Mouhamadou Makhtar Cissé, Directeur De SENELEC : « La Période Des Délestages À Outrance Est Révolue Au Sénégal»

Mouhamadou Makhtar Cissé, Directeur De SENELEC : « La Période Des Délestages À Outrance Est Révolue Au Sénégal» 

Mouhamadou Makhtar Cissé est le Directeur général de la Société nationale d’électricité du Sénégal (Senelec). Dans cet entretien réalisé à la veille du Maouloud 2016, cet ancien enfant de troupe, qui a eu à diriger les Douanes sénégalaises avant d’être nommé ministre du Budget puis Directeur de Cabinet du Président de la République, revient sur les avancées notées dans la gestion de la boîte et des délestages. Il évoque aussi son engagement politique à Dagana.

Vous avez été nommé Directeur général de la Senelec alors qu’elle traversait une profonde crise. Qu’avez-vous fait pour stabiliser la situation ?

La mission de la Senelec est stratégique, tout ce qui tourne ayant besoin d’électricité : ménages comme entreprises. Une entreprise, ce sont des hommes, des machines et des procédures. J’ai remobilisé les hommes, en instaurant un dialogue social, permanent, franc et direct, mais basé sur l’humanisme qui caractérise notre peuple. Quelle que soit l’entreprise, quelles que soient vos capacités, la règle première est de parler à ses employés et aux hommes qui sont sous vos ordres. Il faut avoir la même approche humaniste qu’un père pour ses enfants. Laquelle est basée sur l’affection pour qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes dans le travail. Mais j’y associe aussi un peu de rigueur pour rectifier et sanctionner. Si vous remobilisez une équipe, il faut indiquer un cap, une vision. Nous avons également cette vision qui est de remettre le client au cœur de la stratégie. 2016 a été déclarée Année de la clientèle, avec une démarche de proximité. Des investissements dénommés de mises à niveau ont été consentis, pour permettre à la structure qui est obsolète, d’être à niveau, d’assurer un meilleur accueil à nos clients, une meilleure diligence dans le traitement des requêtes. Nous investissons aussi pour nous assurer d’une meilleure qualité du service. Et c’est pour cela que les gens disent qu’il y a un léger mieux. Les incidents notés aujourd’hui ne sont pas liés à un manque de production. Le Sénégal a dépassé la période des délestages à outrance. Des interruptions de service ne manquent pas et sont souvent dues à des entretiens sur le réseau. Malheureusement, la communication ne suit pas toujours. Ces incidents sont liés aux réseaux que nous partageons avec la Mauritanie et le Mali.

Les rapports entre votre prédécesseur et le syndicat-maison étaient plutôt tendus. Avec vous, sont-elles pacifiées ?

Je ne suis pas manichéen. Quand nous sommes placés à des responsabilités, nous donnons le meilleur de nous-mêmes pour avoir des résultats. Ce que je réussis à la Senelec, je le réussis en bâtissant sur un héritage. Quand vous arrivez, vous identifiez ce qui est bon, l’amplifiez et ce qui est mauvais, vous le jugulez. On espère arriver à un bon niveau de performances. Le délestage zéro n’existera jamais, mais il peut devenir une exception. Même s’il y a des améliorations : nous sommes passés de 900 heures de délestage en 2011, à 85 heures en 2014, 76 heures en 2015 et aujourd’hui, sommes, à peu près, à 66 heures en 2016. Notre ambition est d’être à moins de 50 heures l’année prochaine. Ce qui nous permettra d’approcher un niveau de performance acceptable. Nous avons la chance d’être dans un environnement un peu plus stable, mais je ne veux pas qu’on pense que c’est le baril qui explique l’embellie. Le baril permet d’avoir un meilleur coût d’exploitation, mais ne garantit pas la qualité de service. Le coût du baril ne garantit pas la qualité de service, il impacte le coût de l’exploitation et le résultat financier de Senelec. Ce qui impacte réellement la qualité du service aujourd’hui, c’est la mobilisation des hommes, des infrastructures, en train d’être rénovées progressivement, pour créer des réseaux de reprise qui font qu’il y a toujours des interruptions, mais qu’on sent moins, parce qu’on arrive à vous connecter sur une autre ligne. C’est cet effort de mise à niveau qui a été fait. L’interruption de la fourniture de l’électricité est la règle dans toutes les sociétés d’électricité du Nord ou du Sud. La différence, c’est qu’ils ont des possibilités de reprise plus nombreuses et plus rapides. Nous avons moins de lignes de secours. Nous travaillons à multiplier les lignes de service.

