Ingérence russe: que risque Trump après l’inculpation de Flynn?

L’inculpation d’un ancien membre de son administration constitue un fâcheux rebondissement pour Trump. Cependant, une procédure de destitution est loin d’être envisageable.

L’affaire russe a connu vendredi un spectaculaire rebondissement avec l’inculpation de Michael Flynn. L’ancien conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump a reconnu avoir menti au FBI et accepté de coopérer avec la justice. L’enquête du procureur spécial Robert Mueller sur l’ingérence de la Russie dans la présidentielle de 2016 prend dès lors une tournure de plus en plus menaçante pour le 45e président des États-Unis.

Qu’est ce qui est reproché à Flynn?

Michael Flynn a plaidé coupable devant un juge fédéral à Washington, d’avoir notamment fait de fausses déclarations aux enquêteurs sur ses conversations avec l’ambassadeur de Russie, Sergueï Kisliak. “Les actions que j’ai admises aujourd’hui devant le tribunal constituent une grave erreur”, a-t-il écrit dans un communiqué. “J’accepte l’entière responsabilité de mes actions.”

Donald Trump englué dans le Russiagate

Englué dans l’enquête sur les liens troubles entre la Russie et des membres de son équipe de campagne, le président américain semble attendre son heure pour riposter.

Pour Donald Trump, élu président des Etats-Unis le 8 novembre 2016, il y a tout juste un an, est-ce déjà le début de la fin? Ou assistons-nous, plutôt, à la fin du début? Alors que les institutions et le fonctionnement de la démocratie américaine sont mis à l’épreuve par les foucades et la politique imprévisible de ce curieux chef de l’exécutif, le mal sera-t-il durable? Ou cette présidence sera-t-elle décrite, dans les années à venir, comme une parenthèse aberrante dans l’histoire du pays?

La réaction invraisemblable de Trump après l’attentat de New York, le 31 octobre -une sous-estimation de l’attaque, suivie d’une avalanche de tweets vengeurs-, a désemparé tous les commentateurs. La tournée asiatique qui a été ensuite entamée (une douzaine de jours de voyage officiel) a fini de convaincre que le destin de cet homme restera décidément imprévisible.

 Soupçons d’actes criminels

Les événements de ces dernières semaines, en tout cas, marquent un changement de paradigme. Car l’enquête sur le rôle de la Russie dans la campagne présidentielle de 2016 se précise. Certes, ni le nom de Trump, ni les termes de “collusion avec la Russie” ne figurent dans l’acte d’accusation, long de 31 pages, remis le 30 octobre dernier à l’ex-directeur de campagne du candidat à la présidentielle, Paul Manafort, et à son associé, Richard Gates.

Paul Manafort (derrière Ivanka Trump), ex-directeur de campagne du président américain, aurait blanchi des dizaines de millions de dollars versés par des proches du Kremlin entre 2006 et 2015.

Paul Manafort (derrière Ivanka Trump), ex-directeur de campagne du président américain, aurait blanchi des dizaines de millions de dollars versés par des proches du Kremlin entre 2006 et 2015.

REUTERS/Rick Wilking

Proches de Trump, l’un et l’autre sont désormais inculpés de conspiration et de blanchiment d’argent, ainsi que de fraude bancaire et de faux témoignage, parmi 12 chefs d’accusation, entre 2006 et 2015, ils auraient blanchi plusieurs dizaines de millions de dollars versés par des proches du Kremlin, tel l’ancien président de l’Ukraine, Viktor Ianoukovytch. Les faits, antérieurs à 2016, ne semblent pas impliquer Donald Trump ou les membres de son clan. Mais cet épisode judiciaire marque un tournant. Car il clôt une longue période de rumeurs et de sous-entendus.

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Depuis que le procureur spécial Robert Mueller a été chargé, il y a cinq mois, de l’enquête sur le rôle de la Russie dans la campagne électorale de 2016, journalistes et politiques ne disposaient d’aucune information solide: seules des sources anonymes livraient des informations parcellaires. Ce n’est plus le cas. Désormais, des allégations précises, sourcées et datées, alimentent les soupçons d’actes criminels.

Trump bientôt rattrapé par la justice?

Et ce président qui ne cesse de dénoncer les “fausses informations” de “médias menteurs” court le risque d’être rattrapé par la réalité judiciaire: le nom de Michael Flynn, ancien conseiller à la sécurité nationale, pourrait rejoindre la liste des inculpés, comme ceux de Donald Trump Junior, le fils héritier, et de Jared Kushner, gendre du président.

Manifestation de soutien à Robert Mueller, le 31 octobre, en Californie.Le procureur spécial enquête sur le rôle de la Russie dans la campagne électorale de 2016.

Manifestation de soutien à Robert Mueller, le 31 octobre, en Californie.Le procureur spécial enquête sur le rôle de la Russie dans la campagne électorale de 2016.

