NAUFRAGE DU JOOLA Le marathon judiciaire se poursuit toujours en France

AN ONZE DU NAUFRAGE DU JOOLA

Le Sénégal a commémoré dans la sobriété l’an 11 du naufrage du bateau le Joola hier, jeudi 26 septembre 2013. Onze ans après, le peuple se souvient du plus grand drame humain de l’histoire de la navigation maritime, en vue d’en «tirer les leçons» avec la matérialisation du «plus jamais ça !», «tolérance zéro» décrété (verbalement par les autorités) pour qu’enfin le Joola change nos comportements de tous les jours.

AN ONZE DU NAUFRAGE DU JOOLA
AN ONZE DU NAUFRAGE DU JOOLA

Pendant ce temps, sept (7) dignitaires sénégalais qui avaient alors une responsabilité dans la gestion du bateau au moment de la catastrophe font encore l’objet de poursuites judiciaires en France. Selon le quotidien «Walfadjri», dans sa livraison d’hier, les deux juges d’instruction du Tribunal de grande instance d’Evry en charge du dossier vont livrer leur décision en octobre prochain. Il s’agira de dire si l’affaire mérite d’être jugé par les tribunaux français ou non. Le cas échéant, les familles des victimes qui «attendent de pied ferme la décision», vont se pourvoir en cassation. Quelque soit le verdict, on s’achemine vers un nouveau rebondissement dans le dossier.

Suite à une plainte des familles des 22 victimes françaises du Joola, une information judiciaire pour homicide involontaire et non assistance à personnes en péril est ouverte à Evry le 1er avril 2003. Un mandat d’arrêt international a été lancé contre 9 personnalités civiles et militaires sénégalaises supposées avoir une responsabilité dans la catastrophe, dont l’ancien Premier ministre Mame Madior Boye et le ministre des forces armées d’alors, Youba Sambou.

Seulement, la chambre criminelle de la Cour de Cassation avait fini par annuler définitivement les mandats d’arrêt internationaux lancés contre Mme Mame Madior Boye, et Youba Sambou qui ont obtenu un non-lieu au cours de l’été 2011. Cependant, si ces deux (2) autorités sont désormais libres de tout mouvement, sept (7) autres  dignitaires civils et militaires sénégalais sont encore sous le coup de la mesure. C’est dans ce cadre que Gomis Diédhiou en partance pour le Portugal avait été interpellé en octobre 2010 à Paris où il était en escale. Il sera mis en examen et placé sous contrôle judiciaire.
Alors que les proches des 22 victimes françaises attendent toujours une réponse de la justice pour mettre fin à leur marathon procédural et faire «leur deuil», des centaines de familles des victimes Sénégalaises elles, refusent encore de faire le «deuil» de leurs morts souhaitant au préalable le renflouement du bateau. Ces dernières, tout comme celle françaises qui ont refusé les 10 millions de l’Etat au titre d’indemnisation (environ 500 autres attendent encore de voir la couleur de ces sous, sources de dislocation de nombreuses familles bénéficiaires), continuent de réclamer justice.

Le dossier judiciaire classé au Sénégal
Les familles espèrent une réouverture du dossier le Joola, même s’il a été classé par la justice sénégalaise au motif que le capitaine du bateau, principal responsable aux yeux de l’Etat a péri dans le naufrage. Pourtant, en son temps, le chef de l’Etat, face à la furie des populations qui ont pris d’assaut les grilles du palais avait clairement souligné que la catastrophe était due à la négligence et assuré que des enquêtes seront ouvertes pour situer les responsabilités, et les responsables punies.

Et l’enquête commanditée par le gouvernement avait conclu à «l’accumulation» de plusieurs fautes inhérentes aux hommes : le Joola qui naviguait à l’aide d’un seul moteur était surchargé et ne respectait aucune norme de sécurité. Ce qui a constitué des facteurs aggravants du naufrage, provoqué par le mauvais temps, de fortes pluies et des rafales de vent, précise la source.

Le ferry sénégalais qui assurait la liaison maritime Dakar-Ziguinchor, en Casamane, une région en proie à plus de 30 ans de conflit armé avait coulé au large de la Gambie, le 26 septembre 2002, faisant officiellement 1863 victimes (là où les associations des familles de victimes parlent de 2133 morts et disparus) de 13 nationalités différentes. Or sa capacité d’embarquement était limitée à 536 passagers et 44 hommes d’équipage. Les secours n’ayant été déclenchés que très tardivement, le lendemain matin vers 7h, 64 personnes seulement ont survécu et quelque 500 corps ont pu être récupérés et inhumés.

En attendant une appropriation nationale de la tragédie du Joola de la part de l’Etat, des populations, bref de tous, pour éviter que pareil incident ne se reproduise, l’on peut se contenter des mesures… verbales des autorités aux allures de refrain du genre «plus jamais ça !», «tolérance zéro» après chaque catastrophe.

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