Après l’inauguration de la centrale solaire de Malicounda, il a été dit dans la presse que le coût global est de 10 milliards, la Senelec s’était engagée pour 17 milliards, pourquoi cette différence ?

Les contrats pour les centrales solaires, nous en avons signé une dizaine en décembre 2013, aux mêmes conditions. Nous avons réalisé les centrales de Bokhol et Malicounda, les deux premières à avoir été inaugurées aux mêmes conditions. C’est ce qu’on appelle Ipp (producteur indépendant d’énergie). Un fournisseur vient à la Senelec, dit vouloir faire une centrale de 20 Mégawatts, lui vendre l’énergie, être prêt à supporter tout l’investissement, à condition de signer un contrat garantissant que pendant 20 ans ou 25 ans, Senelec va acheter ce qu’il produira. Senelec n’investit pas.

Donc, dans tous les cas, Senelec ne peut perdre ?

Nous n’avons pas investi, donc, ne pouvons perdre. Mais, nous pouvons subir un préjudice, s’il ne produit pas la quantité voulue.

Il a même été dit que les Italiens ont berné Senelec parce que, devant installer des panneaux photovoltaïques, ils ont, à la place, mis des panneaux monocristallines ?

Donc les Italiens se sont bernés eux-mêmes, cela veut dire qu’ils ne pourront produire les 20 mégawatts souhaités. Donc, ils nous payerons une pénalité de plus.

Quelle sera l’importance des centrales sur la production d’énergie? Peut-on s’attendre à payer des factures moins chères ?

Il y a quatre, voire cinq ans, on avait des déficits de production. Ces centrales avaient déjà réglé le problème du déficit de la production, non seulement en termes de quantité, parce de 1960 à 2012, le Sénégal avait à peu près 570 mégawatts et de 2012 à maintenant, nous avons déjà 210 mégawatts. Demain, avec le gaz et les productions d’énergies renouvelables, nous nous positionnerons sur le marché. Ces centrales nous permettent de régler le coût de la production. Cela a un coût, parce que ce sont des investissements. Nous achetons l’énergie et le coût de l’investissement est calculé dans le prix de l’énergie. Mais aussi, ces centrales améliorent la qualité de l’énergie, parce que nous sommes en train de sortir de la tyrannie du thermique, d’avoir un mix énergétique renouvelable. Nous avions 0% de renouvelable en 2012. Aujourd’hui en 2017, on aura 20% de renouvelable. C’est exceptionnel ! En 2018, nous aurons 30% de renouvelable, parce qu’en plus du solaire, nous allons avoir 50 mégawatts, à côté de Tivaouane, à Taïba Ndiaye, avec l’énergie éolienne. C’est un projet qui a débuté. 30%, c’est la norme dans les pays développés, comme en Allemagne, aux États-Unis. Et même le Maroc qui a un important programme énergétique, une des centrales déclarée la plus grande du monde, ambitionne d’avoir 30% d’énergie renouvelable d’ici à 2020.

La soutenabilité de nos politiques énergétiques ne doit pas être seulement financière. L’économie du secteur est fondamentale. Il faut une acceptabilité sociale, environnementale, d’un point de vue que les populations puissent accepter. Nos engagements, nos actes, nous devons les adosser à leurs impacts sur les générations futures.

