Muriel Berset Kohen, ambassadeur de la Suisse au Sénégal : «Si on veut créer des ressources, des emplois, de la valeur ajoutée, il ne faut pas exporte…

Muriel Berset Kohen, ambassadeur de la Suisse au SénégalChaque année, les Amis de la Francophonie organisent une journée de réflexion le 11 décembre autour des questions sociales, politiques et économiques. Cette année, la réflexion va porter sur les questions stratégiques comme la gestion des mines, des terres arables, les industries forestières.

Son excellence, vous organisez le Forum des amis de la Francophonie. Quel est le sens de cette manifestation ?
Le groupe des amis de la Francophonie existe depuis 2008. Il a été créé par un de mes prédécesseurs. Il a été présidé  respectivement par la Roumanie, le Canada, la Suisse et présentement par la République démocratique du Congo. Car, le dernier sommet a été organisé à Kinshasa. La Suisse assure la Vice-présidence de ce club comme le Canada et la Roumanie. Cette année, la Suisse préside la commission d’organisation de cette conférence qui aura lieu le 11 décembre.

Quel est l’objectif des Amis de la Francophonie ?
L’objectif de la conférence des Amis de la Francophonie est de soutenir le Sénégal dans la réalisation des objectifs de la Francophonie.  En fait, le groupe réunit les pays membres de la Francophonie qui sont représentés à Dakar et les organisations de la Francophonie qui sont présentes à Dakar comme la Confe­men, l’Auf (Agence universitaire de la Francophonie) et la Confejes. Nous nous réunissions régulièrement avec les autorités sénégalaises compétentes puisque nous travaillons étroitement avec elles.

Vous organisez une journée de réflexion ce 11 décembre autour du thème Quelle afrique pour les jeunes. Dans quel cadre se tient cette journée ?
Nous organisons cette journée à l’Ucad 2. Je rappelle que cette manifestation est ouverte à tout le monde. Notre premier public est les jeunes. C’est pourquoi, nous l’organisons à l’université où nous bénéficions de l’appui constant du rectorat. Notre objectif est de contribuer à développer des connaissances et la conscience citoyenne des jeunes Sénégalais. Nous allons associer tout le public intéressé puisqu’il y a au Sénégal un riche tissu associatif et des mouvements citoyens très actifs.

Tout le monde sait que la Francophonie est davantage une organisation culturelle. Pourquoi cette fois-ci débattez-vous sur des questions aussi sensibles comme les mines, les terres arables ?
Nous avons des activités culturelles au mois de mars de chaque année autour de la journée mondiale de la Francophonie célébrée chaque 20 mars. Nous faisons la quinzaine de la Francophonie avec des manifestations culturelles et sportives. En décembre, par contre, depuis 3 ans, nous organisons des journées de réflexion sur des thématiques plus sociales, politiques, économiques. En 2011, nous avions organisé des discussions sur la diversité des démocraties. C’était à la veille des élections au Sénégal. En 2012, nous avions tenu des journées de réflexion sur la participation des femmes en politique. C’était juste après l’introduction de la loi sur la parité et les élections législatives. Cette année, notre thématique est de savoir comment mieux développer les ressources naturelles du continent. Cette fois-ci, c’est un sujet plus africain au sens large du terme. Parce que nous avons des ressources naturelles sur ce continent qui dispose d’une richesse extraordinaire sur son sol et son sous-sol. C’est un thème d’une grande actualité. Nous avons constaté qu’il y a de plus en plus de mobilisation citoyenne autour de ces questions. Les gens s’interrogent : nous avons un pays riche, nous avons des mines, nous avons une nature très riche, pourquoi les citoyens ne bénéficient pas de ces richesses ? Pour­quoi nous ne connaissons pas de développement alors que nous avons tant de richesses ? Donc le groupe des Amis de la Francophonie a voulu participer à la réflexion autour de ces questions. Puisque nous avons la chance d’être des pays francophones, africains ou d’ailleurs, nous pouvons  amener à Dakar des professionnels et des experts pour pouvoir en débattre. Cela nous permettra de contribuer à ce que les Sénégalais se forment leur propre opinion sur ces questions.