REUTERS/Mike Blake

La menace est d’autant plus réelle que Mueller commence tout juste ses recherches et jouit d’une réputation impeccable: républicain de la vieille école, il avait été nommé par George W. Bush à la tête du FBI, puis maintenu par Obama. Un jour ou l’autre, le président pourrait bien le limoger -il s’est débarrassé de son prédécesseur, James Comey, pour les mêmes raisons, en mai dernier. Conscient, peut-être, de l’image désastreuse qu’une telle manoeuvre donnerait de sa présidence, il semble résister à la tentation. Pour l’instant.

Pourquoi Trump met la pression sur son ministre de la Justice

Son directeur de la communication a confirmé que Donald Trump souhaitait le départ du ministre de la Justice. Il lui reproche son inutilité face aux enquêtes.

Le ministre de la Justice des Etats-Unis, Jeff Sessions, le 9 février 2017n avec le président américain Donald Trumpn à la Maison Blanche, à Washington.

afp.com/SAUL LOEB

Son directeur de la communication a confirmé que Donald Trump souhaitait le départ du ministre de la Justice. Il lui reproche son inutilité face aux enquêtes.

L’humiliation de Jeff Sessions, le ministre de la Justice de Donald Trump par le président lui-même au petit matin ce mardi ne doit rien au hasard. Il aurait clairement l’intention de se séparer de Jeff Sessions.

Trump est devenue aussi impopulaire que George W. Bush

 Son directeur de la communication l’a admis à demi-mots ce mardi. “J’ai beaucoup de respect pour le ministre de la Justice, mais je connais vraiment bien le président, et il y ce niveau de tension dans leur relation. C’est de notoriété publique, [donc] vous avez probablement raison”, a confirmé Anthony Scaramucci, interrogé dans une émission de radio par un présentateur de MSNBC sur le fait que Trump cherchait à s’en séparer.

“Le ministre de la justice Jeff Sessions a adopté une posture TRES faible sur les crimes de Hillary et ceux qui font fuiter des informations confidentielles!”, avait écrit un peu plus tôt le président. Il lui avait déjà retiré sa confiance lors d’une interview en roue libre au New York Times il y a six jours, critiquant sa mauvaise gestion de l’enquête concernant l’ingérence russe dans l’élection présidentielle. La Maison Blanche a confirmé ce mardi après-midi qu’une décision sur le cas de Sessions serait “bientôt” prise.

La récusation de Sessions

 Pourquoi tant de reproches à l’encontre d’un de ses plus fervents soutiens de la campagne présidentielle? Le milliardaire n’aurait pas digéré la déloyauté dont Sessions aurait fait preuve en se récusant dans l’enquête fédérale portant sur d’éventuelles complicités de proches de Donald Trump avec le Kremlin.
Le ministre américain de la Justice, Jeff Sessions, le 20 juillet 2017, à Washington.

Le ministre américain de la Justice, Jeff Sessions, le 20 juillet 2017, à Washington.

afp.com/CHIP SOMODEVILLA

Et pour cause: Sessions, alors conseiller en politique étrangère du candidat Trump, avait rencontré l’ambassadeur russe aux Etats-Unis, Serguei Kisliak, durant la campagne. Sessions a assuré à plusieurs reprises n’avoir jamais évoqué la campagne avec des responsables russes, rencontrés en sa seule qualité de sénateur de l’Alabama. Mais le Washington Post a révélé samedi que le renseignement américain avait la preuve du contraire.

Sessions “a pris la bonne décision selon les règles du ministère de la Justice”, a déclaré lundi à CNN l’ancien maire de New York, Rudolph Giuliani, pressenti pour le remplacer. Donald Trump semble penser tout le contraire, se retrouvant avec un ministre de la Justice qui ne peut exercer toute son autorité pour le protéger.

Trump veut une loyauté aveugle

“Quand on pense à la relation entre John F. Kennedy et son frère ministre de la Justice [Robert Kennedy], ou lorsqu’on pense à la relation que le président avait avec Eric Holder, le président Obama, [Trump et Sessions] n’ont pas ce type de relation, a précisé Scaramucci dans son interview radio. Je pense que le président, lorsqu’il pense à la constitution de son cabinet, je pense qu’il a besoin là de ce type de relation.” Sous-entendu: une loyauté aveugle.

Ce type de relation impliquerait que Sessions protège Trump des menaces que représentent les enquêtes parlementaires et fédérales sur la Russie, se séparant notamment du conseiller spécial charér de supervise l’enquête sur l’ingérence russe, Robert Mueller, directeur du FBI de 2001 à 2013. Les médias américains ont révélé que Mueller et les limiers qu’il a recrutés s’intéressaient aux finances du clan Trump.

“Totalement transparent: le président des Etats-Unis veut forcer Sessions à démissionner pour pouvoir nommer quelqu’un qui puisse contrôler l’enquête de Mueller”, a ainsi réagi ce mardi Adam Schiff, élu démocrate qui siège à commission du Renseignement de la Chambre des représentants. Si Washington vit une tempête politico-judiciaire, des vents plus violents s’annoncent.

lexpress.fr

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