Ce sont des coûts différents, dont certains ne dépendent pas de nous. C’est le pétrole, le thermique. L’énergie est moins chère avec le charbon, le vent, l’éolien. Le mix vous donne un coût de production moins élevé. Et donc, vous permet d’avoir un prix de vente moins cher. C’est ça l’objectif, mais nous ne voulons pas nous inscrire dans une baisse conjoncturelle. C’est pour cela que nous y réfléchissons avec le président de la République qui nous a déjà instruits. Il nous a dit souhaiter une baisse : un objectif inscrit dans le Pse à l’horizon 2035, de diviser la facture des ménages par deux. Mais le premier défi du Pse auquel nous contribuons à relever, c’est d’abord l’accès. Parce que vous conviendrez avec moi qui si on garantit aux Sénégalais un accès à une électricité de qualité, même au prix actuel, ils dirons oui. Maintenant, s’ils ont une baisse, c’est mieux, parce que le prix continue à être une contrainte pour les entreprises, surtout pour l’économie. On veut passer du combat de la disponibilité de l’énergie, pour gagner celui de la compétitivité du prix de vente de l’électricité. Et il faut que ça soit un avantage pour l’industriel sénégalais, mais surtout, pour les investisseurs qui s’installent au Sénégal. Donc, nous y travaillons. Les gens applaudiront pour une baisse de 2%, mais n’accepteront pas que le baril baisse et qu’on ne baisse pas. Si on doit suivre le cours du baril, on passera notre temps à baisser et augmenter encore et encore. Et cela n’est pas possible, car socialement ingérable, politiquement inacceptable et donc, techniquement pas faisable. Nous travaillons sur une baisse structurelle, planifions, avec le gaz prévu en 2020, 2022. En attendant, nous avons un mix avec le thermique, le solaire et l’éolien. Progressivement, d’ici à 2017, nous commencerons à enclencher une baisse, laquelle sera progressive, continuelle, une baisse que je dirai structurelle. Déjà, il y a un élément de baisse que vous ne soulignez pas assez : Senelec ne reçoit plus de subvention de l’Etat. Parce qu’on l’estime assez compétitive pour s’en passer. C’était 62 milliards FCfa en 2014, zéro franc en 2015 et 2016 et ce sera encore le cas dans le budget que nous voterons dans une semaine : zéro franc en 2017. Nous utilisons la conjoncture pour mieux gérer.

Avez-vous des ambitions politiques ou comptez-vous adhérez à l’Alliance pour la République (Apr) ?

Mon champ politique, c’est le Sénégal : fournir de l’électricité aux Sénégalais, voyez-vous une politique plus importante. Y a-t-il plus important que régler le problème de l’énergie. Le président de la République a dit, à Bokhol- j’étais son directeur de cabinet- que Senelec est un mal beaucoup plus stratégique. C’est fondamentalement vrai, je ne peux le contredire. Nous sommes tous des citoyens libres et ce sont des citoyens qui font la politique. Si Makhtar Cissé décide de faire de la politique, il le fera volontairement, en toute liberté. Moi, ma politique c’est Senelec. On ne peut ne pas remercier le président de la République. On ne peut pas occuper une position publique, diriger une entreprise publique et ne pas vulgariser les efforts faits par le président de la République dans ce secteur pour satisfaire les Sénégalais qui l’ont élu.

N’êtes-vous pas tenté de détrôner Oumar Sarr à Dagana ?

J’aime Dagana par-dessus tout, c’est ma ville de naissance, le tombeau de mes parents. Dagana, c’est ma chair, mon sang. Les actes divinatoires sont proscrits par l’Islam, on est en période de Gamou.  La politique, c’est la vie, aucun homme n’est immortel, aucun politique éternel. Donc le mouvement se fera naturellement, les hommes passeront, les communautés resteront, tout comme les villes, la vie continue. Immanquablement !

MAKHALY NDIACK NDOYE

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