Nicaragua : Daniel Ortega rejette la demande d’élections de l’opposition

Nicaraguan President Daniel Ortega (R), accompanied by his wife, Vice President Rosario Murillo, speaks to supporters during the government-called "Walk for Security and Peace" in Managua on July 7, 2018. At least 230 people have died in Nicaragua since protests broke out in April against now-scrapped social security reforms, and which a heavy-handed police reaction transformed them into demands for justice for those killed, and for the departure of Ortega and Murillo. / AFP / Inti OCON

Depuis le 30 mai, l’opposition, qui a été qualifiée de « groupe de putschistes » par M. Ortega, réclame des élections anticipées ou le départ du président.

Le message fut ferme pour la première apparition publique depuis le 30 mai du président du Nicaragua. Daniel Ortega a exclu, samedi 7 juillet, d’avancer la date des élections comme le réclament ses opposants. « Ici, les règles sont établies par la Constitution », et « on ne peut pas changer les règles du jour au lendemain simplement parce que l’idée en est venue à un groupe de putschistes », a déclaré M. Ortega au cours d’une manifestation de plusieurs milliers de ses partisans à Managua. Si « les putschistes », a poursuivi M. Ortega, « veulent arriver au pouvoir, qu’ils cherchent à obtenir les voix du peuple ».

« Nous verrons alors si le peuple donnera son vote aux putschistes qui ont causé tant de destructions ces dernières semaines. Il y aura le temps pour les élections. Chaque chose en son temps. »

M. Ortega s’adressait à la foule de ses partisans sur une estrade où se trouvait aussi son épouse Rosario Murillo, qui est vice-présidente, devant un monument à la mémoire du défunt président vénézuélien Hugo Chavez, qui fut un allié politique de M. Ortega.

Le népotisme décrié

Ayant rassemblé une vague de manifestations contre lui au cours desquelles plus de 230 personnes ont été tuées, les opposants accusent M. Ortega et son épouse de diriger le Nicaragua comme une dictature marquée par la corruption et le népotisme.

Le mandat présidentiel de M. Ortega s’achève en principe en janvier 2022. L’opposition a annoncé une manifestation pour le jeudi 12 juillet et une grève générale pour le vendredi 13 afin de réclamer des élections anticipées ou le départ de M. Ortega, un ancien guérillero âgé de 72 ans au pouvoir depuis 2007 après un premier mandat de 1979 à 1990.

Au Nicaragua, des milliers de manifestants contre le président Ortega

A Managua, samedi, deux personnes ont été tuées et onze blessées par des tirs lors d’un défilé pour exiger la démission du président.

Une nouvelle manifestation endeuillée au Nicaragua. Des milliers de personnes ont défilé samedi 30 juin à travers le pays pour réclamer la démission du président Daniel Ortega tandis qu’à Managua, la capitale, deux personnes ont été tuées et onze blessées par des tirs contre des manifestants. Les manifestants demandaient également que justice soit faite après la mort d’une vingtaine de mineurs, parmi les 220 victimes de la répression de la vague de contestation.

A Managua samedi, « un jeune de 23 ans est mort (…) et nous avons été informés que 11 personnes ont été blessées, parmi lesquelles une fillette dont le crâne a été éraflé par une balle », a déclaré le secrétaire de la Commission permanente des droits de l’homme (CPDH, une ONG locale), Marco Carmona, sur la chaîne de télévision 100% Noticias.

Des hommes armés ont tiré sur un groupe de manifestants passant à proximité d’une propriété du sud-ouest de Managua, occupée par un groupe paramilitaire, avait auparavant dit à l’Agence France-Presse (AFP) Vilma Nunez, une responsable de l’ONG Centre nicaraguayen des droits de l’homme (Cenidh).

Le deuxième mort est un homme tué par balles sur une barricade montée par des étudiants près de l’université, sur laquelle des coups de feu ont été tirés au début de la marche.

Luis Ortiz, le père du jeune homme de 23 ans tué – il vendait des guirlandes dans la manifestation –, a déclaré sur 100% Noticias être un ancien combattant sandiniste. « Jamais je n’aurais pensé que mon fils mourrait des mains de ceux avec qui j’ai tant lutté. (…) Je suis sandiniste, mais pas danieliste », a-t-il lancé, en référence au prénom du président Daniel Ortega, ancien dirigeant de la guérilla sandiniste.

« Marche des Fleurs »

Cette « Marche des Fleurs » était la première manifestation de masse depuis celle organisée le 30 mai à l’occasion de la fête des mères en solidarité avec les parents des enfants et adolescents tués par les forces de l’ordre, qui avait été violemment réprimée et au cours de laquelle 18 personnes avaient été tuées.

