Multiplications des meurtres – Les séries macabres made in Sénégal

meurtre-assassinatCinq homicides volontaires en 15 jours, le décompte est macabre et inquiète. Au Sénégal, il est devenu très facile, trop facile même de tuer. Certains se croiraient peut-être en Play station. Le nombre de meurtres ne se comptent plus. Chaque citoyen est devenu une potentielle victime. Et il n’est pas besoin d’avoir les experts de Miami, car les meurtriers sont presque sans mobile. Pour un oui ou un non, on peut facilement rejoindre l’autre monde, victime d’une cruauté quasi-gratuite. 

La criminalité a-t-elle élu domicile dans la société sénégalaise ? Il n’est certainement pas exagéré de se poser des questions sur ce phénomène. Non seulement les cas d’agression, de cambriolage et de violence se multiplient, mais aussi et surtout des meurtres en série sont notés, depuis quelque temps. Le dernier en date est celui de Ndiaga Fall, plus connu sous le nom de ‘’Baye Fall’’, tué devant les locaux de Walfadjri. Cet assassinat (puisqu’il s’agit d’un acte prémédité) de Baye Fall a eu lieu, moins de 48 heures après le meurtre d’un taximan à Louga.

Papa Ndiaye a été poignardé par des individus. Il a perdu beaucoup de sang. Et malgré l’intervention des sapeurs-pompiers qui l’ont évacué à l’hôpital régional Amadou Sakhir Mbaye, cet homme d’une quarantaine d’années a succombé à ses blessures. Alors que sa famille avance la thèse d’un cambriolage qui a fini dans le sang, les sources policières ont indiqué à la presse qu’il s’agirait plutôt d’un règlement de comptes. Puisque la victime avait reçu quelques coups de fils de ses bourreaux et a été, à deux reprises, dissuadée par sa femme de sortir, intriguée par des appels nocturnes. Que finalement,  c’est ‘’le bruit d’un moteur en marche provenant de son taxi stationné devant le domicile qui l’a finalement contraint à sortir’’. Il se fera tuer par la suite.

La semaine d’avant, précisément le mercredi 12 août, c’est Yoff qui a été sous les projecteurs, à cause d’un couple sénégalo-espagnol. Manuel Sanchez a abattu son épouse  Fama Diop d’une balle de pistolet dans la tête, avant de se donner la mort. Là aussi, plusieurs thèses sont avancées, notamment, la jalousie. Ce qui est sûr, c’est que le couple, à défaut d’être parti avec tous ses secrets, a au moins emporté une bonne partie.

Deux jours avant, le nommé Moustapha Ngom s’est illustré de la plus macabre des manières. Cet individu s’est introduit dans un daara à Thiès. En l’absence du maître des lieux, il s’est acharné sur trois pauvres talibés. Le  petit Pape Ndiaye devait sans doute être sa cible principale. Il a été retrouvé mort, le lendemain. Sa famille affirme que son meurtrier lui a assené 47 coups de couteau. La presse affirme d’ailleurs qu’il a été égorgé. Les deux autres, Médoune Lô et Djiby Kassé, sont plus chanceux, mais ils s’en sont tirés ‘’éventrés’’. Au total, c’est cinq meurtres en quinze jours. Et le décompte macabre se poursuit.

Absence de mobile compréhensible

En janvier dernier, la dame Rama Ndiaye, âgée de près de 80 ans, a été poignardée par son petit-fils au quartier Pikine Sor Daga de Saint-Louis. A l’origine du drame, une dispute familiale. L’étudiant Saer Boye a été tué devant le restaurant Central du Coud pour une affaire de respect ou non du rang. Son sort d’ailleurs diffère diamétralement de celui de Bassirou Faye, puisque personne ne réclame justice pour lui. En 2013, Amadou Sékou Diallo a été tué par Ismaïla Bâ au marché Grand Yoff. A l’origine du drame, 50 F Cfa. Une dame avait acheté du poivre chez Ismaïla, elle s’est fait trancher ses oignons par Amadou Diallo dont c’est l’activité au marché. Elle a donné 200 F à Ismaïla pour qu’il remette les 150 F à Amadou. Mais ce dernier a estimé que son service valait 200 F. Une altercation s’en est suivie et Ismaïla a poignardé son vis-à-vis pour aller se coucher ensuite chez lui, où il a été cueilli.

D’autres crimes sont encore frais dans les mémoires. Bineta Mané a perdu la vie aux Hlm 5 pour avoir tenu tête à ceux qui voulaient la violer. Rokhaya Diallo tuée à l’unité 9 des Parcelles Assainies. À Saly, en 2010, Ibrahima Diallo a ôté la vie à sa maîtresse Rosina qui la logeait. Le tort de cette dernière : avoir expulsé Ibrahima au profit de  son rival. Quant à Fama Niane, son nom est resté gravé dans la mémoire collective. La liste est loin d’être exhaustive. Il ne se passe presque pas deux à trois jours, sans que l’on entende parler de meurtre.

Le plus inquiétant dans tout cela, ce sont les mobiles et les circonstances des crimes. Une bonne partie relève presque de l’assassinat, en plus d’avoir une cause à la limite insignifiante. A Walf, il s’est agi,  dans un premier temps, d’une provocation gratuite. Ensuite il y a eu des menaces, puis l’exécution des menaces quelques jours après. A Grand Yoff, c’est pour une modique somme de 50 F. A Saly, pour une histoire de délogement. Les cas du taximan, du couple sénégalo-espagnol ainsi que d’autres comme le boulanger de Keur Massar et le daara de Thiès restent à élucider. Mais à première vue, il n’y a aucun motif qui pourrait être jugé assez solide pour justifier un de ces meurtres. A la limite, chacun peut se faire tuer à tout moment et n’importe où. Face à cette situation, ils sont nombreux les citoyens qui, sur la toile, ont plaidé en faveur de la peine de mort. Le débat est encore relancé.

Enquête

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