Nadal, Federer et tant de favoris éliminés : pourquoi Wimbledon perd ses têtes ?

Serena Williams éliminée de Wimbledon le 1er juillet 2013Un rapide coup d’oeil sur le tableau des quarts de finale de Wimbledon suffit pour constater l’hécatombe. Il manque cinq des dix premières têtes de série dans le tableau masculin.

Et chez les dames, c’est pire. Sept têtes de série ont déjà été éliminées, notamment les trois premières – Serena Williams, Azarenka et Sharapova.

La principale explication est physique : après six mois de matches intensifs, le corps lâche. Mais les raisons du carnage sont multiples.

1 Le gazon, cette surface propice aux surprises

Avec le gazon, les matchs s’équilibrent. Le service devient une arme majeure et le relanceur a moins de chances qu’ailleurs de se distinguer. Demandez donc à Richard Gasquet.

Lors de son troisième tour contre Tomic, le Biterrois a marqué plus de points gagnants que son adversaire, plus de points tout court même. Mais l’Australien s’est imposé en quatre sets (7-6, 5-7, 7-5, 7-6). La raison ? Tomic s’est montré plus tranchant au service et dans les points décisifs. Gasquet n’a été breaké qu’une fois mais n’a rien pu faire sur le jeu de son adversaire.

La cinquième joueuse mondiale Sara Errani en a aussi fait les frais : avec son service qui dépasse rarement les 170 km/h, elle perd souvent son engagement, quelle que soit la surface. A Wimbledon, elle est coincée puisque difficilement capable de prendre le service adverse. Défaite au premier tour contre la 65e mondiale Monica Puig : 6-3, 6-2.

Sur le gazon, les joueurs usant du service-volée sont redoutables. Pas étonnant qu’un des seuls Français à être allé loin soit un attaquant inconnu, Kenny de Schepper, 80e mondial.

2 Et si l’herbe était plus verte avant ?

Cette année, le gazon réserve encore plus de surprises que d’habitude. Beaucoup de joueurs ont critiqué l’état de la surface comme Benoît Paire ou encore Maria Sharapova, avec une petite dose de mauvaise foi après leur défaite. La Russe :
« Cette année, il y a eu tellement de pluie que l’herbe a été touchée et à mesure que le tournoi se poursuit, il s’use et devient plus mince et plus sec. »

La pluie fine inhabituelle du début de la quinzaine a abîmé le gazon. Tony Smith, le jardinier le plus connu d’Angleterre, explique que Londres a connu son plus mauvais printemps depuis cinquante ans, et que le gazon est en retard d’un mois : il est moins sec et facilite les glissades.

Avec les Jeux olympiques, le retard s’est accumulé : la période pour replanter le gazon a été décalée de quatre semaines. Ajoutons à cela que le jardinier responsable en chef des terrains est un novice : Neil Stubley n’était qu’assistant lors des Wimbledon précédents.

Marion Bartoli, toujours en course, explique :

« C’est vrai que je sens que le gazon est différent cette année. Il est coupé très haut, ça fait une espèce de matelas et vous vous enfoncez dedans, ça ralentit pas mal les choses. Après, il y a des endroits où il n’y a plus de gazon du tout donc là, vous glissez sur une espèce de terre. »
Lors de son deuxième tour, Gregor Dimitrov a carrément refusé de servir pour une balle de match contre lui, estimant que le court était trop glissant. Après avoir fait venir le superviseur, il a dû continuer le match. Et s’incliner en cinq sets.

3 Le cas Federer : une star vieillissante contre un attaquant

Cela faisait 36 tournois que Federer n’avait pas perdu avant les huitièmes de finale du Grand Chelem. Et depuis 2005, il n’avait jamais été éliminé par un joueur classé en dehors du top 100.

Comment Federer a-t-il pu être sorti dès le deuxième tour ? Après une année compliquée et une élimination sans saveur contre Tsonga, la question du crépuscule du Suisse de presque 32 ans commence à se poser.

Surtout, il est tombé sur un adversaire qui a joué le match de sa vie. L’Ukrainien Sergiy Stakhovsky, jusque là, n’était connu que pour avoir pris en photo, en plein match, une balle qu’il jugeait faute contre Richard Gasquet lors du dernier Roland.

Comme Lisicki contre Serena Williams, l’Ukrainien a réussi un match remarquable, en service-volée, cette manière de jouer qui marche si bien sur le gazon et manque tant au spectacle des matches sur les autres surfaces.

Dans le deuxième set, le septuple vainqueur de Wimbledon n’a fait qu’une seule faute. Et pourtant, il a été balayé par les volées de son adversaire.

4 L’usure physique

Rafael Nadal à Wimbledon le 26 juin 2013Il ne l’avouera jamais mais Rafael Nadal a joué son match contre Steve Darcis en étant blessé. Pendant toute la rencontre, l’Espagnol n’a pas tapé ses coups à fond, a peiné à se replacer et à courir, il n’a pas servi à 100%.

A Wimbledon, où tout se joue à pas grand-chose, impossible de tricher : victoire en 3 sets pour Darcis (7-6, 7-6, 6-4). Ironie du sort : le Belge s’est blessé à l’épaule et a dû déclarer forfait avant le deuxième tour.

Rafael Nadal à Wimbledon le 26 juin 2013 (Ben Stansall/AFP)

Cette saison, les grands joueurs se sont moins blessés que les années précédentes. Aucun tennisman majeur n’a manqué de tournoi du Grand Chelem, hormis Del Potro et Murray absents de Roland-Garros. Comme par hasard, ces deux-là sont encore en lice tandis que leurs concurrents sont arrivés épuisés à Londres.

Le gazon est plus traumatisant pour les articulations, notamment pour les joueurs habitués aux glissades comme Nadal. Le rebond étant plus court et la balle plus fusante, les jambes sont soumises à rude épreuve. Chaque coup pour relever la balle est une douleur pour un joueur usé par la longue saison déjà passée.

Pluie de forfaits et de corps cassés cette quinzaine, à cause du genou (Cilic, Nadal, Tsonga, Isner, Azarenka) ou la cuisse (Pella, Stepanek, Llodra). Au final, 13 abandons, record battu pour Wimbledon.

Dans l’Equipe de samedi, on apprend que tous les joueurs blessés au genou à Wimbledon mesuraient plus d’1,85 m. Les grands sont plus fragiles des genoux.

Pour finir, une statistique étonnante : chaque coupeur de tête de série s’est incliné le tour suivant son exploit. Darcis (forfait), Stakhovsky (défaite en quatre sets contre Melzer), Gulbis (défaite en trois sets contre Verdasco après avoir battu Tsonga par abandon), Larcher de Brito (défaite en deux sets contre Knapp).

Seule Sabine Lisicki, la tombeuse de Serena Williams, a fait exception en se qualifiant pour les demi-finales.

5 L’amour déconcentre

C’est l’argument le plus drôle que l’on a trouvé pour expliquer les éliminations-surprises. Entre Benoît Paire, qui batifole avec sa petite amie quelques minutes avant le match l’opposant contre Kubot perdu en trois sets face 130e mondial – « Je n’ai qu’une envie, c’est prendre des vacances » – et l’explication de la défaite de Maria Sharapova de l’ancienne joueuse britannique Annabel Croft au Telegraph :
« Je pense que l’amour l’a adoucie mais que ça la distrait sur le court. »

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