« Je suis ici parce que je veux que le Nicaragua, mon Nicaragua, soit libre. Cela fait mal de savoir que des enfants comme moi sont morts, mais nous devons continuer à nous battre pour le départ du dictateur », a déclaré à l’AFP un jeune de 15 ans, le visage masqué, tenant dans une main un drapeau nicaraguayen et de l’autre un mortier artisanal, à Managua.

Des manifestations ont aussi eu lieu à Leon (nord) et à Masaya (sud), à l’appel de l’Alliance citoyenne pour la justice et la démocratie, qui regroupe des étudiants, des chefs d’entreprise et des représentants de la société civile.

« J’ai des enfants et des petits-enfants et ça me fait mal de penser qu’il pourrait leur arriver quelque chose. C’est pour ça que je suis ici », a témoigné Luz Marina, 78 ans, défilant en fauteuil roulant.

Le Nicaragua est secoué depuis le 18 avril par une vague de protestation d’une ampleur inédite depuis des décennies, les manifestants exigeant le départ du président Daniel Ortega et de sa femme Rosario Murillo, vice-présidente, accusés de confisquer le pouvoir et brider les libertés. Le pays s’enfonce dans une spirale de violence, avec une recrudescence des combats de rue entre milices paramilitaires et opposants au régime.

« Tentative de coup d’Etat »

Aujourd’hui âgé de 72 ans, Daniel Ortega, un ancien guérillero de gauche qui a renversé en 1979 la dictature d’Anastasio Somoza, dirige le Nicaragua depuis 2007, après un premier passage au pouvoir de 1979 à 1990.

Plusieurs décès d’enfants en marge ou lors des manifestations ont choqué le pays, en particulier celui d’un bébé de cinq mois dans l’incendie de son domicile et celui d’un bébé d’un an, tué d’une balle dans la tête dans une rue de la capitale, deux morts dont la responsabilité a été imputée par leurs familles aux forces gouvernementales.

Le dialogue entre le gouvernement et l’Alliance citoyenne pour la justice et la démocratie, avec la médiation de l’Eglise catholique, a repris lundi, mais il est enlisé, Daniel Ortega, dont le troisième mandat consécutif se termine en janvier 2022, se refusant à avancer à 2019 la prochaine présidentielle prévue en 2021. Les autorités dénoncent les manifestations et la demande de démission d’Ortega comme une « tentative de coup d’Etat » soutenue par les Etats-Unis.

Paralysé, le Nicaragua s’enfonce dans la violence

Les grèves et les barrages contre le président Daniel Ortega se multiplient, tandis que la répression du régime a fait près de 150 morts depuis le 19 avril.

Des mortiers artisanaux dans les mains, les étudiants de l’Université autonome du Nicaragua montent la garde derrière d’imposantes barricades. « La nuit, les policiers et les troupes de choc tirent sur nous au fusil-mitrailleur », dénonce l’un d’eux, le visage masqué par un foulard. Depuis le 19 avril, les étudiants exigent le départ du président, Daniel Ortega. Parti de Managua, la capitale, leur mouvement de contestation a gagné toutes les franges de la population à travers ce petit pays d’Amérique centrale. L’étau se resserre sur l’ancien guérillero sandiniste, devenu un dirigeant autoritaire qui s’accroche au pouvoir, menant une répression féroce qui a fait près de 150 morts.

Mardi 12 juin, une grève générale de vingt-quatre heures a été annoncée pour jeudi par l’Alliance nationale pour la justice et la démocratie, composée depuis la mi-mai de représentants des étudiants, des patrons, des paysans et de la société civile. Quelques heures plus tôt, la presse révélait que M. Ortega a proposé au gouvernement américain des élections anticipées, à condition de rester au pouvoir d’ici là. « Pas question, lance Medardo Mairena, représentant les paysans au sein de l’Alliance nationale. Nous exigeons d’abord sa démission, car il continue de nous tuer. » Même détermination chez Edwin Carache, 27 ans, porte-parole de la coordination universitaire : « Le président est allé trop loin. Nous réclamons son départ, un gouvernement transitoire, des élections anticipées et que les crimes soient jugés. » Occupée durant 52 jours, son Université polytechnique (Upoli) de Managua a été, samedi 9 juin, abandonnée. « Des infiltrés, liés aux autorités, cherchaient à décrédibiliser notre mouvement pacifique », soupire Edwin. Les étudiants se sont repliés dans les autres facs barricadées.

Un vent d’insurrection souffle sur Managua, où les panneaux à l’effigie de M. Ortega et de Rosario Murillo, son épouse et…

lemonde.fr

Be the first to comment

Leave a Reply

Your email address will not be published.


*