Concrètement, qu’attendez-vous de ces journées ?
On va parler de la transformation des ressources naturelles sur place. Si on veut créer des ressources, des emplois, de la valeur ajoutée, il ne faut pas exporter les matières brutes. Il faut les transformer sur place. Pour pouvoir le faire, il faut investir sur la formation professionnelle, sur les infrastructures. Nous allons aussi parler des ressources minières : comment les gérer mieux, quelles sont les responsabilités sociales et environnementales des entreprises minières, le code minier. Que contiennent ce code et les accords qui lient les Etats et les entreprises minières ? Les citoyens ont le droit de le savoir et de bénéficier des retombées financières. Nous allons écouter toutes les expériences et notamment  la Guinée, un grand pays extrêmement riche en minerais, va partager avec nous son  expérience. Le Canada qui a des entreprises minières. Enfin, nous allons parler du foncier, question  très actuelle au Sénégal. Parce que ce continent est riche en terres arables : comment les faire fructifier sans les brader pour que la population puisse en bénéficier ?  Il est souvent plus facile de dénoncer mais il est plus difficile d’avoir des discussions constructives et qui recherchent des solutions. Au-delà d’aider à la formation des consciences citoyennes sur les jeunes, nous voulons leur montrer qu’il est possible de les orienter vers la recherche de solutions. Il est important que leur conscience soit formé parce qu’ils seront les acteurs de développement et les dirigeants de demain. C’est une contribution certes modeste mais si les  Amis de la Francophonie arrivent à apporter leur contribution grâce à leur diversité, nous en serons heureux.

Vous n’avez pas remarqué que les pays francophones sont à la traîne contrairement aux pays anglo-saxons. Ces expériences pourraient-t-ils pousser ces pays à avoir plus de conscience ?
Nous essayons d’amener des experts  qui puissent apporter des expériences positives. Un exemple : nous allons parler de l’industrie forestière au Gabon qui a justement un programme qui vise ne plus exporter du bois brut mais de le traiter   sur place. Cela permettra de créer de la valeur ajoutée. C’est une belle expérience à partager. Certains pays riches en ressources minières sont en train de revoir leur code minier. Comment procèdent-ils ? Quelles sont les dispositions ? Il y a évidemment les mauvaises pratiques à dénoncer mais il faut insister sur les belles initiatives qui doivent nous inspirer. Ce forum doit nous permettre de partager ce que nous avons réussi de bien de manière à ce que cela soit utile à tout le monde.

Durant la conférence, il est certain qu’il y aura de belles propositions qui seront sorties. Y aura-t-il des mécanismes d’application ?
Il appartient aux Etats, aux parlements nationaux de mettre en place des dispositions  et de jouer un rôle actif pour leur réalisation. Il appartient aussi aux citoyens de surveiller les gouvernants. Nous apportons une contribution en termes de réflexions et de prise de conscience. Nous ne sommes pas un acteur national politique. Ce travail appartient aux citoyens et aux élus. Il faut en outre savoir que ce forum est aussi une contribution en prélude au Sommet de la Francophonie de novembre 2014. Parce que le thème de ce sommet est très proche de celui des Amis de la Francophonie : «Jeunes et femmes, vecteurs de paix et acteurs de développement». L’Afrique est un continent jeune, ce qui est une richesse et un défi évidemment ! Les femmes sont aussi des actrices de développement et de survie dans plusieurs zones. Le sommet de Dakar nous permettra de mettre davantage en lumière ces dimensions. Le but, je suis d’accord avec vous, ce n’est pas juste de parler. Mais, il faut que cela soit suivi d’actes. Cela appartient aux citoyens et aux élus et à tous les acteurs du développement de les concrétiser.

Après cette journée de réflexion, peut-on s’attendre à d’autres rendez-vous  de ce type à quelques encablures de ce sommet ?
Certainement ! Chaque 20 mars, les Amis de la Francophonie organisent une série de manifestations culturelles, sportives et pédagogiques.  Le groupe des Amis de la francophonie sera l’un des acteurs qui organisera des manifestations autour du  sommet. Durant ce sommet qui verra la présence de beaucoup de chefs d’Etat, de chefs de gouvernement et d’autres délégations, nous essaierons d’avoir une contribution active. Nous Suisses, avons par exemple, partagé avec le Sénégal nos expériences d’organisation de sommets. La contribution des Amis de la Francophonie peut-être double : elle peut être celle du groupe en tant que tel et aussi celle des membres. Nous sommes très heureux que le sommet ait lieu à Dakar. C’est entièrement justifié et mérité parce que le Sénégal est l’un des pays phares de la Francophonie. C’est une belle occasion pour montrer que le Sénégal est l’un des pays qui a beaucoup à offrir. C’est une occasion exceptionnelle pour le Sénégal.

Depuis votre arrivée au Sénégal, on a constaté que la Suisse est devenue plus visible ?
Je suis  dans mon rôle de faire rayonner la coopération entre le Sénégal et la Suisse. La présidence du groupe des Amis de la Francophonie que j’assurais a contribué à cette visibilité. J’ai essayé de donner de la visibilité aux activités de la Franco­phonie. Notre groupe est devenu très dynamique. On organise ensemble les manifestations, les financements sont collectifs, chacun y met du sien. On a mis en place un système qui fait que ceux qui ont plus d’argent soutiennent plus que les autres qui ont d’autres richesses à partager. Cela a permis de dynamiser ce groupe.  C’est très réjouissant qu’on ait toujours cet esprit collectif.

bsakho@lequotidien.sn et mgueye@lequotidien.sn)

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