samu déclare Adama Traoré mort dans la cour de la gendarmerie de Persan (Val-d’Oise). Quelques heures plus tôt, ce jeune homme qui venait de fêter ses 24 ans était interpellé à Beaumont-sur-Oise, après avoir été plaqué au sol par des gendarmes qui l’avaient appréhendé à l’issue d’une course-poursuite. La nouvelle de sa mort avait entraîné cinq nuits de violences dans sa ville de Beaumont-sur-Oise (Val-d’Oise) et dans les environs.

Deux ans après le drame, jeudi 19 juillet, la famille Traoré dénonce toujours une bavure policière et réclame toute la lumière sur la mort du jeune homme. Franceinfo revient sur les derniers développements de l’enquête.

Les résultats de la nouvelle expertise médicale repoussés au 30 septembre

La dernière expertise médicale en date, réalisée à la demande de la famille, remonte à juillet 2017. Elle a confirmé qu’Adama Traoré est mort par asphyxie, ce qu’indiquaient déjà les deux précédentes effectuées en juillet 2016. Mais, contrairement aux deux premières, la dernière expertise écarte l’existence de “lésions d’allure infectieuse” mentionnées dans la toute première autopsie et mises en avant par les autorités à l’époque pour expliquer la mort du jeune homme de 24 ans.

Adama Traoré souffrait-il d’une cardiomyopathie, une anomalie cardiaque qui aurait pu l’exposer à une mort rapide ? Le dernier rapport en date explique que cette hypothèse “ne peut être retenue avec certitude”. Pour faire la lumière sur les causes de l’asphyxie, et ce sujet en particulier, la juge d’instruction en charge du dossier a confié le 18 janvier dernier une expertise médicale de synthèse à quatre médecins.

Ce rapport, très attendu par la famille de la victime, devait normalement être rendu à la mi-juillet. Mais, selon une source proche de l’enquête contactée par franceinfo, le délai fixé pour le retour de ce document a été repoussé au 30 septembre à la demande des experts médicaux.

Une reconstitution des faits espérée par les proches de la victime

Dans une ordonnance datée du 18 avril, et dont Le Parisien s’était fait écho le 8 mai, la juge d’instruction en charge du dossier a indiqué envisager une reconstitution des faits, réclamée par la famille du jeune homme. Selon nos informations, celle-ci n’a pas encore été organisée.

Si elle venait à avoir lieu, cette reconstitution devrait permettre d’en savoir davantage au sujet de l’interpellation d’Adama Traoré. Trois gendarmes ont en effet pratiqué un placage ventral sur le jeune homme, ce qui aurait, selon ses proches, provoqué une compression thoracique à l’origine de son asphyxie.

“Les gendarmes en témoignent eux-mêmes, ils ont dit qu’Adama a été écrasé par le corps de trois d’entre eux”, indiquait à franceinfo en juillet 2017 Assa Traoré, sœur de la victime.

Vous imaginez 240 kilos sur le corps d’un seul homme ? Les coupables, on peut les désigner très rapidement.
Assa Traoré
à franceinfo

Cette reconstitution pourrait aussi permettre d’éclaircir l’attitude des forces de l’ordre vis-à-vis d’Adama Traoré lors du trajet jusqu’à la gendarmerie, ainsi qu’à leur arrivée au poste. Un pompier a ainsi indiqué avoir trouvé le jeune homme, qui avait fait un malaise, face contre terre en arrivant sur le site où celui-ci est mort. Une version qui contredit celle des gendarmes selon laquelle la victime avait été mise en position latérale de sécurité.

La famille adresse une lettre ouverte à Emmanuel Macron et Nicole Belloubet

Dans une lettre ouverte adressée à Emmanuel Macron et à la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, publiée par L’Obs mercredi 18 juillet, Assa Traoré réclame une nouvelle fois que toute la lumière soit faite sur la mort de son frère.

Pourquoi cette mort en France, en 2016, dans une gendarmerie ? Comment cela se peut-il ?
Assa Traoré
à L’Obs

Dans ce texte, elle fustige l’attitude des gendarmes qui “se sont arrogé le droit de livrer [son] frère à la mort, en l’étouffant, en ne le secourant pas, en le regardant mourir menottes aux poings, par terre, à leurs pieds”. Rappelant que sa famille s’est constituée partie civile dans cette affaire, elle réclame que les membres des forces de l’ordre soient “au moins entendus” par la justice.

Assa Traoré égrène ensuite une liste de questions qui restent à éclaircir : “Comment Adama a été plaqué au sol ? (…) Pourquoi Adama a été conduit à la gendarmerie plutôt qu’à l’hôpital ? Pourquoi Adama était inconscient au sortir de leur véhicule ? Pourquoi les secours l’ont trouvé au sol, menotté ? Comment est-il mort sous leurs yeux ?” Et interpelle une nouvelle fois les pouvoirs publics : “La vie d’Adama Traoré, citoyen français, ne valait pas moins qu’une autre. Sa mort mérite des réponses.”

Franceinfo

Be the first to comment

Leave a Reply

Your email address will not be published.


*